Enquête de tous soupçons.
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Enquête de tous soupçons.

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Enquête de tous soupçons.
« le: 07 sept. 2017, 16h08 »
« Je vous écris des gorges du Verdon, où à défaut de rafting, j’ai plongé dans l’eau glacée en
 m’essayant au canyoning »
 
Elle relisait ces quelques lignes, allongée à plat ventre sur le lit, fenêtres ouvertes, le vent agitait mollement le rideau de voile anis.
Elle roula sur elle-même et carra son abondante chevelure sur son avant-bras replié, ramenant la simple feuille de papier au niveau de ses yeux fatigués.
 
Allongée sur la courtepointe elle bailla en s’étirant et jeta un coup d’œil à son poignet. Elle était lasse de réfléchir. L’affaire se présentait mal. Elle bondit néanmoins sur ces pieds, chaussa ses lunettes et ouvrit son net book en équilibre sur le lavabo.
 
« Prends des notes surtout ! » lui avait  prescrit le rédac-chef en lui rendant la liasse de feuillets fatigués qu’elle avait réussi à lui fourguer après être allée les récupérer dans la poubelle.
« Et achètes toi un nouveau portable, pour le faire. »
 
Elle était déjà loin, au distributeur, ou un coup de pied bien balancé lui avait délivré une canette, de la bière, beurk,  elle était bien avancée.
 
La pressant à ses joues, son front brûlant, elle avait ravalé ses larmes de rage.
Ce n’était pas avec les ridicules appointements de ces piges…
 
D’où le net book en équilibre sur le lavabo.
Car elle était là dans un hôtel de passe, dans un bled paumé de la banlieue de Toulouse.
Les cloisons minces lui diffusant les ébats bruyants des clients de passage et le robinet fuyant du lavabo rythmant  les secondes une à une.
 
A cette distance elle pouvait se relire, certes sa nouvelle paire de lunettes était commandée, mais elle devrait faire sans.
 
«  Fleur fragile – 25 ans – Cherche l’amour désespérément »
 
Elle avait repéré son profil sur MEETIC et avait fait le rapprochement. Toute seule, et s’était bien gardé de confier toutes ses déductions au rédac.
 
De mémoire, son ordinateur planté et à trois heures du mat, dans cet hôtel pourave dépourvu de réseau elle n’avait pu faire qu’appel à sa mémoire.
 
Par jeu elle effaça à demi son annonce :
«  Journaliste deux ans d’expérience  musclée – 25 ans – Cherch .. emploi correctement rémunéré »
 
Bon qu’il y avait il au juste ? se demanda-t-elle, repoussant de l’index ses fichues lunettes :
 
« Le corps avait été retrouvé flottant dans la piscine, entièrement nu, la perche de bassin planté dans la poitrine de la victime, un flot de sang dilué s’échappant par à coups de la blessure »
 
Celui qui a écrit cela n’a de journaliste que le nom, frissonna-t-elle de dégout en pensant aux charognards de la presse à sensation qu’elle devrait éviter le lendemain, dans quatre heures exactement corrigea-t-elle.
 
Elle l’avait retrouvé, elle l’espérait .Mais les deux premières affaires n’avaient pas eu la faveur des médias français. La Suisse ne laissant pas facilement exporter une image déplaisante.
La seule solution lui avait t il semblé était de retrouver le gardien de la piscine. Et le reste elle en faisait son affaire.
 
Elle fouilla la poche de sa veste et sa main se resserra sur la clef du vestiaire.
 
Quelle chance d’avoir été là, enfin rétrospectivement elle en eu la chair de poule…
D’avoir eu la présence d’esprit d’échanger avec la clé du vestiaire qui gisait sur le rebord de carrelage.
 
Oubliée, comment avait elle pu être oubliée ?