Le bonheur est-il une fin en soi ?
Bonjour Invité

Le bonheur est-il une fin en soi ?

  • 19 Réponses
  • 13533 Vues
*

Hors ligne Hermanoïde

  • 840
  • Auteur
Le bonheur est-il une fin en soi ?
« le: 30 oct. 2017, 18h03 »
Le bonheur est–il une fin en soi ?

Un petit sujet philosophique que je voudrais vous faire partager.... Et n'hésitez pas à en rajouter !

Question que je traduis aussitôt par "Est-ce qu'on peut se donner comme but d'atteindre le bonheur ?"

Je vais essayer de rester dans la question sans trop digresser sur ce qu'est ou n'est pas le bonheur… Il faudra pourtant se poser un peu la question.
Définir d'abord ce qu'est le bonheur ? Loin de moi l'idée me lancer ici dans cet exercice !

J'ai entendu un professeur de philosophie l'autre jour  à la radio, qui disait à tout bout de champ "Non, ce n'est pas cela le bonheur, non, ce n'est pas cela non plus… ", et quand on lui a demandé ce qu'était le bonheur, il a été bien incapable d'en fournir une définition.
Le bonheur serait donc finalement quelque chose de non identifiable, d'absolu, un ectoplasme, quoi ! Et l'absolu, c'est comme l'infini, ils sont tous les deux inaccessibles… alors… puisqu'on est certain de ne jamais les atteindre, ce ne serait pas raisonnable d'en faire un but, une fin.

On se rendrait ainsi malheureux à rechercher le bonheur, ce qui serait non seulement paradoxal mais aussi absolument contre-productif !

Reste le mot "fin"… l'atteinte d'une fin (d'un but) suppose un ensemble d'actions délibérées et conscientes en vue d'arriver à cette fin. Une fin suppose aussi quelque chose de bien "défini" de bien identifié, de bien balisé, et nous venons de voir que ce n'est pas la caractéristique principale du bonheur !!! Alors, à cette aune, et puisqu'on ne sait pas le définir précisément, le bonheur ne peut pas être une fin.

Pourtant… et par ailleurs, je me dis qu'il existe certainement des niveaux dans la béatitude et qu'une grande sagesse (une intelligence de soi-même et de son environnement) permet d'atteindre un niveau dont on est satisfait, dont on a la sagesse de se satisfaire et qu'on pourrait appeler le bonheur.
Et ce bonheur-là ne serait-il pas la conscience d'avoir répondu à nos besoins de façon satisfaisante ?

Je pense alors à  la fameuse pyramide de Maslow, ou pyramide des besoins humains, souvent critiquée par mes copains psychologues, mais qui reste pour moi un bon outil pour juger du niveau de satisfaction des besoins et donc peut-être du niveau du bonheur. Le bonheur serait donc ainsi la satisfaction de nos besoins, des besoins primaires (manger, boire, dormir, se reproduire) jusqu'aux besoins de réalisation de soi en passant par les besoins de sécurité physique et psychologique, les besoins d'appartenance et ceux de reconnaissance.
Je crois que si un individu peut déclarer que tous ces besoins-là sont satisfaits "à un niveau convenable pour lui", alors il peut déclarer être heureux.

Mais je m'éloigne du sujet. La question devient alors – pour moi ! – "La satisfaction de ses besoins personnels est-elle une fin en soi ?"
À cette question, j'ai tendance à répondre : "Oui !"

Oui ! Le Bonheur avec un B majuscule serait finalement la finalité, l'aimant qui nous met en mouvement. Toutes nos autres péripéties ne seraient que des buts intermédiaires, des petites joies, des satisfactions à accumuler pour l'atteindre, que cela se fasse de manière consciente ou pas.

Oh ! Mais que ce garçon est amoral ! Il ne pense donc qu'à lui-même ! Il est autocentré ! C'est du cynisme ! …
Peut-être ?

Sauf que, je ne sais pas pourquoi, j'ai – et nous avons tous – des besoins d'appartenance, de reconnaissance, qui font de nous des individus qui ne sont pas sans foi, ni  sans lois, ni sans valeurs. Une foi, des lois et des valeurs qui font de nous des animaux sociaux, même quand nous recherchons la satisfaction de nos besoins.
Par exemple : Le fait de faire du bénévolat, ou de donner aux bonnes œuvres peut parfaitement correspondre à un besoin personnel que l'on tente de satisfaire de cette manière : le besoin de reconnaissance ou d'appartenance à un groupe. Un besoin personnel satisfait qui nous rapproche probablement du bonheur sans diminuer celui des autres.

