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Textes récents

LAMALADIENEXISTEPASFAUTQUONPARLE

Né. Ça prend une forme. Tendre Attend Satan. Tu es. Pas pareil. Dans mon sens. D’un autre soleil. Et. Le triangle. Libre. Traversant. La mémoire. Construite ailleurs comme. Une personne derrière ma langue. Disait le bébé Sanglier.
 
 Tu n’as pas eu peur de l’obscurité. Depuis le commencement. Depuis. Il faisait jour. Et tu as des cornes. Les vitres n’existent pas.
 
 Une question. Bientôt. Tu m’étrangleras. Au nom de l’amitié. Mais. Ne fallait-il pas y penser il y a une éternité ? Vers 1994.

 Et tu as des milliers de cadavres de poissons. Ensuite. Mortes. Qui sortent de ta bouche. Ensuite. Il faisait un temps. Ensuite. Il faisait nuit.
 
 Mon attitude. Attend Satan tendre. Tu souris quand je mâche une bête. La manière. Sans aucune raison. Et le temps. Et tu me prends par la gorge. Né. Les nerfs pèsent. Et tu me prends par l’insecte. Et je fais des mouvements. Pour qu’on se calme. Pour que ça prend une forme.
 
 Là. Et la pluie. N’est qu’une imagination. Dans mon sens. Je vais bien. Casse moi les jambes. Et les bras. Et le cou. Et dis que je suis le mal. C’est beau. Terrible. Le rôle bientôt joué par l’un de nos deux.
 
 Pourtant. Le petit-déjeuner. Tu manges. Mais. Oui. Je n’ai jamais eu faim. Ton estomac avait vidé le sens.
 
 Je commence bien la journée. Satan attend le temps tendre. Je comprends. Nous arrivons. J’ai le choix. Tu as ton troisième doigt. Tu marches sur l’eau. C’est au ralenti. Je marche sur la route. Puis. Tu as une belle voix. Je comprends. Tu touches mon visage. Merci. Et tu souris. Bravo.

 Ça va. Né. Je vois un œil.  Nous allons prendre une forme. Ça va. Né. Je vois un œil. Nous allons prendre une forme. Dans toute la main. Né. Tous dans la main.

 Et puis. Je fais des exercices. Sortes de mouvements. Sortes de réchauffements. Et tu te rends compte. Je suis Né.

 Et puis. Je fais des exercices. Je suis né. Je touche le triangle. Le nôtre. Il reste en face. Au milieu. Toujours au milieu.

 Et j’attends le temps tendre.  


Khalid EL Morabethi

Le cinquième pont

Le cinquième pont



de frondaison en frondaison
mon pas se faisait plus lourd

le cyclamen sauvage
solitaire
attira les regards


j'ai franchi le 5ème pont


derrière
des cascades
sans eau
les roches nues
déversaient leur trop plein de silence


le ciel troué de vert
m'invitait


le sentier
de terre et de lierre
attisait le vertige


les mots sous les vents
impalpables
résonnaient dans mon crâne


les parois en redan
attendaient


derrière moi
à terre
loin
les cris de ma mémoire
se traînaient
béance d'un passé résilié


j'ai franchi le 5ème pont

Blue thumb land

"Une chanson dédiée à Mark Zuckerberg "

Ici, on voit des gens,
En share et en bosses,
Et des grands penseurs,
Qui ont un avis sur tout,
 
Et comme c’est pas payant,
Y’a des fées carabosse,
Qui nous agitent des leurres,
Qu’on y revienne surtout
 
Noti noti notifiez moi,
En Like en share,
En commentaires,
Do donnez moi de l’importance,
Ici on ne vit que dans l’urgence,
 
Ici c’est plus facile,
De cracher à la gueule,
D’insulter sa voisine,
Sans quitter son fauteuil,
 
Toujours moins difficile,
Pour les gens les plus veûles,
Et ceux qui se débinent,
D’éviter les écueils
 
Noti noti notifiez moi,
En Like en share,
En commentaires,
Do donnez moi de l’importance,
Ici on ne vit que dans l’urgence,
 
Ici y’a du partage,
Une grande communauté,
Des amitiés sincères,
Par centaines et par posts,
 
Parfois y’a du courage,
Et des actes sensés,
Tout fermer et se taire,
In blue thumb land, I’m lost
 
Noti noti notifiez moi,
En Like en share,
En commentaires,
Do donnez moi de l’importance,
    Ici on ne vit que dans l’urgence.

Un monde meilleur

Un monde meilleur..
On souhaite être reconnu
À notre juste valeur,
Faire du paraître un nul..
Et de l'intérieur un reflet de lune.
Lacune a briller quand le soleil se lève..
La tête dans les nuages
J viens de crier pendant mon sommeil

Pleine de rêves elle a triée ses pages
Pour en faire un livre..
Effrayée par son libre arbitre...
Elle a jugée des fautes qui traumatise
D'une sanction, à une cause brisée
Par un manque de sensation
En vérité,
Il nous faut plus d'actions
Et moins de promesses vaseuses
Je viens d'une sagesse courageuse
Qui avance d'un pas orageux
Ventilation d'un système, diseuse de
Mystère.. J vais en percer le secret
Heureuse d'être dans l'encre mais
Fais gaffe à quoi tu te mêle
Si l'idée de te prêter ma plume me viens
Prends soin de son état prends tes gardes
Et rien ne pourras te rendre vulnérable
Tout reviendra à toi,
Le jour de mes funérailles

À quoi bon avoir de l'amour ?
Elles se sentent comme des proies
À mes yeux elle est une étoile
Et voici comment j résume l'émoie
De ton impact sur mon égo j crois
Trouver les codes,
Une de ces chaleur humaine
Même, dans un froid polaire
Un pingouin ne te résisterait pas
Tu trouves que je suis colérique
Mais ça c'est rien, je me réserve
Au mérite de chacune
Dans le bien
Comme dans le mal
J préserve mes capacités
Je me régénère avant de jouer à l'adversité
Tu préfère persister dans l'erreur
Carrément tu dis être persécutée quel horreur
Quel intérêt à gâcher nos amitiés
Pour l'heure
Je n'ai qu'une couleur aux nuances multiples
Tu penses peut être la différence
Mais pour la pratiquer, revois ta tolérance
La confiance abstraite
Te donne de l'incohérence...

