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* Textes récents

Taï chi multiple



Taï Chi multiple
mars 2016






1-Yi King

Terre
Lenteur de la pousse
Des arbres
Fourmi sur branche
Odeur pénétrante
Feuilles en myriade
De toutes formes
Branches possédant l'air
Donnent couleur
et frisson vert

2-Envie

J'ai envie
De ne jamais nous oublier
De toujours
Retrouver ce désir de nous
Chacun unique personne
Cette confiance permanente
En la complétude de nos êtres
De surface ovale

3-Bossa nova

Boss
À
Nouveau
Nova vieux
Reptile tatoué
Marqué le feu
Feu sacré
Sacré tes yeux
Tes yeux tendres
Vaches immobiles
Au plafond de l'attente
Sur fond d'aiguilles de pin
Ne rien perdre que nous ne désirions
Sous les pies de la vache
Du lait en abondance
Sous ses pieds de la bouse
Sur sa bouche de la bave
De son nez de la chaleur-vapeur

4-Et toi là qui ne me voit plus

À la fois légèr souvenir
Épaisse comme une crèpe
Je dentelle sur paysage de Bretagne
Ribambelle de soleils
Au fil des jours
D'encore vivre
Soucis en clé à molette
Classés
Dans le creux du coude

5-Lieux d'en-vie

L'amour aime l'amour
Sans préavis
Au fil de ton corps
En absence d'ourlet
de refus de surface

6-Tête dans la terre

Soupir frais orné de feuilles vertes
Radis rouge craquant
Entre les dents

Lenteur de la vie
Mes cailloux blanc me suivent
Ils ricanent
Je peux retourner en arrière
Seule en les suivants

Qui s'intéresse á ma vie
Maintenant
Que l'âge m'égare
Dans le panier des jours

Je redeviens ballon de joie
Sans attache
Flottant dans le ciel
 Ficelle libre
Emmêlée au paradis
De mon corps

7-Tenace

La glycine
Pend ses grappes de fleur
À ton attente violette

Tu secoueras tes pistils jaunes
En jouets sans langage
Loin de moi
Demain

Mystère de notre rencontre



Ècrit en 2016
Réécris ce jour

Le continent

S'inventer de gré
Le dessin de nos sourires
Le temps d'oublier

J'ai voulu frapper la pierre
Du continent qui me porte

la triazolokosbeviensohainezodiazépines



/ pardon/ je persiste/ je peux créer le néant si facilement/ là/ action/  turfu/ feu d’artifice/je suis en train de créer une image/ arc en ciel/ produit/je suis en train de regarder mes yeux/ le mouvement des veines/ à l’intérieur/ le cœur/ c’est-à-dire/ le visage/ nul/ comme un animal/ j’ignore la question/ je suis curieux/ la triazolokosbeviensohainezodiazépines/ la haine dans l’oreille/ habite le corps/ j’appuie sur mon visage/ la tête rasée comme/ derrière les cheveux/ une plante/ et derrière la mâchoire/ j’insiste quand je mâche un insecte/ la tête/ je parle/ qui n’est pas vraiment la mienne/ le rouge/ qui est logiquement/ absurde/  


Khalid EL Morabethi

https://secicrexe.tumblr.com

Les yeux ouverts

Les lèvres se frôlent
Le supplice est un délice
Rien ne le remplace

On rêve les yeux ouverts
Pour caresser le mensonge

Pivoines à foison

Pivoine
Rose et blanche panachée
 
Corail et mauve
A peine un frisson
Crépon froissé
 
Bois de rose
Chardin
 
Poivre
Pompon
Odorant
 
Déliquescent
Blanc virginal
Guilloché d’or
 
Esquissé
Japonisant
 
Frangé
Pétales
Fouillis
 
Manet
 
Botanique
Cerisier
Cyclamen
 
Tulle en jupon
Mousseux
Buisson foisonnant
 
Estampe
Nature morte
 
Organza troussé
Fantin-Latour
 
Décomposé
Pivoine
Une à une chutant
 
Bouquet
Consolateur

Ècrire la seule ruse contre la mort

Les peupliers des cimetières chrétiens
Les habitudes du jour
La tombe de ma mère n'existe pas
Elle a été semée au jardin du souvenir 3
À Nantes la ville esclavagiste


Le coeur de la prière
Celle que je me délivre
Quand je réussie un désir

Je n'ai pas de chien
Seulement un loup tendre et attentif
En attente de ma volonté

Le judas de notre chair
Qui est-il?
Celui qui trahit mon corps
S'appelle Joseph de la bible
Il achete son droit d'aînesse
J'en ai hérité malgré moi

La faim un tatouage indélébile
Dans l'estomac
La défaîte du corps de désir
En échange de l'entente  familliale
Dans le monde entier
Respect des régles coutumières
Au nom de tous les dieux

Une pierre tombale dans le ventre
Au lendemain d'un jeune
D'une journée sans pain
Sauveur de ma vie

Mourir de constriction
En accouchant d'un canyon
Solitaire sans canne
Ni béquille
Dans une douleur
Qui étrangle ma respiration

Mon loup intime exulte
Loin d'être fatigué
Gambade
Dans la neige des désirs accessibles
Reniflant la froideur de marbre des vivants

Un instant de vie supplémentaire
Aboie sur le passage du facteur
Ce matin

Joli moment

Joli moment
Devant mes peintures
Union avec le mur
La lumière au néon
Le public passager

Renvoyée à plus tard
Terminée cette époque
Avancée sur une route inconnue
Bordée de peupliers amicaux

Me vivre en douceur
Sur la pente de la montagne
Herbe folâtre sous mes pieds

Mon partage entre toi l'inconnu
Et toi ma vie indéchiffrable
Papyrus d'autre-fois

J'allonge ce moment
pate à pain en fermentation
Le temps de trouver une fermeture
Au ciel du présent

J'irai
Là où je veux aller
Au plus près de moi
Château fort aux mille tours
Le rire des sorcières
Me poursuivant dans les couloirs
Du cordon ombilical

Mon encombrement bronchitique
Pour tousser les dragons
Des pensées acrobatiques
Qui retombent sur le champ de colchiques
De ce dernier printemps
Une promenade à l'orée de la famille

Ma pluie d'amour
Assassine les rencontres
Bouscule les bons jours standards
Les attentes de bus pour la Martinique

Finir mon histoire en forme de passoire
Des  trous de plus en plus petits
Qui retiennent un brin de souffle
À la menthe

Morsure

La marque des dents
Excalibur de Juda
Un goût de malice

Reviens ici bas.

Je t’écrivais dans mes nuits noires 
Des comètes des galaxies entières 
Sans un seul bruit éclairer ton toit 

Je pleurais cent rivières de mes yeux 
Chiens de vie pourquoi pourquoi
La vie et ses conflits sans draps Sandra 
Je suis sale et sans foie ni lieux de toi

M’éloigne comme neige l’angoisse du froid
Mes veines rétives fixent l’exploit sans les bras
Tes bas débat  de laine mi coton mi haine 
Tu vois tu vois toi mon ancienne Lolita 

Le flot de ces semaines sans années lumières 
Ni secondes qui battent le flot amère d’une âme 
Bière qui frappe la pierre le bois puis s’en va …

Je t’écrivais dans mes nuits noires 
Des comètes des galaxies entières 
Sans un seul bruit éclairer ton toit …

Le son de ton sang filme le flot sublime song sans rime 
Déprime passagère reviens mon amère mon amour

Reviens ici bas. 

The fall.