Ce n'est qu'un exemple, on pourrait en trouver d'autres, et multiples.

Et puis je pense à cette phrase, plutôt provocatrice et comme une sorte de mise en abîme du bonheur : "Il ne suffit pas d'être heureux, encore faut-il que les autres ne le soient pas…"

Ou encore, cette dernière réflexion qui me vient : … Se dire heureux, se trouver heureux, c'est comme dire "Je t'aime" : il y a des gens qui ne peuvent pas. Je me dis que c'est parce qu'ils sont dans une exigence mortifère et illusoire d'absolu et qu'il leur manque encore probablement de la sagesse.

Re : Le bonheur et-il une fin en soi ?
« Réponse #1 le: 01 nov. 2017, 01h36 »
Merci beaucoup mon cher et éminent collègue, tout cela est très académique, n'est-ce pas, mais le bonheur ne peut-il se trouver également au milieu de l'épouvante la plus éprouvante ?
Par exemple, le bonheur ne serait-il pas, au détour d'un massif d'hortensias, de trébucher sur une Kalachnikov abandonnée et néanmoins chargée, alors que deux psychopathes armés de haches vous talonnent d'aussi près que Sylvester et qu'ils en veulent à vos côtelettes ?
On voit où cela nous mène comme faim en soi : Au relativisme débridé de l'en soi, de l'en toi, de l'entregent, et de l'an quarante !

Alors pouvons-nous en fait trouver une conjecture acceptablement positiviste pour cadrer un tantinet cette notion tirée par les cheveux, notion capillaire donc, et savonneuse de bonheur ?
A défaut d'horizon philosophique, tournons-nous comme toujours vers la philologie en regardant nos pieds :
De quoi se compose le mot ? Nous avons là deux pieds - Le bonheur serait dans le pied d'après certains, et pour d'autres le bonheur serait le pied en soi, de sorte que le pied pourrait constituer à la fois le contenant et le contenu du bonheur, or le pied est une fin en soi, c'est à dire une terminaison ou extrémité, on se le garde sur l'oreille en attendant mieux - Nous avons donc en premier lieu le pied "Bo", et nous avons en second lieu le pied "Nheur".
Vous l'aurez reconnu tout de suite, le "Bo" évidemment c'est le Beau des poètes, phonétiquement simplifié pour les sms, forcément inatteignable quand il n'y a pas de réseau et par là même toujours boîteux.
Le "Nheur", a priori on ne sait pas ce que c'est, le "Nheur" ce n'est rien de connu, le "Nheur" c'est n'importe quoi, c'est la liberté ou ce qu'on veut, alors si vous êtes d'accord inclinons à penser qu'il s'agit d'une simple béquille, ce qui reste cohérent avec le pied "Bo", pour le moins il le faut en philosophie.
Vous noterez que le beau et le bonheur souffrent tous deux d'un défaut de définition simple et claire, et pour cause, comme nous l'apprend à l'instant la philologie spéculative, le bonheur ne serait rien d'autre que le beau qu'on aurait voulu faire marcher envers et contre tout, bon gré mal gré, et malgré tout.

Et voilà comment avance la philo les amis : Pas à pas, bonne nuit !

*

Hors ligne Hermanoïde

  • 840
  • Auteur
Re : Le bonheur est-il une fin en soi ?
« Réponse #2 le: 01 nov. 2017, 07h33 »
Brillant, mon cher ! Merci de cet apport nécessaire et jouissif à ma réflexion qui, il est vrai, restait très peu aboutie.

Pour la Kalach dans les hortensias, je dirais que c'est plutôt un coup de pot que du bonheur, car le bonheur ne saurait, du moins pour moi, rester étranger à une certaine conscience, un effort qui me paraît surhumain quand on est talonné comme vous l'évoquez, et il me semble que dans ce cas-là les quelques zones du cortex qui sont activées nous interdisent l'accès à cette pleine conscience de notre bonheur.

Même si on ne saurait y résister, il ne s'agit toutefois pas ici de trouver la définition du bonheur, mais de se demander benoîtement si on doit passer - ou perdre - son temps à le chercher et, si on le trouve, à "le fuir avant qu'il ne se pose" comme n'arrête pas de nous sussurer notre amie Jane.
Mouais... C'est vrai que si on ne sait pas ce que c'est, ça va être un peu compliqué à trouver, ou même à fuir.

Je ne sais.

J'attends donc encore d'autres avis...