Demain

je pars
demain
loin des rives écarlates
sur les sentes
griffées
par l'espoir
des errants
ayant quitté
ces coques fantômes
porteuses
de misère pérenne
en poche le souvenir
de l'enfant qui ne sera pas
du baiser de l'aimé-e
des larmes de la mère
des yeux du grand-père
silencieux

peut-être ma main
les rencontrera

peut-être

demain

Désert

Ne lâches pas en route
Franchis les obstacles
Un à un
Un à la fois
Se cramponner
Viser loin
Bien viser
S'arque-bouter
Ne pas lâcher prise
Jour après jour
Pour arriver
Au Bout
Au But

À petit pas

Toujours sur la pointe des pieds
J'avance doucement
Sans être récompensée
Et chaque nuage me salue
Même l'arc-en-ciel
Se détend quand il me voit
Le chercher dans le ciel

À dire vrai
Le désordre s'est installé
Tout a changé
Mes amis sont partis
Dispersés comme une giboulée
De vierges effarouchées

Cette absence de présence
Crée un désordre sans nom
Ou plutôt comme à la guerre
Tout s'arrête tout change
Nous ne savons
Ce qu'il adviendra de nous
 Après la guerre des réseaux

Les larmes montent à mes yeux
c.

Le ministère de la procrastination

La demande déclencha un véritable cataclysme au sein de cet organisme public.
Comme le titre de cette nouvelle l’indique, ce ministère avait été créé pour institutionnaliser l’hésitation, l’indécision, les manœuvres dilatoires, la temporisation, la tergiversation, la valse-hésitation, l’irrésolution, le flottement, l’incertitude, l’indétermination autant d’attitudes sans lesquelles nos gouvernants ne pourraient pas demeurer au pouvoir sans subir la réprobation de leurs électeurs. Car quoi ? Comment pratiquer la politique si chacune des promesses d’un discours était suivie d’effets ?
C’est la raison pour laquelle un président eut l’idée d’assigner à ces manœuvres dilatoires un ministère, dont le ministre fut placé dans la hiérarchie comme ministre d’État pour souligner toute l’importance attribuée à ce ministère par l’exécutif.
Bien entendu le titre associé à ce ministère ne fut pas « ministère de la procrastination », car le libellé aurait pu attirer l’attention de quelques rares électeurs lettrés, sur les objectifs réels de ce ministère. Le cabinet du président élabora un libellé ronflant et prometteur : « ministère des prospectives et des décisions conjoncturelles ».
Le plus difficile fut de trouver un emplacement pour loger les locaux de ce ministère, car les Énarques chargés de son élaboration avaient tout de suite compris qu’il faudrait beaucoup de place pour stocker les dossiers, les rapports, les comptes rendus de commission amenés à dormir dans les services. Une solution aurait été de récupérer d’anciens locaux de l’armée en province pour entreposer la masse des documents qui ne cesserait de croître avec le temps. Le président averti de cette solution s’y était immédiatement opposé. Comment un « ministère des prospectives et des décisions conjoncturelles » pourrait-il être crédible s’il était implanté au Touquet, à Mende, à Brive-la-Gaillarde ou à Beton-Bazoches ? Un de ses conseillers lui avait rappelé l’échec cuisant d’un ministre de l’éducation, Olivier Guichard, qui avait voulu transférer son ministère à La Baule, station balnéaire, pourtant prestigieuse. Il fallait absolument que ce nouveau ministère soit à Paris comme les autres. Un moment on avait envisagé de récupérer les anciens locaux du ministère de la Défense, disponibles depuis son départ en direction de Balard. Mais les Énarques avaient fait remarquer que la vente des bâtiments de la rue St Dominique pouvait apporter des sommes importantes capables d’éponger une partie de la dette de l’État. Un conseiller eut une idée géniale, il suffisait de récupérer les locaux de la Grande Bibliothèque en transférant ses ouvrages et documents à Bordeaux, Marseille, Lille ou Lyon autant de métropoles qui se feraient un plaisir d’accueillir ce trésor culturel français.
C’est ainsi que le « ministère des prospectives et des décisions conjoncturelles » emménagea dans les tours qui dominent la Seine. La République s’enrichissait ainsi d’un nouvel organisme public et d’un nouveau trou noir, analogue au Conseil économique et social. La différence était structurelle, le Conseil économique et social avait permis pendant des décennies aux différents régimes qui s’étaient succédé de « caser » tous les petits copains qu’on voulait récompenser. Le « ministère des prospectives et des décisions conjoncturelles » allait permettre lui comme on l’a déjà écrit de faire dormir les dossiers, les rapports, les comptes rendus de commission dont on ne souhaitait pas l’aboutissement. Cerise sur le gâteau, il pourrait accueillir aussi les propositions et rapports du Conseil économique et social. Habileté suprême du Président de la République, il nomma à la tête du ministère une personnalité importante, monsieur X de l’opposition réputée par son verbiage et son inertie…
À l’occasion d’un remaniement ministériel, ce nouveau ministre apparu dans l’équipe gouvernementale, salué par la majorité comme un signal important donné par le Président de la République dans sa marche vers la modernité et la politique de réformes dont il avait son credo lors de la campagne présidentielle. L’opposition n’osa pas critiquer d’emblée cette nouvelle administration en raison de la présence de monsieur X à sa tête. Il avait été pendant un certain temps président du Sénat…
Il faut reconnaître que ce trou noir fonctionna parfaitement. Il permit de multiplier les commissions. À chaque fois qu’un problème secouait le secteur économique, un scandale ébranlait le monde politique ou qu’une réforme était envisagée on créait une commission qui se réunissait en grande pompe et force médiatisation. Ensuite sa gestion était assurée par le « ministère des prospectives et des décisions conjoncturelles » ce qui la menait discrètement et sûrement vers l’oubli. De la même façon, le président de la République put multiplier le nombre de personnalités capables d’enquêter sur les problèmes et les dysfonctionnements de la République. La remise des rapports fut comme toujours médiatisée, le prestataire félicité, et ils terminèrent dans les ex-locaux de la Grande Bibliothèque. Ils y furent rejoints par les textes de loi votés par les assemblées dont l’exécutif ne souhaitait pas la promulgation.
Toutes les demandes adressées au Président de la République, au Premier ministre, aux différents ministères qui posaient problème terminaient dans les services du « ministère des prospectives et des décisions conjoncturelles ». Cette mécanique bien huilée envoyait automatiquement aux expéditeurs un courrier indiquant tout l’intérêt du ministère pour leur problème. Il indiquait également que son importance nécessitait un examen approfondi donc un certain délai de traitement.
Le président de la République était ravi du fonctionnement de son invention, qui n’affectait que peu le budget. Stocker des données appelées à dormir dans les immenses tours était peu onéreux. Sûrement moins que le ministère de la Défense de plus en plus avide de matériel toujours plus dispendieux ou les hôpitaux grevant le budget de la nation.
En plus le chef de l’état pouvait mettre en exergue sa politique de réforme dans tous les domaines en s’appuyant sur l’important travail réalisé au sein du « ministère des prospectives et des décisions conjoncturelles ».
Comme on l’a écrit tel un trou noir, tout entrait dans ses locaux et rien n’en sortait.