Sueurs froides
 
Vertigo
T’attire
T’aspire
T’abandonne
 
Glissade
Sur les dalles
 
Le cœur t’a manqué
Malaise
 
Vague à l’âme
Vaguement malade
 
Nausée
 
Nux vomica
Aux entrailles
 
Un pan de ta vie
Tranché net
Le goût du sang
A l’entaille
 
Evanoui
 
Aboli
 
Soufflé
Par le néant
 
Coup du sort
Naine noire
Triste fatum
 
Pour autrui
A peine
 
Une histoire…

Mon corps

Mon corps s'éloigne de moi


Mon corps s'éloigne de moi
Grince des dents
Se retourne sur son histoire

Mon corps sent
 Le souffle du rhinocéros sur ses jambes.
 Bruit de forge

Mon corps redoute
Les fourmis qui grimpent le long de la colonne vertébrale
Les rouges qui piquent sans vergogne

Mon corps hurle
  Les loups de la déconfiture
Les corbeaux des cancans
Au ras les pattes des oies

Mon corps s' effraye
 Des mouvements de personnes dites humaines
  Sur le chemin de la guerre

Mon corps gémit
Agité en bateau naufragé
Sur l'océan de la voile de demain

Mon corps cherche ses yeux
Les essuie
Avec le mouchoir du deuil

Mon corps évite
Les regards en forme de gruyère

Mon corps craint
Le ricanement
Obstruant le son de la source claire

Mon corps crucifie
Le poids des mots
 
Mon corps détrempe
 Au-dessus des montagnes

Mon corps chagrine
La  mine d'or des émotions

Mon corps se roule
Dans la joie des sans croyance


Mon corps réalise
 Son puzzle de libération

Histoire de Marguerite

Voici l'histoire de Marguerite.
La petite fleur, Marguerite, était très timide.
Elle était bien jonquille, mais très très timide.
Elle perdait vite les pétales.
En plus elle était malade.

Elle se rendit chez le Dr Bouquet, Corolle Bouquet.
- Bonsoir Docteur.
- Bonsoir Marguerite.
Alors que se pistil ma petite Marguerite? Tu as mauvaise étamine !
- J'ai fait des bêtises docteur, et ça me cause des soucis !
- Vase? Je te demande chardon? Quel genre de bêtises?
- Je me suis myo-sottises!
- Ce n'est pas grave... Marguerite c'est de ton âge.
Toutes les petites fleurs font des sottises !
- Ce n'est pas tout, docteur!
- Aaah bon…???

- Non, je suis amoureuse de Fanfan la Tulipe
et ça me donne des végétations et puis, quand je mange,
j'ai du mal à Azalée!... et j'ai les oreilles qui bourgeonnent.
- Aaaah, ça c'est plus grave ... Je vais devoir t'opérer.  Quelle heure est-il?
- Sécateur docteur.
- Déjà ?  Opérons vite!

Hélas, l'opération rata.
Marguerite fut paralysée dans la fleur de l'âge
et elle resta plantée là... comme un légume.
Elle alla porter plante au commissariat.
Chez les flicus. Mais personne ne voulait l'écouter. On lui répétait sans cesse...

« Aaaah mais mademoiselle, il faut accepter les conséquences:
cette opération a été réalisée à fleuristes et périls. »

Marguerite était très très malheureuse.
Elle tenta même de mettre fin à ses jours en avalant du désherbant !
Il lui restait pourtant une toute dernière chance: une greffe.


Ce fut le docteur Trémière (Rose),  qui réalisa l'opération et cette dernière réussit parfaitement.
Marguerite était guérie.
Elle redevint pollen de vie, elle put recommencer à jouer à cache-cache-pot et se maria .

Avec Chris (Chris Anthème) qu'on croyait homo mais qui était terreau et elle devint graine d'Angleterre.
Car Chris Anthème était engrais.

Marguerite fut heureuse pour des siècles et des cyclamens.
On peut dire qu'elle a eu du pot....

Ce fut  pour moi un réel plaisir que de vous conter cette histoire fleuri  de jeux de mots!

Bon printemps

Un texte poétique et humoristique dont j'aurais aimé être l'auteur...

(sous toute réserve l'auteur serait Patrick Dorffer)

Le voyageur

Un temps pour se le dire enfin,
Juste quelques mots de bonheur.
Courir à l’abri des embruns,
Foncer en oubliant ses peurs.

Se libérer de tant de choses
En allant chercher l'impossible ;
On finit par prendre la pose
Devant nos démons invincibles.

Le fait accompli de soi-même :
Changer de ville ou changer d'air,
On ne change pas ses problèmes
Sous la lueur d'un réverbère.

C'est une torpeur oppressante.
Les années défilent sans moi.
On attend le printemps qui chante
Qui je le sais ne viendra pas.

Des chiens sauvages me dévorent.
Je voulais glisser un «je t'aime»,
M'extirper enfin du décor.
Mais le silence est un poème.

Épée de poltron n'a pas de pointe

Epée de poltron n'a pas de pointe...
Mais ne point avoir pointe 
Est par ma foi 
des patiences 

Alors c'est Mouche qui
la coiffe en astreinte ... 

De ses 600 yeux : 
La mouche ...

Plongée en les coeurs 
Elle ne tue pas... 
Elle voit ...

Pour ma part outre la pointe 
je n'oublies pas en l'épée 
ses deux tranchants ...
Je pratique le sabre...

Mais du Masque le Poignard est le Roi ...
Du Roi le Masque est le Poignard ...
Du Poignard Le Masque est Roi ...
Le Poignard-Roi est le Masque ...

Sans Masque Une Dague
À défaut d'une bague ...

Le Bouclier ...
La Plume ...
La mour...
L'étau..
Boue..
eau..
eu.
ay
y

Nez-ce pas ?

(Issu d'un vieux proverbe français (en titre))

Le bienveillant

Par delà les âges
 
Serein
 
Paupières baissées
Il te regarde
 
Sourire malicieux
 
Aura
Au bord de lèvres
 
Rayonnement subtil
D’éternité

Le chat

La rue Aristide Briand une rue calme, bordée de pavillons, sans vraiment d’uniformité dans la construction. Certains sont anciens et datent des années 1900. On les reconnaît au fait qu’ils sont bâtis en meulière.
Mais des rues semblables à la rue Aristide Briand, il en existe beaucoup d’autres dans les banlieues parisiennes et ne présentent pas un intérêt particulier.
Cependant c’est le lieu où habite le héros de notre histoire Éric Dugommier.
Il a la cinquantaine et vit dans un de ces fameux pavillons en meulière qu’il a hérité de ses parents. Il y a vécu plus de trente-cinq ans avec sa femme. Mais il est veuf depuis deux ans. Ses deux garçons ont pris leur envol, il vit seul. C’est le cas de le dire : l’un est pilote dans la patrouille de France et l’autre chez Air France. Ils sont mariés, ils viennent le voir, mais leurs visites sont peu fréquentes, leurs métiers leur prenant beaucoup de temps.
Le décès de sa femme a beaucoup affecté Éric. Il ne pensait pas pouvoir surmonter ce vide, mais la vie s’est poursuivie sans objectifs véritables. Il se raccroche à son métier d’ingénieur dans une entreprise d’automobiles. La passion qui l’animait autrefois s’est transformée en routine. Il a fréquenté, un temps, une collègue de sa société, divorcée, mais cela n’a pas duré, car il a senti qu’il n’était pas prêt à tourner la page. Le souvenir de Louise est encore trop présent…
Un dimanche, rentrant d’un jogging le long de la Marne, il arrive dans l’allée menant à la porte d’entrée et aperçoit un chat immobile sur son perron. La surprise passée, il reconnait la chatte grise de sa voisine. Ce n’est pas la première fois qu’elle furète dans son jardin, mais jusqu’à maintenant il n’y prêtait pas attention. D’autant que les animaux ne l’intéressent pas. Il n’a jamais voulu de chien ou de chat estimant que la possession d’un animal est incompatible avec des vacances et des voyages. Avec Louise ils partaient à l’étranger ou sillonnaient la France. Quand elle mourut, il avait été tenté de prendre un chien pour avoir une compagnie, mais il y avait renoncé.
La chatte est là, immobile, le regardant arriver. Il ne l’a jamais vue d’aussi près. Les regards de l’homme et de la bête se croisent. Ce n’était pas la première fois qu’il regarde un animal dans les yeux. Quand il était adolescent, il avait lu qu’il ne fallait jamais fixer un animal sauvage dans les yeux surtout si c’était un mâle, alors il s’amusait à aller au zoo à côté de chez lui pour fixer les yeux d’un lion ou d’un tigre. Une épaisse glace le séparait de l’animal : on est jamais assez prudent… De toute façon les félins étaient trop abrutis par leur captivité pour réagir à son regard qu’il imaginait magnétique. Il avait essayé de refaire l’expérience avec le chat de sa grand-mère, mais l’animal s’obstinait à détourner le regard.
Aujourd’hui la chatte le fixe intensément, il sent un trouble l’envahir d’autant que le regard n’est pas celui d’un félin avec les fentes si caractéristiques de leurs pupilles. Ce regard est humain et cette humanité inattendue le perturbe. Brusquement la chatte se retourne, s’enfuit et saute sur le mur mitoyen.
Ces deux yeux fixés sur lui restent ancrés dans sa mémoire. Un peu sonné par sa course et cette rencontre il rentre chez lui et s’affale dans un fauteuil. Pourquoi est-il secoué par ce face-à-face ? Ce n’est qu’une chatte. Il est vraiment trop émotif. Mais ce regard le trouble encore, il a l’impression de le connaître… Tout à coup il comprend l’origine de son trouble. Ce regard c’est… oui… c’est une évidence : c’est le regard de Louise ! Il essaie de chasser cette idée de son esprit. Comment une telle absurdité peut-elle naitre dans la tête de l’ingénieur qu’il est ? C’est vraiment irrationnel, donc impossible.
Mais même chez les hommes les plus sensés l’irrationalité peut prendre racine. La perte de Louise est encore proche et il n’a pas fait encore son deuil. Jusqu’à présent il a toujours refusé l’idée de la réincarnation, mais la vision de ce regard est pour lui un espoir à travers le temps. Un espoir que le lien qui l’unissait à Louise ne soit pas rompu à jamais…
Ce soir-là Éric eut beaucoup de mal à s’endormir. Et le lendemain il y pense encore.
Ayant toujours habité la rue Aristide Briand, il connait bien ses voisins proches. Mais absorbé par sa vie trépidante, les contacts se limitaient à quelques saluts rapides ou parfois à quelques mots échangés sur le temps ou la situation politique. Quelques-uns sont venus à l’enterrement de Louise. Mais la compassion du moment s’est estompée au fil du temps et chacun a repris ses occupations. Depuis, Éric se comporte comme un véritable ours limitant au  maximum ses contacts avec ses voisins.

