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Auteur Sujet: La tombe  (Lu 419 fois)

Hors ligne Loki

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  • Où il y a une volonté il y a un chemin
La tombe
« le: 14 nov. 2017, 15h53 »


John Willenstein est surexcité. Il a appris que l’emplacement situé au-dessus de la tombe de Marylin Monroe était à vendre !
 John Willenstein est un admirateur inconditionnel de Marylin Monroe. « Admirateur », le mot est faible, « amoureux fou » serait plus approprié. Cette dépendance à l‘image de la star date de ses « quinze ans ». Ses premiers émois ont coïncidé avec les années 1950, époque où Marylin Monroe accède au statut de star hollywoodienne et à celui de sex-symbol. John a évidemment vu tous ses films.
« Les hommes préfèrent les blondes », « Sept ans de réflexion » ou encore « Certains l'aiment chaud », pour ne citer que les plus connus.
Il les connaît tous par cœur.
La chambre de l’adolescent était couverte de photos de l’actrice.
Et même à l’âge de 82 ans cette passion ne s’est pas éteinte. L’appartement de John Willenstein s’est enrichi de photos, d’objets, de films, d’articles, de revues retraçant sa vie.
Cette « adoration » a rempli toute la vie de John.
Adolescent, il a du supporter l’incompréhension de sa mère. Son père faisait semblant d’être sévère, mais John avait vite compris que c’était une attitude de façade, car à cette époque quel homme pouvait rester insensible aux formes pulpeuses de la star ?
Au collège le jeune homme avait de nombreux copains. Il savait s’attirer leurs bonnes grâces en leur donnant des photos de Marylin dénudée.
Pour les mêmes raisons, le succès continua au régiment.
Cependant cette passion n’affecta pas les études de John, bien au contraire : elle fut un stimulus qui lui permit de sortir avec de nombreux diplômes de l’Université. Aussi quand il hérita de l’entreprise familiale il était prêt à la gérer, l’agrandir et la diversifier pour qu’il devienne alors une des plus grandes fortunes des États-Unis.
Mais cet amour compulsif pour Marylin Monroe n’était pas sans revers.
Ses relations avec les jeunes filles qu’il rencontra ne pouvaient qu’être affectées par la comparaison de leurs images avec celle de la star. Il est facile de comprendre que même les plus belles de ses conquêtes lui semblaient un ersatz à côté de Marilyn !
Néanmoins cédant à la pression sociale il épousa une jeune femme, qui certes était loin de l’image de la femme idéale qu’il s’était bâti depuis son adolescence. D’aucuns même l’auraient qualifiée de laide. Mais d’une façon humoristique, on peut dire que Bridget avait une beauté intérieure qui enchanta John et une intelligence qui la faisait briller en société.
Bientôt Bridget donna le jour à un garçon qui lui ressemblait en tous points. Mais ce qui paraissait un handicap chez cette femme donnait à Walter une certaine virilité. John y pensait souvent : il n’aurait pas supporté d’avoir une fille quelconque, lui qui avait souvent rêvé d’épouser Marylin Monroe pour avoir une enfant aussi belle que sa mère…
Il essaya bien de transmettre à Walter sa passion pour la star, mais le garçon restait insensible à son idolâtrie. Il n’insista pas. De toute façon, il le comprit plus tard, il aurait été jaloux de son fils, un tel amour ne se partage pas.
Au bout de quinze ans, Bridget demanda le divorce. En épousant John, elle connaissait sa passion pour Marylin Monroe, mais comme beaucoup de femmes elle espérait par son amour le guérir de ce qu’elle considérait être une lubie. Avec le temps elle comprit que John était inguérissable. Elle ne supportait pas de vivre dans une maison où la présence de la star était omniprésente. À la rigueur John aurait été buxidanicophile*, chartasignopaginophile** ou même ludophile*** elle l’aurait supporté, mais la vision de cette bombe pulpeuse dans l’esprit de son mari devenait chaque jour plus insupportable. Elle se demandait même, quand il lui faisait l’amour si c’était vraiment elle qu’il honorait ou l’actrice.
Elle n’avait pas tort, car effectivement John Willenstein vivait sa passion à distance.
Il avait essayé maintes fois d’approcher la star, mais il avait été à chaque fois refoulé par le service d’ordre. Aussi suivait-il par média interposé, la vie mouvementée de sa « femme idéale » comme il l’avait baptisé.
À chaque fois qu’un nouvel homme entrait dans la vie de la vedette, la colère et la jalousie s’emparaient de John.
Il avait 19 ans quand il apprit le mariage de Marylin le 14 janvier 1954 avec Joe DiMaggio. Que pouvait-elle trouver à ce joueur de base-ball d’origine italienne ?
Ce bellâtre ne méritait pas une telle perle !
Il sauta de joie quand le couple divorça le 27 octobre 1954.
Son bonheur fut de courte durée, la star se remaria le 29 juin 1956 avec l’écrivain Arthur Miller. Ce mariage le blessait d’autant plus qu’il avait conscience que Marylin cherchait un compagnon plus âgé qu’elle et que ce mariage risquait de durer plus longtemps que le précédent. Il dura effectivement plus longtemps, mais l’actrice très instable demanda, à nouveau, le divorce le 24 janvier 1961.