C’est la raison pour laquelle cette demande incongrue déclencha un véritable cataclysme au sein de cet organisme public.
Il débuta quand le directeur de cabinet du ministre entra affolé dans le bureau de monsieur X.
- Que vous arrive-t-il mon petit Hubert, vous avez l’air bien perturbé ?
- Il y a de quoi, monsieur le ministre, j’ai entre les mains une demande de l’Élysée.
- Pas d’affolement, mon petit Hubert, ils veulent que nous assurions la promotion de la mise en place d’une nouvelle commission ?
- Non monsieur le ministre !
- La remise d’un rapport ?
- Non !
- Quoi alors ?
- Ils veulent que nous ressortions un dossier !
- Sortir un dossier ! Mais ils sont fous ! Ils savent pourtant que la finalité du « ministère des prospectives et des décisions conjoncturelles » est que justement qu’aucun dossier ne ressorte ! Monsieur le Président de la République m’a confié cette délicate et importante mission et je ne trahirai pas sa confiance.
Le chef de cabinet posa son document sur le bureau du ministre.
Celui-ci enfila sa paire de lunettes et se plongea dans la lecture de la missive.
- Oui c’est bien une demande de sortie d’un dossier. C’est sûrement une erreur ! Le secrétariat de l’Élysée a déjà merdé plusieurs fois. À mon avis il récidive…Faites vérifier cette demande mon petit Hubert…
Monsieur X était contrarié par ce contretemps qui venait troubler son emploi du temps. C’était le jour où il devait aller jouer au golf et ce n’était pas un freluquet de l’Élysée qui allait troubler les activités d’un ministre d’État.
Hubert René Monbrieux de Saint André l’était tout autant. Il avait prévu d’aller voir Olga une péripatéticienne de haut vol qui officiait rue de la Bourdonnais. Il était habitué à des journées bien tranquilles. Sorti dernier de l’ENA il avait obtenu ce poste prestigieux, bien rémunéré grâce à son père, gros industriel dans les huiles, les yaourts, les spiritueux, les croisières maritimes et possesseurs de plusieurs quotidiens régionaux. Il faut dire que ce ministère lui allait à merveille, ayant toujours été un procrastinateur invétéré, ce qui l’avait fortement handicapé dans ses études. Le père avait permis son cheminement dans les écoles et universités par des enveloppes bien distribuées. Il avait compris, comme la famille Dassault, que tout s’achète. Monsieur Paul Étienne Monbrieux de Saint André était assez content d’avoir placé sa progéniture dans un ministère, ainsi il pourrait transmettre tranquillement son empire industriel à sa fille l’antithèse de son frère.

