La Plume d’Elgir
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La Plume d’Elgir

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La Plume d’Elgir
« le: 31 mars 2021, 19h55 »
La Plume d'Elgir

Quelque part dans l'Espace-Temps...

Après avoir longtemps marché de-par les pierres, ce jeune homme nommé Elgir semble avoir pris sa décision.
Oui, à n’en pas douter, à force de serrer les poings à la croisée des chemins, à force de grimacer au détour des sentiers... Elgir croit savoir ce qu’il veut à présent.
Forger une épée.
La plus puissante de toutes. Celle qui permettrait à untel ou untelle de vaincre n’importe quel ennemi. Celle qui pourrait mettre fin à toutes les batailles. Une épée capable de briser toutes les chaînes. Une arme de la taille d’un météore si cela s’avère nécessaire. Il l’imagine déjà : Lame fatale suspendue au-dessus des chemins de la guerre, couperet final abattu sur les chemins de toutes les guerres. Le tranchant de l’apocalypse. La dernière violence avant la revenue d’un vent meilleur...

Déterminé comme un météore. La rage silencieuse. Silence des pierres. Semblant d’éternité dans la roche. Elgir s’est établi dans la Forge de la Main de Fer.

Ma Forge, désormais...
Cachée dans les profondeurs souterraines d’un volcan
plongé dans un profond sommeil.

Il allume la Flamme...
Il attend qu’elle grandisse... Prépare la Forge en attendant.

Il se passe alors quelque chose, un évènement anodin en apparence, fondamental pour la suite, quelque chose de brillant, une chance pour les temps à venir, une aubaine pour les mondes de demain.

En attendant que la Flamme grandisse, Elgir laisse la porte de la Forge ouverte.

Et ainsi, de nombreux passants-visiteurs viennent le rencontrer céans...


« Ça a l’air très bien votre Forge, mais j’ai quand même un doute sur ce que vous voulez en faire... » Lui confie un randonneur sceptique venu de la treizième Vallée des vents.

« Vous êtes complètement marteau ! » Lui exclame un vieux forgeron s’en allant vers une tour du pays-pierreux.

« Tu veux bien jouer avec moi ? » Lui demande régulièrement une fillette, s’en venant probablement du village voisin, et qui passe le plus clair-obscur de son temps à se balader dans la Forge et à en faire son terrain de jeu. Elle ramène même une autorisation parentale pour y passer la nuit deux fois par semaine en compagnie de sa grande sœur passionnée par l’Âge des Forgerons.

« Une telle épée est impossible à accepter. Une arme aussi puissante ne pourra que tout détruire. Chacun de ses coups provoquera un cataclysme. » Le prévient ce vieil homme, ancien soldat devenu déserteur, cheminant le long des Landes-brisées.

Un jour de vent hurlant, un écho funeste de la guerre la plus proche parvient jusqu’à la Forge. Elgir n’a pas à analyser l’écho bien longtemps. Il s’agit cette fois de la guerre qui fait rage dans les Vallées de l’Aubade.

Un soir de vent léger, un fantôme apparaît dans la forge. Elgir accueille comme il peut le pâle revenant. Le fantôme se présente à lui, lui dit qu’il est mort il y a longtemps, lors de la Guerre du Feu. D’une voix plus douce que la brise, le fantôme lui demande de cesser le feu. Elgir rétorque que la Flamme doit grandir, coûte que coûte. En souriant, le fantôme lui précise qu’il ne parlait pas du feu grandissant de cette forge. Et puis le fantôme s’éteint. Disparaît. Cesse d’exister, à jamais cette fois. Elgir ne ressent d’abord aucune tristesse. Mais derrière lui, la petite-fille-qui-se-balade-dans-la-Forge sanglote un peu, prise par l’émotion. Sa grande sœur et Elgir la réconfortent, du mieux qu’ils peuvent. L’émotion le prend lui aussi. Ils n’oublieront jamais le spectre venu des premiers âges du Monde. La Flamme grandit à leurs côtés. Réchauffe le pâle quart d’heure. Éclaire des raisons de sourire à la vie.

Et le temps s’espace... Jour après jour... Nuit après nuit... Elgir attend toujours que la Flamme grandisse. Il apprend tant de choses en attendant...

« Tu veux bien jouer avec moi ? » ... « Pourquoi pas... ».

Un jour de soleil rafraîchi, une femme-clown le fait rire à gorge déployée. Ils sont alors en compagnie d’un palefrenier à la retraite, d’un vendeur d’ânes battants, de la-petite-fille-qui-se-balade-dans-la-Forge elle-même accompagnée d’une partie de sa famille et de ses copines d’école.

Un jour de soleil glauque arrive une femme blessée. Une civile. Elgir appelle les secours et tente de lui prodiguer les premiers soins. Victime collatérale d’un conflit sévissant à des kilomètres, la femme succombe à ses blessures. Elgir serre les poings. Il voudrait réduire en miettes la moindre arme à feu de-par le monde.

Un autre jour, un écho d’une autre guerre, plus funeste encore, la déflagration dilatée dans le temps, le hurlement de milliers de mondes qui appellent à l’aide.

Un autre jour, le vieil homme ancien déserteur revient lui rendre visite. Elgir lui demande comment vont les Landes-brisées. Le vieil homme verse une larme de joie. Répond qu’un fragment a pu être sauvé.

Un autre jour encore, la fillette a ramené des camarades. Un joyeux boucan résonne dans la Forge. L’espace d’un moment, l’écho des jeux et des rires d’enfants aux quatre vents...

Et le temps s’espace...
Et cette histoire continue...
Petits et grands vont et viennent, passent et repassent dans la Forge de la Main de Fer.