Au fil des années la liste de ses rivaux s’étoffa.
En 1960 sur le tournage du Milliardaire, Marilyn tomba sous le charme de son partenaire Yves Montand. Il était furieux, « sa femme idéale » tombait à nouveau amoureuse d’un rital ! Il épingla une photo du chanteur sur un mur et chaque fois qu’il passait devant il crachait dessus. Il espérait secrètement que Simone Signoret mettrait le holà à cette liaison scandaleuse, mais il tomba des nues quand elle déclara : « Si Marilyn est amoureuse de mon mari, c'est la preuve qu'elle a bon goût ». Heureusement que Montand finit par se lasser des sentiments pourtant sincères de l'actrice à son égard et revint vers Signoret.
Mais John n’était pas au bout de ses contrariétés.
Il apprit par la presse people que Clark Gable symbolisait l'homme idéal pour Marilyn. Elle imaginait que son père lui ressemblait. Durant le tournage des Désaxés (1961), Gable ignora courtoisement le fait que l'actrice soit amoureuse de lui. Ce fut pour John un relatif soulagement.
Mais ce que John supporta le moins ce sont ses nouvelles relations avec John Fitzgerald Kennedy. Qu’il se prénomme John comme lui, qu’il soit séduisant et puissant en faisait un rival indétrônable. Car c’est difficile à croire, mais John Willenstein avait encore le secret espoir de séduire l’actrice. Que voulez vous l’utopie, permet à beaucoup d’entre nous de survivre.
Mais hélas le 5 août 1962, il crut mourir, quand l’actrice fut découverte inanimée, nue dans son lit, la main sur son téléphone, par son psychiatre, appelé par la gouvernante de l'actrice. Le médecin légiste conclut à un empoisonnement aux barbituriques et à un « suicide probable ».
Son chagrin fut immense.
L’espoir de la séduire s’envolait, mais l’adoration demeurait, il restait amoureux d’un mythe.
Il n’osait pas le dire, mais l’assassinat du Président à Dallas en 1963 fut le plus beau jour de sa vie. Une vengeance rétroactive ! Il en aurait vomi en pensant que ce malade avait posé ses mains sur les formes généreuses de son idole.
Il repassait en boucle les images de l’attentat, car il avait, en secret, rêvé d’accomplir ce geste.
Lui qui n’avait pu approcher la star, passait maintenant de longues heures au côté du tombeau de l’actrice au cimetière de Westwood Village Memorial Park, à Los Angeles.
Maintenant que son rêve de jeunesse reposait là, il n’avait plus qu’un espoir d’être enterré à ses côtés pour être prés d’elle pour l’éternité.
Mais la place n’était pas libre !
La sépulture était occupée par un certain Richard Poncher, décédé en 1976 à l'âge de 81 ans.
John Willenstein détestait cet homme, d’autant que c’était aussi un admirateur compulsif de Marylin Monroe. Dans son testament, Richard Poncher avait demandé à être installé au-dessus de son actrice fétiche et avec une requête : être allongé sur le ventre. Il avait même dit à sa femme de son vivant : si je crève et que tu ne m'installes pas face à Marilyn, je te hanterai pour l'éternité.
 Mais aujourd’hui la situation a changé, ce qui redonne de l’espoir à John.
La veuve de Richard Poncher a décidé de l'en déloger pour pouvoir payer les traites de sa gigantesque maison de 1,6 million de dollars à Beverly Hills.
Elsie Poncher, aujourd'hui âgée de plus de 70 ans, a expliqué à un quotidien que son défunt mari, un entrepreneur fortuné apparemment très lié au milieu de la pègre à Chicago, avait acheté le tombeau en 1954 à l'ex-mari de Marilyn Monroe, le joueur de baseball Joe DiMaggio.
Sans tarder, John Willenstein se porta acquéreur du caveau. Mais un mystérieux Japonais éleva l’enchère à 4,6 millions de dollars. John était prêt à surenchérir quand son esprit d’homme d’affaires le retint. Le Japonais remporta l’enchère sur eBay !
On dit souvent qu’il vaut mieux avoir des remords que des regrets et aujourd’hui John a un immense regret. Pour quelques millions de dollars de plus, il a laissé échapper sa dernière chance, le rêve de toute une vie. C’est cet affreux Jaune qui reposera à côté de sa « femme parfaite ». À quoi vont lui servir maintenant les millions de dollars économisés ? Par pingrerie il croupira dans une tombe anonyme loin de son idole…
Mais il faut croire que l’ange gardien de John veillait sur lui. Aux informations une nouvelle tomba dans la journée : l'acquéreur du tombeau situé juste au-dessus de celui de Marylin Monroe a retiré son offre de 4,6 millions de dollars sur le site en ligne eBay, mardi, quelques heures après avoir remporté l'enchère. Cet acheteur japonais ne serait pas solvable.
John Willenstein put enfin réaliser le rêve de sa vie !
Maintenant à chaque fois qu’il le peut John se rend au cimetière de Westwood. Il place une rose dans l’amphore accrochée à la plaque du tombeau après avoir pris bien soin de jeter toutes les autres fleurs. Il couve du regard le caveau supérieur qui est maintenant bien à lui et où il reposera près d’elle quand Dieu le rappellera.