 Hubert René Monbrieux de Saint André contacta un ancien camarade de promotion qui travaillait à l’Élysée et eut la confirmation de ce que craignaient le ministre et lui : la demande émanait bien du Président de la République lui-même !
Quelle mouche avait piqué le chef de l’État ? Voilà qu’il voulait le dossier concernant la réduction des dépenses publiques. Il y a longtemps que le dossier de plus de mille pages dormait dans les tours auprès de la Seine. La demande descendit la voie hiérarchique. Le système du « ministère des prospectives et des décisions conjoncturelles » était parfaitement huilé, les documents passaient de bureau en bureau pour arriver enfin au bureau 24 chargé de la phase finale de la prospective et de l’ultime décision conjoncturelle. Le responsable du bureau 24 dans son jargon parlait de « mise au placard ». Comme la hiérarchie lui laissait carte blanche, il avait jugé inutile d’accumuler de la paperasse qui finirait par encombrer les locaux et après avoir été inventoriés les dossiers, les rapports, les comptes-rendus terminaient dans la broyeuse à papier. Avantage non négligeable pour ce petit fonctionnaire la vente du papier lui permettait d’arrondir ses fins de mois.
Comme la demande qui avait descendu la voie hiérarchique, la réponse remonta de bureau en bureau et atterrit sur le bureau d’Hubert René Monbrieux de Saint André. C’était une véritable catastrophe : le dossier concernant la réduction des dépenses publiques était passé dans une usine de recyclage et avait terminé sa vie « administrative » sous la forme de papier WC résistant et parfumé.
Le ministre averti entra dans une violente colère, injustifiée sans doute, mais il pensait à sa carrière, on ne contrarie impunément un président de la République. Comme la demande, sa colère descendit la voie hiérarchique pour aboutir au bureau 24.
Monsieur le ministre d’État ne laissait aucune alternative, il fallait que le dossier demandé remonte au plus vite sur son bureau.
Le responsable du bureau 24 était atterré. Comment recréer un document de plus de mille pages dont il ne restait aucune trace sinon une ligne sur un fichier informatique indiquant son arrivée au bureau 24??
Hubert René Monbrieux de Saint André avait vite compris qu’il ne servirait à rien de sanctionner le responsable du bureau 24, cela ne ferait pas réapparaître le dossier. Quelle lubie s’était emparée du président de la République?! Cela faisait de nombreuses décennies que la France vivait au-dessus de ses moyens. Pourquoi ne pas continuer ? Le pays empruntait encore avec des taux d’intérêt négatifs. C’était sûrement un pays européen qui avait exigé un politique plus drastique de la France et le chef de l’état s’était vu obligé de sortir de dessous le tapis la synthèse du travail des diverses commissions qui avaient travaillé sur ce sujet. Le drame c’est qu’il n’y avait plus rien sous le tapis !
C’était un véritable cataclysme qui s’abattait dans la vie pourtant si calme du chef de cabinet.
Quand il arrive une telle chose à un procrastinateur, c’est une catastrophe. Plus question de remettre au lendemain une décision. La situation exigeait une réponse rapide et Hubert René en était incapable. Une fièvre s’empara de son corps et surtout son esprit.
Il ne vit qu’une solution : se faire consoler par Olga.
La demoiselle, outre ses charmes de première classe et ses talents particuliers, avait un grand cœur et les larmes du chef de cabinet de monsieur X l’émurent profondément. Elle écouta avec attention les soucis de son amant.
Elle le consola et le poussa dehors en lui expliquant que les choses allaient s’arranger. Surpris, Hubert René n’osa pas l’interroger.
C’est à ce moment du récit qu’il faut révéler une chose extraordinaire. Olga était certes une péripatéticienne experte et de haut standing, mais c’était aussi une fée. Cela va décevoir les enfants que nous sommes restés, mais les fées au vingt et un unième siècle sont sorties des contes et doivent pour subvenir à leurs besoins exercer un deuxième métier. Vous êtes prévenus : la caissière de votre supermarché ou votre concierge sont peut-être des fées !
La « fée » Olga avait gardé ses pouvoirs et Hubert René en se réveillant le lendemain matin trouva sur la table de sa cuisine un épais dossier de mille pages.
Il était sauvé ! Il se précipita au ministère et déposa sur le bureau du ministre le précieux document.
- Mission accomplie, monsieur le ministre !
Celui-ci feuilleta l’épais dossier et leva la tête.
- Vous vous foutez de moi, monsieur le chef de cabinet, qu’ai-je à faire de l’œuvre complète de Ponson du Terrail ?
Les contes de fées n’existent plus. Hubert René Monbrieux de Saint André avait été la victime d’une encéphalite foudroyante qui lui avait fait perdre la raison.
Aux dernières nouvelles il terminera la fin de sa vie dans une maison de repos à Berck plage et monsieur X a été remplacé par monsieur Y lui aussi ancien président du Sénat.
Bien entendu le dossier n’a jamais été transmis au président de la République. À une semaine près monsieur X et Hubert René Monbrieux de Saint André auraient été tranquille, la faillite de l’Italie ayant occulté opportunément le déficit français…

Sans titre

l'aube des bohèmes
transcende
le seuil de l'abîme

la course du cosmos
évide le noir
des sentiments

dans la galaxie
où plonge la parole humaine
le verbe forge sa puissance
corrompuepar la langue de la poésie

Victoire

j'ai suivi ton pas de silence
jusqu'à l'été flamboyant

lumière m'encerclant
d'arbres et d'enfants

dans l'ombre apaisée
mon pas brise ton pas

Un souffle.

Dans l’air chaud
 
Liquide du soir
 
Un souffle
 
Infime vibration
 
Me saisit
 
M’emporte
 
Cinnamone
 
Courmarine
 
Cannelle
 
Thé
 
Géranium
 
Miel
 
Girofle
 
Musc
 
Cédrat
 
Myrrhe
 
Abricot
 
Muscat
 
Poivre blanc
 
Explosion des sens
 
Veloutée volupté
 
S’emparent de mon âme
 
Et me mènent ivre
 
Au frisson

Combler

Quel manque à combler
Quand manger ou respirer
Est un temps perdu

Le son de la solitude
Une pièce qui résonne

Mignonne.