Madame Germaine est sa voisine de droite et elle est la propriétaire de la chatte. Elle habite dans son pavillon depuis environ quarante ans. Elle aussi, elle est veuve depuis une vingtaine d’années. Éric se souvient de son mari, un monsieur jovial qui travaillait à la SNCF. Louise faisait parfois les courses pour madame Germaine qui n’avait pas de voiture.
Aujourd’hui il n’a qu’une envie : revoir cette chatte…
Il lui faut trouver un prétexte.
Une chance se présente quand le facteur dépose dans sa boite une lettre destinée à sa voisine.
Muni de la missive, il va sonner chez sa voisine. La vieille dame le remercie chaleureusement. Toute confuse, elle lui demande un service. Sa lampe de chevet ne fonctionne plus. Elle a changé l’ampoule, mais sans succès.
Éric n’a aucun problème à réparer l’appareil électrique.
Madame Germaine lui propose pour le remercier un verre de muscat.
Tandis qu’il sirote ce liquide sucré dont l’ancienneté manifeste n’a pas amélioré la qualité,   la chatte entre dans la pièce.
Son cœur se met à battre la chamade. L’animal se met à se frotter à ses jambes. Il se penche et caresse l’animal.
Germaine, flattée que son voisin s’intéresse à son chat, part dans un long discours sur la race de l’animal.
Mina, est un « Bleu russe », race de chats aux origines controversées et usuellement considérée comme une race naturelle apparue dans les pays froids comme la Russie ou les pays scandinaves. Éric ne l’avait pas remarqué auparavant, mais aujourd’hui dans la lumière tamisée de la pièce, il la trouve magnifique avec son pelage gris foncé, presque bleuté, sa silhouette allongée, ses poils courts et épais, sa tête fine et oblongue, ses oreilles légèrement arrondies, plutôt grandes, assez verticales, ses grands yeux verts, bien ouverts dans la semi-obscurité. Certes Mina n’a pas le même regard qu’hier, mais Éric qui a passé sa main sous le cou de la bête sent le ronronnement de l’animal et cette vibration bouleverse son esprit.
En temps ordinaire, si madame Germaine lui avait proposé un deuxième verre de ce muscat doucereux, il aurait refusé poliment, mais aujourd’hui il ne veut pas rompre sa communion avec Mina. Tandis qu’il replonge avec prudence ses lèvres dans le liquide sirupeux, il interroge la vieille dame. Où a-t-elle trouvé Mina ?
Elle a été chercher l’animal, il y a deux ans en Seine et Marne dans un élevage à côté de Melun. Mina était alors un tout petit chaton.
Fièrement elle sort un papier du tiroir d’un buffet. Sur ce papier il y a tout le pedigree de l’animal. Sa chatte est de pure race ! Elle tend le papier à Éric. Par politesse il parcourt le document, tout en malaxant le cou de l’animal. Brusquement son sang se fige… La chatte est née le 2 mars 2015 ! 2 mars 2015 la date du décès de Louise… De stupeur, il serre fortement le cou de Mina qui bondit vers la porte et disparait.
Le lendemain devant la tombe de sa femme, il est encore tout perturbé par les derniers événements. Cela fait plusieurs semaines qu’il n’est pas allé au cimetière. Peu à peu il avait espacé les visites prenant conscience que ce n’était pas sa femme qui était sous cette dalle de marbre, mais des résidus de matière organique ayant contenu l’âme de sa femme bien aimée. Éric n’est pas croyant, mais il croit en l’existence de ce qu’on appelait l’âme, entité qui doit survivre au corps physiologique. Pour lui ce serait un véritable drame si cette hypothèse était fausse…

