L’été indien.
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L’été indien.

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L’été indien.
« le: 19 août 2017, 12h32 »
L’herbe crisse sous les pas, s’aplatit aux semelles de feutre. Le givre fige l’aigail matinier aux touffes, auréolées de blanc. L’air suspend les haleines en tièdes halos, perce en longs filaments la brume … virginale qui monte et descend, en lents mouvements.
 
Un soleil timide allume aux trouées, des étincelles aux  fines poussières, tourbillonnant.
 
Silence ouaté.
 
Je me tiens désormais sur le seuil et j’attends le rayon qui viendra iriser la délicate arantèle, veillée par l’épeire diadème.
 
Je soulève aux fenêtres les dentelles, dessinant sur le verre la kabbale éphémère à la buée froide qui me coule sur les doigts.
 
J’instille la braise, la couvrant d’épicéa, de sarments, d’eucalyptus odorant…
La flamme vacille, hésite, reprend du souffle et s’installe en feu ronronnant.
 
Bientôt, sabots troqués aux paisibles pantoufles, mes pas claquent sur la terre endormie, durcie de gel, tirant des éclats aux silex saillants.
 
Je vais au bucher, empoignant le maillet, choisissant avec soin le coin qui rompra en premier le fil du bois, séché aux saisons des marées…
 
La fibre se tend, résiste, fibrille et se tord sous mes coups, ahanant.      
Je porte à brassées, les buches râpeuses, au fil tranchant.
 
Et bientôt j’abandonne, la maison en sommeil, couronnée d’un opalin panache qui embaume mon âme, car je sais qu’on m’attend.
 
Je vais par la campagne, foulant les chemins, débusquant quelque fouine, effleurant de l’œil l’écureuil amnésique, qui tâte au noyer une cache oubliée.
 
Je courbe l’échine, là sous les sapins, décelant le cèpe caméléon sous la feuille marron.
 
J’avance prudemment en tapis de mousse, tout juste la caressant. Je repousse aux fougères, duveteuses crosses, et saisit le gui vert, la piquante fragonette, choisissant le lustré du houx arborant ses baies rouges, mêlant le violacé, l’hortensia languissant, cueillant au sauvage églantier le fruit rubescent , tirant sur l’envahissante treille, la liane de couleurs entrelacées, de jaune citron, au  puissant vermeil, de la violine pourpre, de l’éclat le plus roux…
 
Je ramasse aux jardins, coloquintes safranées, celles du plus bel orangé, d’un rouge corail pour un plus bel effet
 
Je vais par les sentiers, guettant le pavé affleurant de quelque voie romane, déjà le soleil illumine et il me faut rentrer…
 
Et c’est les bras chargés qu’au seuil de la maison je dépose mon bouquet, le café fume, car déjà on m’attend…
 
Paré de blond, d’alezan, de brun, d’écarlate, l’été de la Saint Martin a revêtu ce matin son premier manteau blanc…

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Hors ligne Loki

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  • Où il y a une volonté il y a un chemin
Re : L’été indien.
« Réponse #1 le: 20 août 2017, 09h57 »
C'est un texte bien poétique et agréable à lire. Mais je le classerais plutôt dans la rubrique poésies en proses.

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Hors ligne Hermanoïde

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  • Auteur
Re : L’été indien.
« Réponse #2 le: 09 sept. 2017, 19h22 »
Une exceptionnelle sérénité se dégage de ce texte que j'ai lu, comme souvent, le dictionnaire à la main.

Eh oui, je suis le Monsieur Jourdain de l'aigail que j'ai foulé tant de fois sans en savoir le nom. Que c'est beau !

Je le lis et le relis et je me sens porté par cette nature calme et silencieuse, qui m'enveloppe dans cet été indien que tu évoques si bien.
Merci Tanagra

Re : L’été indien.
« Réponse #3 le: 31 mars 2021, 03h54 »
L'été indien
est un automne heureux.