Mignonne
 
Joue charnue
 
Ivoire
 
Nacarat nacré
 
Robe en lambeaux
 
Suave oripeau
 
Pulpe translucide
 
Chyles en émoi
 
Serpentine
 
Veinée de pourpre
 
Drupe capiteux
 
A la bouche
 
Offerte

Enfouissement des déchets radioactifs

Morosité de la peur
De répondre aux questions
De parler de moi

Enfouissement de mes déchets radioactifs
Trop explosifs?
Froidure
De la nudité
Le néant s'enroule
Autour de mes pieds

Danger
De s'exposer
De spontanément s'offrir
Aux curiosités de chacun
Devenir une statue de sel
À trop se partager
Entre soi et l'autre

La peur
Mon Dieu
Ma maîtresse puissante
Détruit mon présent

Peur de perdre
La vie
L'autre c'est la mort
Assurément

Le chène de Goethe

Je suis un camp d'extermination
En mon bord le chêne de Goethe
Respecté même  par les SS
Assassiné par les Forces Alliées

Pleure dans mon coeur
Le chêne de Goethe

Ma rue

J'aime ma rue
Elle se retourne

Je l'habite
Malgré elle

Je déambule dans ma rue
En regardant l'avenir

Je respire ma rue
Elle me regarde assoiffée de tendresse
M'éloigner

Je file en douce
Entre deux poubelles débordantes
De vie
Qui ornent ma rue

Quelques papiers épars
Abandonnés
Pleurent leur destin
Dans ma rue

Balance tes amies

Balance tes amies
Sur la poutre
Garde la paille
Dans ton oeil
Un petit dégel
Passe à côté
De la tempête

Solitude amie
T'apporte tarte au chocolat
Dans un emballage
De mots doux
Couchés dans ton dos

Non appartenance

Non-appartenance
Aux étages de la société
Souffrance induite


Couleur blanche
Indéniable
Inconfortable quand minoritaire

Pas de chaîne aux pieds
De la chaîne dans la tête

Un départ

La nuit est si longue
 Lorsque les âmes cherchent leur route
 
 Une ligne aveugle
 Se déchire
 Au centre des horizons
 
 Fixer le point du silence
 Y soumettre les questions
 Dans le souffle des orgues
 
 
 
 Goûter la trêve des paupières
 
 Un film tourne en boucle
 Des branches de scénarios
 
 Le plateau des larmes circule
 Entre les dés en suspens
 Laissons le se remplir
 
 Juste un coin de métal
 Cisailler le temps
 
 Laissons les âmes être libres.