Aujourd’hui la rencontre avec la chatte vient bouleverser toutes ses conceptions sur la vie et la mort.
Louise n’est pas partie, elle est revenue dans le corps de la chatte.
Cet événement aurait dû le réjouir, pourtant il vient bouleverser tous les schémas qu’il avait bâtis inconsciemment. À l’église le curé n’avait-il pas dit que la mort n’est pas une fin, mais bien une naissance ? Que l’âme du défunt montait au ciel rejoindre les autres âmes. Éric pensait qu’un jour il irait rejoindre Louise.
Aujourd’hui cet espoir est remis en cause.
En effet il s’était informé sur la réincarnation. Il a encore en tête ce qu’il a lu dans les textes : « la réincarnation (retour dans la chair) désigne un processus de survivance après la mort par lequel un certain principe immatériel et individuel (“âme”, “substance vitale”, “conscience individuelle”, “énergie”, voire “esprit”) accomplirait des passages de vies successives dans différents corps (humains, animaux ou végétaux, selon les théories). À la mort du corps physique, l'“âme” quitte ce dernier pour habiter, après une nouvelle naissance, un autre corps. »
En scientifique qu’il est, il s’est immédiatement posé la question : combien de temps peut durer ce processus ?
Seule la religion bouddhiste semble lui donner une réponse à peu près claire.
"Dans la religion bouddhiste, il n’est que deux états d’existence dans lesquels nous pouvons nous trouver : le Samsara ou le Nirvana. Le Samsara, c’est le cycle de la succession des naissances et des décès, la vie dans laquelle nous sommes pris tant que nous n’avons pas atteint l’Éveil. On y traverse des états d’existence successifs conditionnés par l’ignorance et le karma, où règnent la souffrance et la frustration. Pour être délivré du Samsara, il faut atteindre le Nirvana. »
Si sa femme s’est réincarnée dans le corps de cette chatte, cela veut dire qu’elle est actuellement dans le Samsara. Dans combien de temps et au bout de combien de réincarnations atteindra-t-elle le Nirvana ?
La situation dans laquelle il est plongé l’oblige à changer de paradigme. C’est extrêmement difficile quand on a été élevé dans la culture judéo-chrétienne.
Maintenant il y repense, certains jours Louise et lui s’amusaient à se demander l’un l’autre en quel animal ils aimeraient être réincarnés après leur mort. Et Louise avait dit : un chat. Pour rire il lui avait répondu : moi un lapin ! Et il lui avait fait l’amour pour illustrer son choix !
Aujourd’hui cette époque est bien loin… De Louise, il ne lui reste plus que la chatte de madame Germaine.
Les semaines suivantes il réitère ses visites chez la vieille dame pour essayer d’apercevoir Mina. Il espère revoir le regard de l’être aimé. Mais le miracle ne se reproduisit jamais. Seules les caresses de la bête sur ses jambes et ses ronronnements sous ses doigts lui permettaient de communier avec Louise.
Un jour il trouve madame Germaine en pleurs. La vieille dame est catastrophée, Mina ne mange plus et vomit. De retour du vétérinaire, elle est désespérée. Le diagnostic a été sans appel. Mina souffre d’une tumeur au foie. Si on ne l’opère pas au plus vite elle mourra. Ce n’est possible qu’en l’hospitalisant. Seul un chirurgien vétérinaire est capable de réussir cette opération délicate. Madame Germaine s’effondre dans un fauteuil en étreignant sa chatte : le montant des soins dépasse sa modeste pension…
Éric essaie de consoler la vieille dame. Si Mina meurt, il perdra une deuxième fois Louise et il ne saura pas dans quel animal ou végétal elle se sera réincarnée. Il n’hésite pas : c’est lui qui paiera l’opération !
La chatte sauvée, Éric fut soulagé. Cette guérison lui laissait quelques années pour profiter de « Louise ».
Après cette alerte il n’a cessé de trembler pour la santé de Mina une infection ou un accident peut vite arriver !
Mais le sort en a décidé autrement.
Un jour qu’il traverse à un passage clouté, distrait il ne remarque pas le feu tricolore, au vert pour les voitures. Le choc est violent.
Il est maintenant allongé, la tête plaquée sur l’asphalte, il a très mal à la poitrine et aux jambes.
Il perd conscience. Quand il se réveille, il est couché sur une civière. Au-dessus de lui un visage lui sourit, une main lui plaque un masque à oxygène sur la face. Il entend faiblement, au lointain.
- Monsieur vous m’entendez ? Si oui clignez des yeux.
Il essaie, mais son corps semble avoir cessé de lui obéir.
- Merde Albert je le perds ! Son cœur s’arrête.
Éric est comme emporté dans un tourbillon et voit le visage de l’homme s’éloigner, loin, très loin…
Il se réveille, il n’a plus mal, au contraire il est en pleine forme. Il est dans un pré, il broute l’herbe, elle est délicieuse…

Aux multiples des personnalités

Aux multiple des personnalités 
Ce, en syndrome chevauché
par les réalités
de nos époques 
folles ...

Poème adapté aux communes folies
qui accompagnent celles-ci :

Je certes...
Mais à quel Tu ?

Jongler avec qui m'aime,
ce,
en mes multiples
qui se craignent

Mon Amour ...
Mon Amours ...

N'est jamais aisé ...


Ce Don des souhaits divers
Qui tachent de s'accorder en t

Dont :

D'hivers à : « Était »,
Aux tonnes rouges
des brins du temps

Mais Perdus en bouche B ... ?

Ber nés ... ?
Mais depuis quand ?

Quand l’Ère
à été associée au B ?

Ce,

Avec qui t'attends en ceux qui te haïssent ?
Ce,
En moi donc,
Ce,
Avec qui soupire d'ennui ou de fols délices ...
Ce,
Avec toi donc ...

Mais...
Moi,
Certes ...
Mai

Certes est-il féminin pluriel du Ce ?
Mon « Ce » serait lui ?
(Alors) ?

Associé ?

Celui Certes,
Mais qui ?

Certes :
Une certitude affirmée par cette saine solitude du mot déshabillé ?
Certes :
Anagramme d'être au pluriel et qui se définit en C ?

C alors est il trois des vingt-six ou moitié d'O affirmé ?

Qui est-elle alors ?
Moi, en une autre personnalité,
Ou Toi en volonté d'y voir « rs » ajouté ?

Certes :
Haaa ...
J'ai trouvé !

Mais « Ô » n'était un film, mon ami !

Et ce de fort peu de qualité ...

Je m'inquiète de tes goûts en érotisme ...
Et donc, de leurs pauvretés...

Pauvre fou assoiffé ... !

!!!

Par moi ? ...
?!?
C'est vrai ?
!?!
...

Et la danse peut alors continuer ...

Valse, Tango, Salsa ou Fleuret,
Ce en un bouquet permanent,
et garni de jolies clefs

La Danse des mots ...

Quand les morts eux
ne sont que regrets
Qui ne se singent que par nos cygnes
Ce en tout les envers de la vie et de l'être ...

La copie n'est alors plus qu'un signe
Du mort qui se convulse en ses souhaits ...








Panique identitaire

Panique identitaire


Qui suis-je
Sans mes poèmes ce jour de jeune?
Une âme en peine
Sans religion ni amour
Seulement ce présent
Où je communie avec moi
Solitaire sur ma chaise de bureau roulante.

Je descends dans ma vie
Par l'escalier de secours
Je trouve ce lointain désir d'en finir
D'arrêter cette vie
Dont l'usage est affaibli
Par l'essence du présent.

Pourtant
Un regard jeter sur le feuillage
De mon compagnon le saule pleureur
Du parc que je peux mater
Chaque jour par la fenêtre  
De chez moi

Aujourd'hui le vent a tourné
Le feuillage a changé
De sens 
Sa bravoure
À cheval sur cette force d'aérateur
M'appelle

Mon point fixe
Hors de moi
M'accroche
Au poème
Retrouvé par les mots

Demain encore
Je serai toi
Après être aller dormir

SC

Oui, c’est entièrement projeté
Cela se passait en présent comme devant témoin, en présent comme devant démon
Alors que c’est des scies circulaires accumulés dans mon eau de neuf mois
Né dans les malformations des variations, il pense aussitôt
Alors que  c’est des scies circulaires accumulés dans un nerf
Alors que c’est des scies circulaires accumulés au-dessus de écrire n’existe pas
Grandi dans une usine de fer, il est midi
Alors que c’est des scies circulaires accumulées dans la fabrication de la respiration électrique
Alors que c’est des scies circulaires accumulés dans une pièce d’un homme en robe longue et que la maladie n’existe pas
Khalid EL Morabethi 

Silures

Sous les ombres du limon
 Nous rampions à tâtons
 Sur nos corps sans écailles
 L'eau des fleuves nous lavaient
 De nos incertitudes
 
 Epidermes assoiffés de consolations
 En poussées sismiques
 Delavés par le sang
 Des naissances immobiles
 
 Le vent ne nous atteignait point
 Ni les pluies
 Ni les lignes des pêcheurs
 
 Qui a greffé nos ailes ?
 Nous les sentions pousser
 Sous les coulées de vase
 Prenant racine
 Dans nos muscles dorsaux
 Dans nos courbatures de nuit
 
 Le sous sol des larmes
 Nous à propulsés
 À la surface des flots
 Nos yeux ont souffert la lumière
 L'incroyable lucidité des photons
 En bataille rangée
 
 Nous étions collés
 Au bitume de nos peaux
 Espérant l'éternité
 Le ciel nous a noyés
 Nous offrant des vitraux d'écailles
 Mandorle invisible
 Dont nous étions la proie
 
 Les cils de nos nageoires
 Se sont affolés
 À la croisée des regards
 
 Nous sommes devenus
 Le brin d'ADN
 Perdu dans l'azur
 Les macromolécules
 De nos orgasmes
 Ont giclé sur les vitres
 De l'horizon
 
 De ma chaise de solitude
 J'aperçois les silures
 Prisonniers des étoiles.

