En demi teinte.
Bonjour Invité

En demi teinte.

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En demi teinte.
« le: 23 juil. 2017, 08h59 »
[justify]Ils s'étaient  retrouvés. Par hasard

Elle, a son habitude, marchait tête baissée. Elle était mal.
 
 En fait, elle ne l'avait pas reconnu. Non, pas d'emblée.
 
 Elle n'avait aperçu qu'une masse indistincte, boucles de miel blond, éclaboussée de soleil, sa tignasse, rebelle au peigne, ses yeux, d'un océan indécent.

 Et... son sourire, narquois, elle  le reconnut à son sourire.
 
 Il l'a dominait de sa mince silhouette, moulée dans un ensemble jean délavé, chemise denim au vent.
 Il doit utiliser un chausse-pied, nota-t-elle.
 
 Comme de juste, il l'invita à prendre un verre.
 Le café était fermé, un dimanche...
 
 Il insista.
 "Mais, si je te dois un verre, tu te souviens... Viens, je sais où il faut aller"  
 
 Ils firent du stop. L'un comme l'autre, habitués.
 
 Dans la voiture, pendant qu'il faisait les frais de la conversation avec le chauffeur, elle nota son aisance et en fut agacée. Elle, à l'arrière se remémorait cette bizarre soirée.
 
 Entrainée par deux amies, plutôt que motivée, elle s'était retrouvée dans une chambre miteuse qualifiée d'appartement.
 
 L'ambiance y était lourde, de fumée, d'alcool, de la frime déployée par Franck, un adulte qui se la jouait cool, avec elles, dans l'espoir de séduire, dans la bande, leur copine, Josie.
 Celle-ci riait d'autant plus à gorge déployée, que fine mouche, elle encourageait et repoussait subtilement ces avances, elle ne s'était déplacée que pour s'approvisionner.
 Habilement.
 
 Lui, Steph,  en admiration devant Franck, riait hors de propos, planant...
 Elle trouvait répugnante cette emprise d'un être sur un autre, l'avait catalogué, inintéressant....
 
 Le pari entre eux était venu d'une chanson des Doors qui passait à la radio, pour laquelle, elle était sortie de son mutisme, délivrant le titre inconnu.
 
 A l'issue de la soirée, la bande s'était dispersée et elle avait décidé d'oublier tout ça...
 
 Ce jour là, ils arrivèrent dans une station balnéaire désertée, ou le seul établissement ouvert se révéla un glacier-salon de thé où Steph avait ses habitudes et joua le séducteur auprès de la serveuse.]
 
 En vain, d'ailleurs, car ils retournèrent leurs poches de jeans, réunissant à eux deux, de quoi s'offrir deux chocolats fumants.
 
 Les larges baies découvraient un paysage de septembre, la longue plage se déroulait à leurs pieds, nue, désenchantée. Disparues, les baraques de gaufres, niniches molles et autres guimauves.
 
 Un goéland, porté par un courant descendant, fit un moment du sur place devant la vitre.
 Elle pensa à "L'albatros" un instant et se retint de pleurer.
 
 Ils descendirent sur le sable, le vent lardant leurs visages de grains dont la sensible blessure était pour elle comme une délivrance. Ils s'assirent côte à côte.
 Et il commença à parler, d'une enfance déchirée entre un père trop loin et d'une mère dont il fuyait l'inquiétude, de son errance, sans but.
 
 Elle l'écoutait, conservant son regard au loin. Elle frissona.
 Il enlevait déjà sa veste, lui couvrant les épaules, comme dans les films, pensa t-elle cynique.
 
 Il se rapprocha, serrés, ils luttaient contre le vent, le froid, les cheveux mêlés.
 
 Il lui prit la bouche, doucement, elle lui répondit hésitante. Il était si doux finalement.
Désormais étendus sur le sable, elle caressait son torse adolescent, s'étonnant de le trouver si pâle.
 
 De ses lèvres, il explora son cou, la naissance de ses seins, ses mains se firent plus précises.
 
 Elle se redressa, et lui dit, que, non  elle ne voulait pas de ça, se reboutonnant.
 Elle lui en voulut de sa beauté de jeune Alexandre, de ses yeux d'ange, de son innocence rieuse.
 
 Cette innocence, envolée pour elle, ainsi que tous ses rêves, ces illusions... d'avant...
 Mais à quoi bon lui parler de cela.
 
 Et soudain distante, elle lui mentit, dit que c'était toujours la même chose, que cela gâchait tout, qu'elle ne pouvait pas, qu'ils n'avaient pas besoin de cela.
 
 Elle s'en voulut devant son air mortifié et déçu.
 
 Longtemps, ils restèrent, sur le sable, elle, la tête sur son épaule, lui la protégeant d'un bras.
 
 Puis ils se séparèrent et refirent le chemin inverse, tous les deux à l'avant d'une camionnette, dans un silence pesant.
 
 
 Elle regarda le pli amer que formait désormais sa bouche.
 
 Il lui dit de garder le blouson.  
 
 Désormais, seule, elle découvrit en s'humectant les lèvres, que les embruns, outre leur saveur salée, lui laissaient un goût de cendres...elle n'avait pu lui faire confiance, mais elle le garderait en souvenir.
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