Voyage à deux

Jimmy Mac Gregor est fou de joie. Il va enfin faire ce voyage dont il rêve depuis si longtemps. Son père est éleveur dans le Michigan et le jeune homme âgé de vingt-six ans vient de terminer ses études universitaires à Chicago. Il a passé brillamment son doctorat de physique des particules. Son père pour le récompenser lui a offert un séjour en Europe. Il est fier de ce fils unique qui lui a causé tant de soucis, petit, au point qu’il a dû être opéré de la maladie bleue.
Il embarquera à New York pour une première étape à Paris.
Son voyage débute bien, il va passer une nuit très confortable à l’hôtel Intercontinental de New York.
Le groom lui a porté ses bagages au 15e étage. Dès la porte refermée, Jimmy se jette sur le lit douillet. Il n’est pas habitué à un tel luxe. Sa chambre dans la résidence universitaire était plus sommaire et il apprécie amplement, la magie, de pouvoir s’enfoncer dans un matelas moelleux.
Avant d’aller dîner, il se plonge dans les guides qu’il a achetés depuis six mois. Certes il les connaît par cœur, mais il ne se lasse pas de les relire : il ira voir la tour Eiffel, la place du Tertre, le Sacré Cœur, Pigalle, le Musée du Louvre, sans oublier Notre-Dame. Son grand-père qui a débarqué, pendant la guerre, en Normandie lui a beaucoup parlé de la France. Il lui a surtout parlé des jolies Françaises. Certaines n’ont pas été insensibles au charme du jeune libérateur…
Et Jimmy est bien décidé à suivre les traces de son grand-père !
C’est donc la tête pleine d’images sur la France et les Françaises qu’il se couche.
Vraiment ce lit est vraiment très confortable et il ne tarde pas à s’endormir.
Mais le dormeur n’est pas seul ! Dans le noir de la chambre, sous la couette, un insecte au contraire se réveille. La journée a été longue sous le matelas pour Angie. Le fumet d’une chair fraîche dans la force de l’âge la met en appétit.
Angie est une jeune et vigoureuse personne. Peu de gens les voient, mais Angie est une punaise. Plus précisément une punaise de lit.
Sous la couette, Angie a commencé sa progression. C’est pratique quand on est une punaise, on n’a pas besoin de voir, on perçoit le gaz carbonique de la respiration et la chaleur corporelle des dormeurs. La jambe nue est propice à un festin et Angie n’a aucun mal à percer la peau de sa victime. Elle se gorge de sang. Il est vraiment délicieux ! Et par trois fois elle perfore l’épiderme et le derme. Elle est tranquille, Jimmy ne risque pas de se réveiller, sa salive à un effet anesthésiant et anticoagulant. C’est plus tard que la peau réagira et que les démangeaisons et les rougeurs apparaîtront.
Le matin le jeune homme se réveille. Immédiatement il ressent le besoin de se gratter, il regarde sa jambe pleine de rougeurs. Il est déçu : des puces dans un hôtel de cette classe ? Ce n’est pourtant pas une auberge de jeunesse. Heureusement la charmante serveuse qui vient lui apporter son petit-déjeuner le console de ce désagrément…
Les punaises ont horreur de la lumière. Le jour, elles se cachent. Elles s’installent dans n’importe quel recoin d’une pièce à l’abri de la lumière.
Et allez comprendre pourquoi ce jour-là Angie choisit de se réfugier dans la doublure de la valise de Jimmy. C’est ainsi que notre héroïne traverse l’Atlantique dans la soute d’un Boeing et débarque avec armes et bagages dans l’aéroport de Roissy !
Jimmy et Angie… peuvent s’élancer à la découverte de Paris. Le taxi les dépose devant l’hôtel Saint André des Arts dans la rue du même nom. La chambre ne ressemble pas à celle de l’hôtel Intercontinental : si le confort est un peu rustique, le prix ne l’est pas. Mais Jimmy ne s’en soucie guère, papa a alimenté substantiellement son compte. Quant à Angie elle est un peu interloquée par l’aspect de la chambre. Depuis sa naissance elle n’a fréquenté que les cachettes d’un hôtel quatre étoiles particulièrement clean. Mais comme toutes les punaises, elles s’adaptent facilement au changement de lieu et la rusticité de la pièce lui serait plutôt sympathique…
Jimmy ne souhaite pas gâcher un seul moment de son séjour parisien. Son installation faite, il s’élance à la conquête de Paris et qui sait des Parisiennes. Bien entendu Angie n’est pas du voyage, les punaises étant plutôt casanières. Et il faut ajouter que derrière une plinthe un peu vermoulue Angie a fait connaissance avec un monsieur « punaise » et il semble qu’elle ne soit pas insensible au charme de ce godelureau européen…
Munis de ses guides et de son mobile il fait le tour du quartier. Le Panthéon, le boulevard Saint-Michel, le boulevard St-Germain, le jardin du Luxembourg le grisent, le dépaysement est total, il n’a jamais rien vu de semblable en Amérique. La vénérable Sorbonne est totalement différente du campus où il a fait ses études. Néanmoins une petite déception en ce premier jour : il n’est pas le seul à visiter Paris… Des cars entiers d’étrangers se déversent sur le Quartier latin, comme si tous les touristes de la terre s’étaient donné rendez-vous dans la capitale ! L’après-midi Jimmy décide de visiter le sous-sol de Paris. Ses guides lui ont indiqué qu’il ne fallait surtout pas rater les égouts au Pont de l’Alma et les catacombes. Il n’est pas déçu par les premiers. Les égoutiers savent mettre en valeur les difficultés de leur métier, dans une si grande métropole. La vision des bateaux-mouches remplis à ras bord de touristes, sur la Seine lui fait rayer de sa liste la croisière qu’il avait envisagée. À la gare de Denfert Rochereau, la perspective de l’immense queue devant les catacombes l’effraie. Après tout que lui apporterait la contemplation de milliers de crânes entassés, sous le lion de Belfort ? Il se contentera des vidéos présentes sur Internet. Il décide de continuer sa visite souterraine de la capitale en empruntant le métro. Il sort à « Palais-Royal ». Encore de longues files, pour visiter le Musée du Louvre !
Il admire les pyramides, mais renonce à la visite et traverse le jardin des Tuileries pour atteindre l’Obélisque et l’avenue des Champs Elysées. Il a entrevu au Pont de l’Alma l’Église russe et la tour Eiffel. Celle-là, quelle que soit la foule il ne la ratera pas demain. Il s’y pointera de bonheur ! C’est bien fatigué d’avoir tant déambulé dans Paris qu’il rentre à son hôtel.
Il est inutile de dire qu’Angie est heureuse des retrouvailles. Quand elle perçoit, le souffle tranquille du dormeur, demoiselle « punaise », s’avance, doucement, en compagnie de son amoureux pour le souper nocturne. Horreur ! Une puce du métro les a précédés. Dans de telles circonstances, d’autres animaux se seraient combattus ! Mais ce n’est pas le cas pour les animaux piqueurs, la ressource est abondante…
En ce matin du deuxième jour, Jimmy se lève plein de piqûres. Il est légèrement contrarié, mais pas trop ! Dans le Michigan les moustiques sont nombreux et il n’est pas dépaysé. Par contre ce qui le contrarie beaucoup plus c’est qu’il n’a pas encore rencontré de petite Française. Il doit absolument pallier cet échec …
Une heure après il est devant la tour Eiffel. Avant d’effectuer la montée à pied au deuxième étage, il subit une attente interminable dans une queue qui serpente en dessous du monument. Comme hier il serait prêt à renoncer, mais à côté de lui patiente une belle et jeune Chinoise. L’anglais est vraiment une langue internationale et ils ne tardent pas à faire connaissance. Ils passeront la journée ensemble : tant pis pour les Françaises ! Et le soir Angie à la surprise de découvrir une nourriture exotique qu’elle ne connaissait pas. Un véritable régal…
********
Jimmy est heureux, Li a été incomparable de douceurs et d’initiatives, mais ce matin elle repart en Chine.  De plus il va réaliser aujourd’hui un autre rêve : visiter le marché aux puces à la porte de Saint Ouen. Il parcourt le marché Jules Vallès.  C’est bizarre pour un jeune qui ne fume pas, mais il collectionne les pipes en souvenir de son grand-père. Il n’a pas encore trouvé la perle rare espérée. Cela devient d’autant plus difficile que ses collections se sont étoffées au fil des années.
Au marché Serpette il aperçoit une vitrine contenant des pipes. Excité, il entre. L’atmosphère est feutrée, troublée un instant par le grelot de la porte. Un vieil homme surgit de l’arrière du magasin. À côté de Jimmy il paraît minuscule. Il s’informe des désirs de son client et le conduit devant la vitrine. Jimmy plonge un œil gourmand espérant découvrir une des pièces convoitées. Mais cela ne sera pas le cas aujourd’hui. Un peu dépité, il s’apprête à prendre congé, quand le marchand le retient par la manche et lui dit dans un anglais approximatif :
- Pardonnez-moi, monsieur ! Vous ne recherchez que des pipes ?
- Non ! Je collectionne aussi les tire-bouchons !
- Je n’en ai point à vous en proposer, mais j’ai mieux : une pièce unique !
Jimmy revient en arrière, intrigué.
- Une pièce unique ?
- Il s’agit d’une boîte…
- Mais les boîtes ne m’intéressent pas !
- Oui bien sûr, mais en l’occurrence il ne s’agit pas d’une boîte comme les autres !
- Elle est très ancienne, elle a plus de 2300 ans et vient d’Amérique du Sud… Voulez-vous la voir ?
« Le Yankee » est sur le point de refuser, mais la curiosité est la plus forte.
Le petit homme sort d’un coffre, une boîte métallique qu’il dépose délicatement sur une table. Les parois sont recouvertes de plaques d’or et le couvercle est décoré d’une émeraude qu’entoure un serpent à plumes.
- Elle provient de la civilisation aztèque et l’émeraude symbolise le dieu Quetzalcoatl représenté par un serpent.
- C’est effectivement une merveille, mais cette boîte doit être hors de prix !
- Effectivement, mais je vous la céderai pour 2000 €.
- Seulement !
- Oui seulement, car je dois vous avertir qu’elle a un secret : toute personne qui essaiera de l’ouvrir en mourra !
- Comment l’avez-vous obtenue ?
- Un émigré mexicain est venu me voir un jour, il avait besoin d’argent, cette boîte était dans sa famille depuis plusieurs générations.
Jimmy est fasciné par l’émeraude et le serpent.  Quand il est entré dans cette boutique, il ne cherchait que des pipes et des tire-bouchons. Maintenant il est fasciné !
- Je la prends !
- Elle est à vous, je vous l’emballe, mais souvenez-vous de ce que je vous ai dit…
Rentré à l’hôtel, le jeune homme la pose à côté de son lit. Elle est belle et miroite sous la lumière du soleil. 2000 € c’est beaucoup pour le budget d’étudiant. Qu’importe, il n’a jamais été aussi heureux, il possède une pièce unique !
L’envie de l’ouvrir le taraude. Il ne pense plus qu’à ça.  Il faut résister… Il cède…Il l’ouvre…
Ses yeux s’écarquillent fascinés par le contenu. Sa bouche se tord, une immense douleur lui traverse le côté gauche. Il s’écroule, l’infarctus est fulgurant. Pas de souper ce soir pour Angie !
*******
Au marché Serpette, le petit homme vient de fermer sa boutique. Il rencontre son voisin qui l’interroge.
- Alors la journée est finie ? Les affaires ont été bonnes ?
- Oh oui ! Je ne suis pas mécontent. Tu sais la boîte dorée que j’essayais de placer depuis des mois, j’ai réussi à la refiler à un gogo.
- Ce n’est pas possible ?
- Si ! Même à 2000 € !
- Comment as-tu fait ?
- Beaucoup de baratin ! Et je lui ai dit de ne jamais ouvrir la boîte sinon il en mourrait !
- Pourquoi ne pas l’ouvrir ?
- Parce qu’à l’intérieur est inscrit « Made in China » !