Hors forgemots


Laisser aller la pensée
Errer d'image en image
Quitte à s'ennuyer de suite
En espérant du changement

Cet écœurement de la vie
Nos humains somment des ombres ambulantes
Rien ne s'échange spontanément.
Tout est contenu dans nos relations
Pas de chaleur
Du calcul et encore du calcul
Plus facile d'additionner de retrancher
Que de se donner au moment d'ici là
De suite
De suite


Arracher les cloisons
Les petites blessures infliger
Par des remarques désobligeantes
Forcer la rencontre
Utiliser les artifices du je m'assoie à côté de vous
Je vous salut
J'engage une conversation banale
Je pousse le pion un tout petit peu
Sait-on jamais l'autre peut devenir
Plus intéressant que moi avec moi !
Moi seule oui j'aime
Moi à deux pas mal.
Moi avec un engagement intime c'est super.


Mon langage est ancien
Je n'emploie pas les raccourcis linguistiques
 D'aujourd'hui. Décalée
Recalée.
Encore comprise plus pour longtemps
Je dois me moderniser
Observer apprendre de nouvelles façon d'écrire les mots en raccourcis
En tempête, courant d'air


Plaisir de s'exprimer
Pas encore tremper dans le génocide culturel imposé
La conversation publique voir familiale à thème obligatoire
Sous contrôle des religieux ou des pouvoirs politiques
Servir Dieu visiblement
Servilité politique imposée

N'en déplaise à ce jour
Béatitude de ce moment
Passé avec vous



ç tout droit réservé

Échange Galactique Vue du Noir.

Énergie noire et sombre
décalage vers le rouge 
Mars
décalage vers le bleu Uranus
Le Roi Mort
Jamais le nôtre n'est à voir donc...
C'est en le noir que l'on
a accès à la Lumière...
C'est en celui-ci
Que brillent les étoiles

L'expansion de l'Univers
N'est que le mouvement de la source ...
En relation
L'effet gravitationnel entre deux personnes donc
est
vitesse de la pensée en 
Expansion
Les perceptions de la 
Lumière 
limitée par la vitesse de 
Celle-ci
Le trou noir du sorcier 
issu de la source des 
Représailles
Des lumières fatiguées
et des Lumières mortes ...

Le fond diffus des sentiment en le cosmos des doutes

l'infrarouge, l'ultra son ou le poète
le Spectre de la Voie Lactée en celle du Sabre et de la Plume

La Voie du Sabre
De la Plume
Du Spectre
Du Cavalier
Et du Dragon
...
De l’apocalypse personnelle 
aussi en chacun de nous
De la Voie lactée pour les
Bœufs
Vision réduite, alimentaire,
Simple et peu offerte

La voie Lactée du 
Grand Attracteur,
Celle du Galant donc,
Des amas de l'Hydre
A l’écart du corps noir
De sa matière grise à
L'énergie sombre

Des frontières du corps
Et de l'esprit
L'un du bourg
l'autre de l'haine
L'eau
La trouille
l'Ariane
L'héroïne amazone 
Du courroux
de Guyane
Le labyrinthe des 
Renseignements du 
Puzzle et de ses 
Fluctuations

De la Galaxie seulement,

l'Univers ...

Pourquoi pas ?

fleur

Fleur désordonnée
Sur route bétonnée
Pétale perdu

Sans titre

ai cherché la douceur de la mémoire
 n'ai trouvé que
 serpentins
 grimaces
 fariboles


 la rose
 a chu dans le miroir
 laissé dans ma paume
 ses épines
 pourprant
 mon cahier de nuit

Sans titre

ai cherché la douceur de la mémoire
 n'ai trouvé que
 serpentins
 grimaces
 fariboles

 la rose
 a chu dans le miroir
 laissé dans ma paume
 ses épines
 pourprant
 mon cahier de nuit

Traumatisme

Je sentais que j’étais fin prêt !
Je venais d’avoir dix-huit ans et mes parents avaient prévu de souhaiter mon anniversaire ce soir.
Le chemin n’avait pas été simple.
Aujourd’hui si je me retourne sur mon passé j’estime que j’ai eu une enfance heureuse, même très heureuse.
Je peux le dire, j’ai été un petit garçon sans problèmes.
Je n’ai pas beaucoup de souvenirs de ma scolarité à l’école maternelle, mais mes parents m’ont raconté que toutes les institutrices que j’ai eues m’adoraient. Toujours selon mes parents j’ai été propre très tôt ce qui est rare chez les garçons. À un an et demi, je parlais déjà correctement.
Les difficultés ont commencé quand je suis entré à l’école primaire. C’est difficile à exprimer, mais c’est à partir de cet âge que je me suis senti différent de mes camarades. D’où venait cette inquiétude diffuse, je n’étais pas encore assez mature pour la comprendre.
Il n’y avait aucune raison objective pour expliquer ce mal-être que je ressentais. Mes parents Claude et François étaient un couple uni et aimant. Résolument modernes, ils ne voulaient pas que j’utilise les mots « maman » et « papa », mais ils souhaitaient que je les appelle par leurs prénoms. Ce qui n’altérait en aucune façon l’affection que j’avais pour eux. Et ils me le rendaient bien.
Bien que je me sente mal à l’aise dans ma peau, cela ne m’empêchait pas de rechercher la compagnie de mes camarades, surtout d’ailleurs la compagnie de mes camarades filles. En y repensant maintenant je crois que c’est cela qui affectait insidieusement ma relation avec mes parents. Ils ne disaient rien, ils me laissaient faire, mais paradoxalement ce penchant devait les contrarier, surtout Claude qui devait en éprouver de la jalousie. Pour faire de moi un homme, comme il le disait, François m’avait inscrit dans un club de karaté. Et comme je voulais lui faire plaisir je m’appliquais et j’ai vite progressé dans ce sport.
Mes parents sortaient souvent, ils ne voulaient pas me dire où. Je voyais Claude se maquiller et cette cérémonie me fascinait. Plusieurs fois en cachette, je lui avais emprunté son fond de teint et son rouge à lèvres. Un jour Claude m’avait surpris dans la salle de bain. J’étais prêt à affronter sa colère… Mais rien ne se passa ! Claude se contenta de dire que j’étais encore trop jeune pour ce type d’onguents.
Je me souviens des amis de mes parents. J’étais très jeune, mais je les trouvais bizarres. Ce qui me choquait le plus c’est que Claude et François avaient l’air de les apprécier. Moi au contraire j’éprouvais une certaine répulsion quand certains d’entre eux me prenaient sur les genoux.

À huit ans, âge crucial, je commençais à m’interroger comme beaucoup d’enfants : Claude et François étaient-ils vraiment mes parents ? J’étais bien incapable de formaliser ce doute, ma maturité étant insuffisante pour le faire. Plusieurs fois je les interrogeais. Ils me répondaient toujours de façon évasive. Jusqu’au jour où après s’être concertés discrètement, ils m’avouèrent tout penaud, qu’ils m’avaient adopté.
Ce fut une déception pour moi, mais ensuite un soulagement, je comprenais d’où venait ce mal-être diffus qui m’avait accompagné toute mon enfance.
Ensuite j’avais beau me persuader que je n’étais pas le seul enfant à avoir été adopté, j’avais de plus en plus de mal à gérer mes rapports avec Claude et François. Je me sentais différent de mes parents adoptifs. La modernité de leur couple qui ne m’avait pas affecté jusque-là me traumatisait maintenant d’autant que manifestement ils comptaient sur moi pour adopter leur mode de vie. Je n’osais pas les contrarier.

Depuis six mois je vais une fois par semaine chez un « psy ». Pour lui il n’y a aucun doute : les causes de mon traumatisme sont multiples. Mon statut d’enfant adopté associé à mon incompréhension envers le mode de vie de mes parents suffit à expliquer le trouble que je ressens. Génétiquement il n’y a aucune raison que je ressemble à Claude et à François. Bien sûr on ne peut exclure l’influence de mon éducation sur mon comportement. Mais le « psy » m’a rassuré sur ce point mes goûts et mon attitude lèvent toute ambiguïté sur mon avenir…
**********
Quand j’eus fini de souffler les dix-huit bougies de mon gâteau d’anniversaire, je pris mon courage à deux mains. Je me levais et je criais à tue-tête :
- Claude et François, je vais vous faire de la peine, mais je suis hétérosexuel !

