État brut
Bonjour Invité

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ApoKlipse

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« le: 22 oct. 2017, 18h29 »
Faut que tu saches qu'un jour je vais partir, qu'un jour je vais t'abandonner.
Que je te fais des promesses, mais que je les tiendrai jamais.
Que pour l'instant je t'aime, mais que j'ai besoin de liberté. 
Un matin tu trouvera le lit vide et les draps froids,
Tes mains te paraîtront inutiles, après toutes ces nuits à me serrer dans tes bras.
T'essaiera de me joindre, t'appellera mes amis, t'appellera ma famille,
Mais personne te répondra, ils sont habitués à recevoir des coups de fils
Personne te répondra, ils sont trop habitués aux disparitions de leur fille. 
T'auras beau chercher dans le monde entier, j'aurai disparue.
Tout ce qui restera de moi ce sera l'ancrage d'une folle nuit, d'une fille nue, un vieux pull. 
Plus d'autre traces de moi, j'aurai refait ma vie,
Dans les bras d'un autre homme, le confort d'un autre lit.
Mais chéri tu es tout ce que j'ai, tout ce que j'ai aimé,
Si je suis partie c'était parce que je pouvais plus nous supporter.
Au fond c'était toi mon préféré, toi qui savait comment m'aimer, comment me baiser.
Ça a toujours été toi et moi, toi et moi, toi et moi toute notre vie.
Après être partie, je vais continuer à errer partout sans jamais revenir
Avec toujours au fond de moi cette vieille peur du vide.
Je vais aller m'éclater dans des boites et descendre des litres de vodka
Me faire baiser par le premier venu, passer pour une fille de joie
Puis jouer à la vierge effarouchée dans les terrasse des cafés,
Faire la cougar, dépuceler des teenage derrière le lycée.
Puis après je sortirai dans la rue pour embrasser et dire je t'aime a des filles
Ce serait un peu comme dans les séries, un peu comme dans les films.
Dans les films de cul ouais parce que tu me dis que ça te dégoûte mais tu mens.
Parce que quand je serai partie tu materas deux asiates lesbiennes en te branlant.
Alors vas y, va baiser la fille du traiteur en bas de la rue, pourquoi tu le fais pas ?
Je sais tu peux pas parce que ça te tue toi, parce que t'étais amoureux toi. 
Maintenant chaque soir tu seras seul dans ce canapé acheté aux emmaüs
À fixer notre vieille sono des années 80 récupérée aux puces
Et tu penseras à toutes les soirées qu'on a passé à danser dessus
Parce que maintenant t'es seul, seul avec mon putain de pull.
Et ouais je sais, t'es en train de m'imaginer avec un autre en train de danser
Avec mon corps que t'as tant regardé, que t'as passé une vie a toucher.
Mais tout ça c'est plus à toi, ça l'as jamais été
Et d'imaginer mes lèvres se poser ailleurs ça te donne envie de tout casser.
D'ailleurs c'est ce que tu fais tu détruit tout, tout notre appart. 
Tu arraches le papier peint qu'on a posé ensemble, qui nous a coûté un bras.
Tu balances ce qui te reste par la fenêtre dans un moment de désespoir,
T'attrapes mes vieilles bouteilles tu te mets a boire.
Moi je suis là sur une plage a siroter des cocktails en bronzant.
Je m'imagine des gars en costard, des vieux clichés d'enfant.
Puis toi t'es saoul donc tu rappelles puis moi aussi donc je décroche,
Je te donne l'adresse d'un motel, un motel vieux miteux et moche 
On arrache nos vêtements, on baise jusqu'à 5h du matin,
Puis après on fait l'amour, c'est plus doux, c'est plus câlin, on s'endort main dans la main. 
T'es le seul qui sache comment m'aimer, comment me baiser,
T'es le seul qui a réussi à me faire revenir, à me récupérer. 
C'est avec toi que je suis libre.

Re : État brut
« Réponse #1 le: 22 oct. 2017, 21h10 »
Ça m'évoque Jane Austen avant sa troisième cure de désinto quand elle fumait du crack ...

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Hors ligne Hermanoïde

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Re : État brut
« Réponse #2 le: 24 oct. 2017, 03h27 »
J'aime tout dans ce poème.
L'amour, la dérision, le dérisoire et le grandiose, le no future, le lâcher-prise qui tient tout de même très fort le vocabulaire et la rime, la lucidité, l'abandon et la niaque.
Et aussi le rythme qui cogne mes oreilles : je l'entends ce poème, il sonne les tripes ton trip, et son halètement, son halètement brûle la page.
Merci et encore merci.

Quant à Jane Austen, je la vois plutôt après sa troisième psychanalyse, quand elle commençait à faire du gringue à Bukowsky...
Purana, il ne tient qu'à toi de le réécrire en langage soutenu, en clin d'oeil à ce texte et à la lettre de George Sand à Alfred de Musset, pour une autre magnifique chute, de rein.