Le tapis

Aux pieds de ta vie
S'étend comme un grand tapis
L'écrit de ta peine

Toucher rugueux aux orteils
Le tapis s'allonge encore

Le tardigrade

Une vieillerie retrouvée dans un tiroir numérique....


Tardigrade insolent revendique l’espoir,
D’être reconnu comme une vie de l’espace,
Un ourson arthropode qui vit dans une mare,
Comme son cousin crabe atterrit dans la nasse,
 
 
Pied de nez à Darwin, être sur adapté,
L’exemple parfait de sélection naturelle,
Donne du fil a retordre aux savants entêtés,
Qui n’identifient pas sa terre originelle,
 
L’extrêmophile quidam, si on le contrarie,
S’installe en cryptobiose et plus tard se réveille,
Lustre ses cuticules, en un instant revit,
Se félicite de n’être pas une abeille,
 
L’animal méconnu valait bien un poème,
    Sans doute plus heureux qu’un bien triste anathème

La solitude des anges

qui dira
la solitudes des anges endormis sur les balcons
du désamour


là-bas
les herbes folles
bercent
la douleur


là-bas
 les anges
 ont déserté
 les sourires
 

qui dira
la solitude des anges





Bâton froid

le bâton froid
 de la mort
 a frôlé mes genoux
 alexie
 du chant métallique
 au dehors
 silences
 perclus des enfants