Proxym-Junko, Opale - Episode 2

Proxym-Junko, Opale.

Episode 2

Départ.

Il est quatorze heures à Londres. Les sept capitaines enclenchent le freinage progressif, pour aborder la sphère d'influence d'Opale sans risques. Pololei de son coté, prépare la correction d'orbite, pour placer le vaisseau dans le même plan de rotation que celui de la planète. Les colons sont tous dans leur lit, harnachés et sous sédatif, pour atténuer les effets du changement de vitesse. La perte de vitesse s'effectue en deux phases, premièrement par extinction des propulseurs, ce qui amène à un tiers de celle de la lumière, l'opération s'effectue en 75 minutes. Deuxièmement la rétro-poussée, qui constitue à rallumer les réacteurs très progressivement, en inversant le sens d'éjection. C'est alors en quarante-cinq minutes que la vitesse descend à neuf mille mètres secondes. Et durant les dix dernières minutes qu'est rectifié la trajectoire.

Seize heures. Les propulseurs sont de nouveau éteints. Seuls les gazouillis du tableau de bord viennent perturber le silence du poste de pilotage. Les derniers voyants clignotent. Seize heures deux, plus un bruit. Les écrans crépitent, s'allument et affichent les résultats : la périapside est à dix mètres de celle prévue, mais l'opération est un succès. Kate soupire, Jolan esquisse un sourire. A seize heure trente, on rallume les propulseurs pour positionner l'Aurora à seize-milles kilomètres du sol. Les colons s’activent maintenant pour former trois groupes d’exploration. L’objectif est de lancer les trois modules d’exploration pour qu’ils cartographient la planète et puissent observer l’environnement avant que les capitaines, les officiers et les représentants de collons choisissent le lieu où sera fondé la première cité. Les groupes d’explorations sont annoncés à dix-neuf heures pour laisser à leurs membres le temps de préparer leurs affaires.

Lors des délibérations, on apprend que seules cinquante-deux personnes se sont portées volontaires pour les trente postes vacants. Si tout l’équipage est impatient de découvrir la surface, tous savent que le poste d’explorateur nécessite de grandes capacités physiques tant le travail est titanesque. A chaque vaisseau est donc assigné un officier biologiste, deux architectes, deux ingénieurs, un médecin magasinier, un cuisinier automaticien, un géographe informaticien, un pilote mécanicien et un garde scientifique pour permettre aux équipages de faire face à toute situation lors des huit prochains jours d’exploration.

Six heures, le lendemain. L’itinéraire, les provisions, les équipements sont chargés. Les explorateurs embarquent. Six heures quinze, prêts au découplage. Daichi lance le compte à rebours, les générateurs des vaisseaux s’activent. Six heures vingt, découplage. Les pilotes maintiennent une poussée minime le temps de s’éloigner de l’Aurora. Puis ils entament une perte rapide d’altitude à neuf cent mètres secondes durant cent quatre-vingts minutes. C’est là que la phase compliquée commence, après trois heures de décente rapide, il faut positionner chaque vaisseau dans une trajectoire qui lui est propre, orienter le profil des appareils pour permettre aux boucliers thermiques d’absorber l’énergie de l’entrée atmosphérique et aux éléments aérodynamiques de stabiliser les vaisseaux.

Dix heures trente. L’Aurora active les canaux de communication. Trois réponses. Descente réussie, les trois modules d’explorations sont en vol stationnaire à dix kilomètres d’altitude, à plus ou moins quinze mille kilomètres les uns des autres. Les examens automatiques confirmant l’intégrité des vaisseaux, il est ordonné aux équipages de continuer à descendre et de chercher un endroit où se poser.
Onze heure sept, appel en provenance du module d’exploration numéro 2 : « Echo, X-ray, Un. S’est posé sur plateau rocheux, Proxym à l’horizon. Reçu ? » Un cri de joie déchire le silence du poste de commandement. Janet répond « Alpha, Romeo, Janet, Reçu et communiqué. Bravo à vous. Reçu ? » « Bien reçu, nous attendons vous ordres. Terminé. » L’échange est retransmis à travers le vaisseau, tout le monde saute de joie, c’est l’euphorie. On attend le retour des autres modules.

Recherche à dire

Je pense oui
Tout le temps
Tête encombrée
Bonheur de cette tête
Qui pense encore
Capable de me parler
De me dire ce que j'ai à faire

Ècris dit-elle
Quoi donc dit-elle encore
Ècris donc cela va venir et tu seras contente
Comme Franklin avec sa pomme sur la tête d'un autre que lui
la chute de la pomme

Tu penses
La pomme de Newton est aussi sur ta tête
et tu es devenu Benjamin Franklin inventeur du paratonnerre
 Établissant la loi de la pesanteur
Attention Isaac Newton et l'attraction universelle n'est pas Franklin dit ma tête

Prends donc le dictionnaire
Pense ma tête
Pas celui des synonymes ni celui des symboles
Ni celui des analogiques
Seulement le dictionnaire Larousse compact en couleurs.


Ma tête pense. Elle vient de lire le dictionnaire :
Newton et les deux Franklin.
Elle a choisi le bon le politicien Benjamin et non John
Pas le navigateur entre les deux Franklin.
Et la loi de la pesanteur elle l'a rendu définitivement à Isaac Newton.


Ma tête est satisfaite.
Elle a réfléchi sans se fatiguer
Sauf pour l'orthographe et la grammaire
Piège à subtilité qui dépasse ma tête
Pour toujours



Quelques soient mes efforts
Le doute est la bougie qui me conduit
Dans le souterrain sombre et froid de la vie des accords et des mots.
Les couloirs existent. Le contenu est incertain
Pire qu'un voyage dans le trou noir
Dont nous bassine les nouveaux scientifiques
Qui grattent sans y voir
Un lieu qui ne sera jamais le notre.

Le bœuf, le Loup et le Mouton Essai humoristique

Le Boeuf, le Loup et le Mouton ...

Ben quoi ?
Que doit quoi ?

Comprend rien le Loup qu'est-ce que tu dis ?
Ou ça ?
Pourquoi tu cours ?
Oui mais ...
Je sais pas moi ...
Je ne sais pas moi ...
M'enfin : J'en sais rien et je ne sais pas, et puis c'est compliqué !
C'est compliqué j'ai dit !
Et tu m’énerves le Loup !

Et « Pourquoi » je ne sais pas ? Hein Pourquoi ?
Tu me crois plus bête que toi le Loup ?

Ben ... Enfin ... Ben parce que j'en sais rien moi le Loup... M'enfin ...
En papier cette clôture le Loup?
Mais la clôture qu'est là ...
Elle existe pas enfin ...
Regarde ...
Mais non...

D’ailleurs...
Je veux pas voir qu'elle existe, et me casse pas la tête ; et c'est bien la preuve qu'elle existe pas d'ailleurs !
Donc elle existe pas et tu m’énerves !

Ben quoi ?
Ou ça ?
Je sais mais je veux pas ...
Ça me casse la tête le Loup, et j'suis fatigué ...

Et puis sinon... Ça existe ... D'ailleurs ...
Alors non ...
Alors non ... J'ai dit !
Pas ... Donc !

Mais enfin ... Pourquoi il bêle lui ... ?
On est des Bœufs pas des Moutons ... ! M'enfin ...

Juste du papier pas dangereux pour ma tête ???
Mais qu'est-ce que tu racontes le Loup ... ?
J'comprend plus rien le Loup, le Mouton m’énerve aussi...
Dur de t'écouter ...

Dis le Mouton, mollo hein, je suis quand même un bœuf hein moi, hein Mouton ... !
Et toi tu n'est que Mouton, bon alors camembert hein donc...

C'est pas parce que le Loup nous énerve tous les deux que ...
Hein ... Bon ...

Qui a dit « mais pas assez ? »
Ha c'est lui aussi ... Bon ...
Mais non Mouton...
Je vais pas charger le Loup, je suis Bœuf hein moi...
C'est pas toi le Mouton ... ?