***********
John Willenstein est à la fois heureux de partir en Chine pour quinze jours et triste, car pendant ce déplacement il ne pourra se rendre sur la tombe de Marylin. Mais il s’agit d’aller conclure dans cet immense pays un contrat qui permettra à son entreprise de doubler pratiquement son chiffre d’affaires.
Une dernière fois avant de s’envoler de l’aéroport international de Los Angeles il a été porter sa rose.
L’avion survole les buildings de la ville et commence son long périple vers l’Asie.

*********
L’information tomba sur tous récepteurs des agences de presse : le vol B2345 provenant de Los Angeles à destination de Pékin a disparu à 12 h 42 des écrans radars au moment où il était au milieu de l’océan indien.
Les pêcheurs d’un bateau présents sur les lieux affirmèrent avoir vu à ce moment une immense boule de feu dans le ciel.
*********
Walter connaissait les dernières volontés de son père, qu’il avait exprimées dans son testament. Mais l’explosion du vol B2345 en plein ciel les avait totalement rendues impossibles. L’explosion en vol avait été telle, qu’aucune trace de l’avion et de ses passagers n’avait pu être retrouvée. Il en était triste pour son père, mais il ne partageait pas son obsession.
Walter Willenstein avait résolument les pieds sur terre : après tout ce n’était pas une mauvaise affaire ! Il pourrait tirer de la vente de ce caveau au moins 7 millions de dollars. Des fadas comme son père seraient prêts à payer ce prix…

* buxidanicophile : collectionneur de tabatières

** chartasignopaginophile : collectionneur de marque-pages.

*** ludophile : collectionneur de jeux et jouets

Hors ligne Hermanoïde

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Re : La tombe
« Réponse #1 le: 18 nov. 2017, 03h15 »
Merci, Loki, pour cette histoire qui m'a rendu tout nostalgique de cet été 62 où je taquinais l'ablette.
On est peu de chose, finalement...

 

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