Zao Wu KI

entre calligraphie

                                   le noir                                                        le blanc




                l'espace du silence


                                                                       est


                                                                                                                                    l'espace du poète



                                                                                     qui se joue de

                                                                                     la page



                                                                         et



                                comble la              

                                blancheur de



                       sa

                                                                                          e

                                                                                m

                                                                         u

                                                                   l

                                                         p




                                                          enrobée de la solitude des eaux

Camping bis

Je retourne au camping une fois de plus
En mode de vie pauvre
Ménage minimum

Dépendante du temps et de son humeur
Vacuité en forme de bulles croassantes
Je m'incline



Mes pieds sur l'herbe verte
Entre deux arbres



Tenir l'état de non-étant
Un rôle de comédienne
 La Divine Comédie me cherche

Me regarder en aveuglée
Me faire disparaître

Inconnue
Je chemine Inutile


Murmure
De l'oeil de boeuf
Au bout du ciel
D'un bleu
Oublié
Voilà ce qui restera de moi

Aucune issue

Gauche droite
Je m'enfile par le petit trou
Celui  pris par l'eau du bain

Tout s'arrête
Le chat est passé par là
La souris se sauve dans l'armoire
De grand-mère
Celle qui n'a pas été indemnisée
Pour réparation
À la mort prématurée
D'une partie de sa famille
Donnée par les chambres à gaz

Tout simplement
Le ménage est rassurant
L'ennemi est invisible
Permanent
La poussière
 Revient sans cesse.

La vie autre poussière
S'éloigne inexorablement à vie d'homme

Elle peut devenir un enjeu de nettoyage ethnique
Saleté de naissance incorrigible.
Histoire improbable
Avenir potentiel

Pas de loi historique
Cher Marx
De la sur-enchère
Sur la chair vive

Destruction voulue
La part maudite
Cher Bataille

Le corps beau et l'heureux nard

Je suis vieux et laid
Mais un heureux nard, encore,
Rend mon corps si beau

If I were Michelangelo

Si j'étais Michel-Ange, j'aimerais que les autres me connaissent vraiment car je suis un autre et pas celui qu'on croit !

Certains pensent que je n'aime que peindre et sculpter de jeunes éphèbes, mais je n'ai fait cela que pour gagner mon pain.
Ne croyez pas que tartiner le plafond de la Sixtine soit une sinécure !
Si j'étais Michel-Ange, je me croirais immortel, car c'est vrai, je le SUIS !

J'en reviens à ce travail d'artiste ! Oh ! Mon dieu ! Oh ! Doux Jésus !  
Des années en haut des échelles ! Des nuits à la bougie sur des échafaudages !
Je l'aurais mérité mon paradis, c'est sûr !

J'aimerais, oui, que les autres sachent que, même si j'ai peint le corps du Christ dans toutes les positions imaginables, j'aurais bien préféré déguster des religieuses au café sur la Piazza Navona - en regardant Bernini bâtir sa fontaine -, ou bien des religieuses tout court sous les lambris de Saint-Pierre.
Oui, si j'étais Michel-Ange, plutôt que cette odeur moisie de la Sixtine, j'aimerais mieux le grand air, l'air libre !
Ce n'est pas évident de vivre comme je vis, toute la sainte journée en haut d'une échelle avec un pinceau à la main !

Je finirais par en rêver, de tous ces personnages ! Ils danseraient et s'animeraient toutes les nuits, pour les peupler de farandoles et de processions.
Quelquefois, cela tournerait au cauchemar quand, m'identifiant à Saint Etienne, je serais percé de flèches (ne m'appelez plus Manufrance !) ; quand, me croyant Saint Barthélémy, je brandirais ma peau écorchée ou quand l'odeur du grill de Saint Laurent envahirait mes narines.

Heureusement, je finirais apaisé par les douces Sibylles, la Delphique surtout, à l'air si doux et si timide.
Ah ! Que je l'aimerais, celle-là, que je l'aimerais tellement !

Ah ! Si j'étais Michel-Ange, je laisserais bien tout cela en plan… Au diable le Pape !
Et je m'en irais faire le mur avec la Sibylle Delphique, au bout du Saint Empire, jusqu'à Berlin !
Et je remonterais un peu le temps d'avant le joueur de violoncelle pour aller poser quelques graffitis de ma palette sur ce mur de béton triste : des piétas, des anges, des chérubins qui sauteraient dans les nuages, bien au-dessus des barbelés que j'ornerais de guirlandes dorées, d'arc en ciels radieux, de septièmes ciels.

Et au septième jour, alors, je me reposerais.
.

Au devant

Je me tourmente
Dans l'amer tu me tentes
Le sucré s'en mêle
Mais dans ce tourbillon
Je tourne la danse
Rebours
La nuit hélas
Est encore là
Et
Je me tourmente
Dans l'amer tu me tentes
Le sucré s'en mêle
Mais dans ce tourbillon
Je tourne la danse
Rebours
Des enamoures de faubourg
Je tisse pour que tu piges
Je fige le vol de ces mots
Mon ciel ma page
Mon regard glisse
Au devant
Ce médium préfixe
Le commun des hommes
Dans le moindre de ses atomes
Je me tourmente
Dans l'amer tu me tentes
Le sucré s'en mêle
Mais dans ce tourbillon
Je tourne la danse
Rebours
Je tisse pour que tu piges
Je fige le vol de ces mots
Mon ciel ma page
Mon regard glisse
Au devant
Tel une métisse ce ruban
De maux
C'est mon âme à volonté
Qui te sert
Ces instants dérapent ...liberté
Où des larmes troublent
Saumure du temps
Du tendre
Où j'ai gravé
Ces mots ..
De la base au sommet.

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