Mais Mouton ... ?!?
En fait t'es un Bœuf toi ... !
Suis quoi alors moi ?
Ben merde, suis même pas castré d'ailleurs moi en plus...
Pourquoi je suis un Bœuf alors ... ?
Et ... Pourquoi je fais rien ... ?
Alors ... ?

Mais le Loup ... M'enfin ...
Mais t'es un Bœuf toi aussi ... !
Enfin je veux dire un Mouton ...
Enfin un comme moi quoi ...
Sauf qu'il énerve lui, ce Loup...

Mais qu'est-ce qu'il dit tout le temps... Pfff ...
Ça m’énerve...
Oui là dessus t'as raison le Mouton ...
C'est énervant...

Mais, Mouton, je ne vais pas me battre contre un Loup moi, suis un Bœuf moi, suis pas fou ...

Et puis Mouton t'es pas mon chef hein ... !
Ben enfin Mouton ...
Depuis quand t'es mon chef ... ?
Depuis que t'es mon beau-frère ?
Ben t'es pas mon beau-frère Mouton ...
T'es juste le nouvel ami de ma femme ...
Enfin de la Bœuf là ...
Comment on dit encore au féminin ça ?
Sais plus moi... Suis un Bœuf tu sais...
Tu te souviens toi Mouton ?

Arrêtes de m’embêter Mouton j'entends rien ...
Mais Mouton, t'as fini de me menacer ?
Tu t'es vu en comparaison à un Bœuf... ?
T'es fou à ce point ?

Ben d'ailleurs suis pas un bœuf, suis même pas castré d'ailleurs ...
Mais non je ne suis pas castré le Mouton ...

Mais non je ne suis pas un Loup le Loup... 
Qu'est même pas castré d'ailleurs, aussi, je sais ...

Mais au fait Mouton, t'es qui toi ?
On se connaît d'où ?
Ben oui t'as peur du Loup c'est normal t'es un Mouton...

Pourquoi t'es pas un Bœuf comme tout le monde d'ailleurs Mouton ?
Ben ... Et vous êtes beaucoup en plus ...

Ben et pourquoi il vous mange pas d'ailleurs le Loup ?

Dis ça va aller le Mouton, m’énerve pas hein dit !
Elle est en papier cette clôture...
Fais gaffe ...
Tiens au fait, pour la clôture t'avais raison le Loup ...

Et pourquoi tu le mange pas alors le Mouton .... ?
Moi je m'en fout, en plus il m'a piqué ma femme, enfin ma Bœuf au féminin là ...
Pourquoi tu le manges pas ?

La Meute ?

Qu'est-ce que tu dis le Loup ?

Ben pourquoi ils tremblent maintenant les Moutons ?
Parce qu'elle est en papier la clôture...
Ha bon ?

Déjà Bœuf suis pas sûr ...
Suis pas castré ça c'est sur ...

Mouton ça non ... ! Faut pas pousser quand même ...

Loup vraiment ... ?
Ha bon ... Ha bon ... Bon ... D'accord ...

Et c'est quoi encore cette histoire de Meute ?
...
.

L’homme qui..