« Elle est super cool cette forge ! ».

« Votre Flamme a l’air de vouloir mettre le feu au lac. ».

« Wah, mec... Ce truc, là, le truc que tu veux faire... C’est trop chaud pour moi... ».

« Et une fois que la Flamme a grandi, ça se passe comment ? ».

« Votre forge est magnifique. Vos capacités sont certaines. Votre Flamme est prometteuse... Mais votre projet est une horreur. »

« Je suis enceinte d’un troisième enfant. Je n’ai pas besoin d’une épée de titan au-dessus de nos têtes... ».

Un jour de vent-violent. Il fait irruption brutalement dans la Forge. Il tire sur tout ce qui bouge. Il s’agit du cadavre d’un soldat mort à la guerre. Même pourrissant, il continue de se battre. Les balles fusent. Elgir doit se réfugier derrière la Flamme pour éviter le plomb hurlant. Le soldat mort-vivant se brûle à la Flamme... et s’enflamme... et va courant hurlant se consumant, loin de la Main de Fer.

Un jour de silence... Soudain, elle se met à chanter. Une femme qui s’égosille pour la paix, pour tous ces mondes dont elle joue les partitions.
Même brisé, le cristal enroué de sa voix s’écoule en grains de lumière. Son chant résonne par-delà les sentiers de la trêve, écho des cessez-le-feu.

Et un jour, encore un autre jour... Le jour d’après ce jour sans nom...

Elgir laisse tomber l’épée. Se dit qu’en vérité, il y a autre chose à faire en ce bas-monde, quelque chose de bien plus fort qu’une lame apocalyptique.


La Flamme a grandi.
Elgir se met à l’ouvrage.

Il se met à forger... une plume.

Il sait ce qu’il veut.
Peut-être l’a-t-il toujours su.
Peut-être est-il dans l’Espace-Temps assez de Vide pour créer l’objet étrange dont tous ces mondes ont besoin.

C’est en forgeant qu’on devient feu. C’est en laissant couler les larmes que l’on apaise les torrents de lave. C’est en brûlant de l’intérieur que l’on apprend à modeler la pluie.
Peu à peu se révèlent à lui les secrets de la Forge.
Le temps passe, à chaud ou à froid, déformé par le marteau des mémoires... Le métal-temps, chauffé à blanc, sa nuit noire, son étincelle de chaque instant...

Elgir forge une plume.

Une grande plume, quasiment de la taille de la Forge, puisque cela est nécessaire.


Il est minuit.
Elgir reprend son souffle.
Quelque part dans l’Univers, l’œuvre est accomplie.

La Plume a été forgée.

« C’est toi la plus forte ! ... ».

...Et je sais maintenant
dans quel métal-temps je m’écoule,
de quelle joie on se forge...

Derrière lui, la fillette fait de la corde à sauter avec une copine. Apparemment, elles font un concours. Leurs parents leur intiment mollement d’aller se coucher.
L’ancien déserteur sommeille sur un fauteuil. Un oiseau de verre a élu domicile au plus haut de la Forge.



Parfois un vent de velours passe dans la Main de Fer.

Ce coup-ci, il ne fait pas que passer.

...Il s’invite, s’attarde...
...s’implique et s’attable... s’applique et s’affaire...
...et semble venir de mille endroits sur Terre...

Le métal-temps laisse le vent forger son souffle...
Et la Plume prend son envol...

...

Place à l’envol ravi.
Place au vol du nouvel objet étrange.

...

Ce soir,
ma plume est enchantée,
enchantée de m’écrire
et de vous rencontrer,
ce soir, ce soir aux cent veillées,
ce soir l’oiseau dans mes poumons
ouvre sa cage thoracique
et prend son envol, ce soir
ma plume est enchantée
et par le vent portée,
s’en vient vous retrouver.


La lune suivante, Elgir quitte la Forge.
Le cœur léger.

...

Midi et des poussières.
Minuit et des satellites.
Le nouvel objet étrange survole la zone d’ici et d’ailleurs.

Une plume.
Une plume capable de relayer les oiseaux de passage. Qui peut interpeller l’ami terrien. Qui peut mettre fin à un conflit. Elle plane à hauteur de rêve. Elle guide les colombes et oriente certains avions de papier.

D’autres plumes furent forgées par le passé. D’autres plumes seront forgées dans l’avenir. D’autres plumes se forgent à l’instant même.
Elles sont toutes à prendre. Elles sont Oiseau-Monde et Prose pour la Paix. Elles mettent par écrit tant de paroles aux quatre vents.

Re : La Plume d’Elgir
« Réponse #1 le: 31 mars 2021, 20h14 »
NOTE : Quand j'ai découvert Le Forgemots, il y a plusieurs mois, le nom du site m'a tout de suite fait penser à cette histoire, imaginée il y a un certain temps.
Après l'avoir longtemps partagée à l'oral, vous rencontrer, camarades du Forgemots, m'a donné l'occasion et l'envie de la mettre enfin par écrit.
Je vous dis Tcho et à la prochaine plume !

Calamicalement,
Tom Astral.

*

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Re : La Plume d’Elgir
« Réponse #2 le: 12 avril 2021, 19h46 »
Oh, merci pour ce partage Tom. Je suis allée jusqu'au bout avec un grand bonheur. Oui oui cet espace a été créé pour le partage, même si la flamme est restée bien petite pendant longtemps longtemps... Forgemotiens, continuons d'alimenter la flamme.
Et puis c'est difficile en ce moment de faire les soirées conte au coin du feu, alors on a d'autres lieux.