A priori, la vie d’Ernest Trébuchet est banale.
Que dire de lui ? C’est un homme d’une quarantaine d’années que rien ne distingue des passants que vous rencontrez dans la rue. Sa vie est celle de millions de Français : une femme, des enfants, un appartement à Paris, un chien, des fins de mois pas toujours faciles. Des vacances, tous les ans, en la famille, dans le Cantal. Rien d’exaltant ! Une ou deux fois, un séjour à Djerba ou sur la Costa Brava, pas vraiment original. Quelque chose de particulier ? Si peut-être… Ernest Trébuchet travaille depuis plus de quinze ans chez Harisson & Harisson une société anglaise de gestion immobilière. Il exerce les fonctions de comptable. Une activité où on ne rêve pas vraiment. N’allez pas croire en lisant les lignes précédentes qu’Ernest Trébuchet n’est pas heureux. Sa vie lui convient et il ne souhaite pas en changer. Il est parfaitement intégré dans son environnement. Les quinze années passées chez Harisson & Harisson lui ont permis d’être à l’aise dans son travail, il est apprécié de ses collègues et de ses chefs. N’allez pas croire que le maniement des chiffres rend Ernest Trébuchet triste pour autant. Il est doté d’un certain humour et ne rechigne pas à l’occasion à raconter quelques blagues égrillardes. Il rit franchement des plaisanteries de ses collègues. Les plus classiques étant, du genre, « E.T….maison» ou bien « Attention Ernest tu vas tomber… ». Je vous épargne les autres. Donc rien de piquant dans la vie d’Ernest Trébuchet. Ses journées s’écoulent de façon invariable. Il quitte son domicile à 9 h après avoir dit au revoir à sa famille et caressé son chien. Il ne manque pas chaque matin de saluer sa concierge. L’ouverture de la boite à lettres et la revue du courrier est une cérémonie à laquelle il ne déroge jamais. Il achète chaque jour son journal, au kiosque, à côté de l’entrée du métro. Le voyage, relativement court jusqu’à son lieu de travail lui permet de lire seulement les gros titres. Arrivé chez Harisson & Harisson il salue Firmin le réceptionniste, puis les collègues déjà arrivés, enfin et surtout madame Freeman la secrétaire du directeur (elle fait la pluie et le beau temps dans l’étude !). Il commence ponctuellement son travail à 9 h 30. Ensuite tout se déroule selon un rituel immuable : pause café, repas de midi à la brasserie d’à côté, retour au bureau, pause café, départ à 17 h 30. La fin de la journée n’est pas plus exaltante : retour en métro, à la maison, Ernest embrasse sa femme et ses enfants, caresse son chien qui rituellement lui fait la fête puis dîner, télévision, avant la nuit. Comme je vous l’avais dit, rien d’extraordinaire. Mais il y a un jour différent. Le vendredi, c’est la réunion hebdomadaire du cabinet de gestion, une cérémonie rituelle. Dans la salle principale de l’étude, en présence du directeur, chacun des membres de Harisson & Harisson expose son bilan. Ernest apprécie le vendredi. Il prépare avec application un dossier contenant les activités comptables de la semaine. Bien que son exposé soit rébarbatif, ses collègues l’écoutent religieusement. J’aurais pu écrire « hypocritement », car la présence du directeur, monsieur Pagminton, n’est pas étrangère à cette assiduité. Ernest Trébuchet le sait, mais qu’importe, il en tire, néanmoins, une certaine satisfaction. Traditionnellement, mademoiselle Pernette, responsable dans le cabinet de la gestion des locations, intervient avant lui. Ils ont la même ancienneté chez Harisson &Harisson. Plus jeune, il avait un faible pour elle. Il n’a jamais osé se déclarer. Il y a fort à penser d’ailleurs que ladite demoiselle n’eut pas apprécié une déclaration. D’autant qu’Ernest Trébuchet n’a pas vraiment l’allure d’un séducteur. Il est plus à l’aise avec les chiffres qu’avec les dames. Le temps a passé, mademoiselle Pernette est devenue moins attirante et leurs relations, bien qu’amicales, se limitent à des sujets professionnels. Je sens que mon récit vous déçoit… une histoire d’amour de bureau aurait pu mettre un peu de piquant dans la vie d’Ernest Trébuchet. Eh bien non ! Du banal, que du banal !
Un jour pourtant…
Ernest Trébuchet embrassa sa femme. Elle lui rendit son baiser d’une façon un peu distraite. -tient ! - se dit Ernest – elle est de mauvaise humeur ! – Cela le chagrina un peu, mais ce sont des choses qui arrivent… Sa déception augmenta encore au moment où son fils Tiburce (ne riez pas ! C’était le prénom d’un oncle de madame Trébuchet) partit au lycée sans même lui dire au revoir. Pour se consoler, il appela son chien. Malgré des appels répétés, celui-ci ne daigna pas quitter le couffin où il était allongé. C’est donc assez contrarié qu’Ernest quittât son domicile. Arrivé en bas des escaliers, il salua, comme chaque matin, d’un bonjour vigoureux, la concierge qui balayait le couloir. Elle ne se retourna même pas ! Interloqué par l’attitude de la gardienne, d’habitude si aimable, il se retrouva dans la rue tout décontenancé. L’accueil de monsieur Figaro le kiosquier (il y a vraiment des noms prédestinés) ne fut pas plus chaleureux. Monsieur Trébuchet avait l’habitude de lui faire la conversation en lui achetant son journal. Ce jour-là il n’eut droit qu’à un « merci » glacial qui acheva de lui saper le moral. Son arrivée chez Harisson & Harisson ne fut pas plus brillante. Firmin ne leva même pas la tête à son passage. Les collègues qu’il aperçut rentrèrent ostensiblement dans leurs bureaux comme madame Freeman ! Heureusement, on était vendredi, la réunion hebdomadaire allait arranger tout ça.
La séance se déroula comme d’habitude. Mademoiselle Pernette termina son exposé. Monsieur Pagminton remercia la demoiselle et dit :
- Monsieur Trébuchet c’est à vous, nous vous écoutons !
Ernest, après un raclement de gorge, se leva, commença à détailler la situation comptable du cabinet Harisson & Harisson en inscrivant des chiffres sur un tableau blanc. Il venait à peine de terminer la situation du poste N° 1 qu’il entendit le directeur dire :
- Merci monsieur Trébuchet, à vous monsieur Lemoine !
Ernest Trébuchet interloqué s’assit sans réagir. Que se passait-il ? C’était la première fois que monsieur Pagminton écourtait son intervention. La réunion terminée, abasourdi, il regagna son bureau. Un sort semblait s’être abattu sur lui…
Le retour à la maison fut aussi terne. Sa femme lui dit bonjour distraitement, elle qui l’interrogeait habituellement sur ses activités de la journée, son fils ne leva même pas la tête de la copie qu’il était en train de rédiger et son chien, qui lui faisait toujours la fête à son retour, ne bougea pas une patte. Inutile de vous dire qu’il eut du mal à s’endormir ce soir-là.
La journée suivante fut également déconcertante. C’était un samedi et le week-end commençait. Sans qu’il pût comprendre pourquoi sa famille semblait l’ignorer et lui adressait à peine la parole. Les amis chez qui ils se rendirent le dimanche furent aussi très distants. Le lundi il en fut de même. Il avait l’impression que chez Harisson & Harisson tout le monde le fuyait ou plutôt ne semblait pas le voir. Les jours qui suivirent, la situation empira. Quand il parlait à sa femme ou à son fils, ils ne lui répondaient même plus. C’était vraiment une impression bizarre. La vie autour de lui continuait au même rythme, mais il avait la sensation que sa présence n’était plus perçue par son entourage. Un soir qu’il rentrait du travail, il eut la surprise de constater que sa femme n’avait mis que deux assiettes sur la table de la cuisine. Il lui en fit violemment la remarque, mais elle ne répondit même pas et sans le regarder un seul instant elle appela son fils et ils se mirent à table. Interloqué, il les regarda manger. Furieux, il s’enferma dans sa chambre. Il avait réussi à s’endormir non sans mal, ruminant mille idées dans sa tête quand dans la soirée sa femme vint se coucher. Elle alluma, se glissa dans le lit et tranquillement se mit à lire. Ernest était soufflé, il n’eut même pas la force de réagir. Il avait l’impression de vivre un cauchemar. Ce n’était pas possible : il rêvait, il allait se réveiller et tout redeviendrait normal ! Malgré tout, il s’endormit vite, car il avait pris un somnifère pour se calmer. Le matin il se réveilla, seul dans le lit, il faisait déjà jour. Il jeta un coup d’œil sur le réveil, déjà 10 h 30. Personne ne l’avait réveillé ! Il se leva précipitamment, l’appartement était vide. Il s’habilla, rapidement, affolé. Il allait être en retard à son travail. Jamais cela ne lui était arrivé ! Il descendit les marches quatre à quatre. La concierge n’était pas là. Heureusement, car cela faisait plus d’une semaine qu‘elle l’ignorait, la garce… Elle pourrait toujours attendre les étrennes de fin d’année. Il ouvrit la boîte à lettres. Rien pour lui… toutes les lettres étaient adressées à madame Trébuchet. Bizarre ? Depuis au moins dix jours, il n’avait reçu aucun courrier à son nom. Il entra chez Harisson & Harisson. Il était maintenant habitué à l’indifférence de ses collègues. Il ouvrit la porte de son bureau. Il eut un mouvement de recul. Il ne reconnaissait plus rien. Les meubles étaient différents, les murs de couleur crème étaient maintenant bleu clair. Il ressortit vivement dans le couloir, compta rapidement les portes, troisième porte… c’était bien celle de son bureau. Il entra à nouveau. Il reconnaissait de la fenêtre le paysage qu’il avait l’habitude de voir. Interdit, il ressortit. Il lut la plaque fixée sur la porte : « Comptabilité : Adrien Bergamol ». Cette lecture l’acheva. Tout l’univers s’écroulait autour de lui. Il commença à douter. Sonné comme un boxeur à la fin d’un match, il sortit prudemment de l’étude. L’air vif de la rue le réveilla un peu. Il courut vers le métro. Tout en filant comme un dératé, il murmurait : - il faut que j’aille voir un médecin, il faut que j’aille voir un médecin… - Arrivé chez lui, il se précipita dans la salle de bain pour se passer de l’eau froide sur la figure. Sans aucun doute, le froid de l’eau allait lui faire du bien. Il avait la fièvre. Oui ! Il le sentait bien, il couvait une grippe. Deux aspirines et tout irait mieux. Ses hallucinations ne pouvaient provenir que d’une forte fièvre. Si cela n’allait pas mieux après, il irait voir le médecin et tout s’arrangerait !
Il entra dans la salle de bain, alluma précipitamment, plongea un gant dans l’eau froide, leva la tête. Ce fut alors l’horreur totale… dans la glace il n’y avait…. rien ! Et pourtant, il voyait sa main, son bras, son corps. Dans la glace il n’apercevait que le mur d’en face ! Il prit le miroir que sa femme utilisait pour se coiffer, se pencha et ne vit que l’image du plafond. C’était un véritable cauchemar. Il se précipita dans le salon pour se regarder dans la glace au-dessus du canapé, elle ne reflétait que l’image de la fenêtre. Comme un fou, il se précipita dans la chambre. Le miroir de l’armoire refusa lui aussi de renvoyer son image. Atterré, il s’effondra dans un fauteuil. Mais… il ne reconnaissait plus la pièce, elle était jaune alors que c’était lui-même qui l’avait peinte en vert. Les rideaux eux aussi avaient changé. Sa table de nuit n’était plus là. Il se précipita sur l’armoire, ouvrit la porte, ses vestes, ses pantalons, ses chemises… il n’y avait plus que les vêtements de sa femme ! Hagard il se précipita dans le salon vers la bibliothèque. Tous ses livres avaient eux aussi disparu. Il ouvrit le tiroir du buffet où le couple rangeait les photos. Il les jeta, en vrac, sur la moquette. C’était effrayant… il n’était sur aucune des photos, il reconnaissait sa femme, son fils, ses parents, ses beaux-parents, des amis… Il ouvrit un autre tiroir où il rangeait ses papiers importants. Ils les connaissaient bien s’occupant de toute la paperasse administrative. Aucun document n’était à son nom. Ils étaient tous libellés au nom de Georgette Trébuchet. Proche de l’hystérie il se précipita sur le téléphone. Il allait téléphoner à sa femme, tout ceci avait sans doute une explication rationnelle. Sa femme travaillait comme vendeuse dans une boutique de lingerie. On décrocha et il demanda à parler à madame Trébuchet.
- Allô Georgette ! C’est Ernest !
- Ernest ? Je ne connais pas d’Ernest, qui êtes-vous, monsieur ?
- Mais Georgette, je suis ton mari !
- Mon mari ? C’est une mauvaise blague, monsieur, je ne suis pas marié. Ce n’est vraiment pas drôle !
Et l’on raccrocha violemment.
Ernest Trébuchet posa doucement le combiné. La vérité lui apparut dans toute son horreur. Il n’existait plus… !

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