*

Hors ligne Loki

  • 190
  • Où il y a une volonté il y a un chemin
Re : Le bonheur est-il une fin en soi ?
« Réponse #3 le: 01 nov. 2017, 16h02 »
De nombreux auteurs, philosophes ont essayé de donner une définition du bonheur. C’est évidemment impossible, le « bonheur » étant comme tu le dis une sorte d’ectoplasme difficile à cerner. En tant que scientifique je dirais, plutôt, que c’est une notion relative.
Le « malheur » est aussi difficile à définir, c’est lui aussi une notion relative.
L’avantage d’être avancé en âge c’est qu’on s’aperçoit que la relativité du bonheur devient évidente. Quand on est jeune le bonheur c’est l’avenir et quand on est âgé le bonheur c’est le passé…
Comme tu l’écris, le bonheur pourrait être la satisfaction des besoins élémentaires. C’est hélas trop simple. C’est justement en perdant ces éléments de base qu’on se dit : c’était le bonheur ! Le malade pense aux périodes où il était en bonne santé, le chômeur pense aux bons moments où il avait un emploi, etc. On pourrait multiplier à l’infini ce genre d’exemples. Paradoxalement on pourrait penser que le bonheur à l’absence de malheurs. Ce qui ne fait pas avancer le schmilblick, puisqu’on ne sait pas définir ce qu’est un malheur. Quand on interroge les hindous beaucoup se déclare heureux alors que nous occidentaux nous les plaignons de vivre leur condition. Pour preuve de la relativité du malheur : qui n’a pas ressenti le désespoir en s’apercevant que toutes les données de son ordinateur ont disparu. Pourtant rien à voir avec la perte d’un proche, un cancer ou un AVC !
N’étant pas défini le bonheur n’est pas une fin en soi.
Le bonheur est une invention humaine, alors que l’infini est une notion mathématique extraite d’une conception humaine. Mais attention à l’infini pour le mathématicien Georg Cantor il existait plusieurs infinis, peut-être une infinité… Il en mort fou. Comme quoi l’infini ne fait pas le bonheur !

*

Hors ligne Hermanoïde

  • 840
  • Auteur
Re : Le bonheur est-il une fin en soi ?
« Réponse #4 le: 01 nov. 2017, 17h57 »
Oui, cher Loki, je te remercie de ta lecture et de tes réflexions.

Je n'ai toutefois jamais énoncé que le bonheur résiderait uniquement dans la satisfaction des besoins "élémentaires" ; ce serait être heureux comme un âne en rut et bien nourri !

Par ailleurs, je ne partage pas ton affirmation sur le bonheur des jeunes et sur celui des vieux...
Moi qui suis forcément très jeune et aussi très âgé (c'est cela, non, la théorie de la relativité ?), j'ai depuis longtemps compris qu'il ne faut pas considérer le bonheur à postériori, avec nostalgie, comme une chose qu'on a possédée sans le savoir, mais qu'il faut l'apprécier dans l'instant fugace où il passe. Ce que j'appelle la conscience de son bonheur.
Ne serait-ce pas là d'ailleurs le fameux Carpe diem ?

Enfin, je voudrais te demander la nuance que tu fais entre "désespoir" et "malheur" et aussi entre "invention humaine" et "conception humaine"... !
Cela m'aiderait probablement dans mes réflexions ultérieures.

Encore merci pour ton passage et pour ton point de vue !

*

Hors ligne Loki

  • 190
  • Où il y a une volonté il y a un chemin
Re : Le bonheur est-il une fin en soi ?
« Réponse #5 le: 02 nov. 2017, 08h14 »
Cher Hermanoïde,
 Je n'ai toutefois jamais énoncé que le bonheur résiderait uniquement dans la satisfaction des besoins "élémentaires" ; ce serait être heureux comme un âne en rut et bien nourri !
Si tu l'as énoncé en t'appuyant sur une fameuse pyramide : 
"Le bonheur serait donc ainsi la satisfaction de nos besoins, des besoins primaires (manger, boire, dormir, se reproduire)"
Evidemment dans ta réponse tu tempères par l'adverbe "uniquement", mais tu écris pourtant :
Je crois que si un individu peut déclarer que tous ces besoins-là sont satisfaits "à un niveau convenable pour lui", alors il peut déclarer être heureux.

Mais tout cela n'est qu'introduction anale d'insecte...
Le bonheur mérite plus que cette joute épistolaire.
"Où il est le bonheur ?", apparement cette question hante également certain chanteur et fait d'ailleurs leur bonheur financier !
Enfin, je voudrais te demander la nuance que tu fais entre "désespoir" et "malheur" et aussi entre "invention humaine" et "conception humaine"... ! 
Pour le premier doublet ("désespoir" et "malheur"), "malheur"est une cause et "désespoir" l'effet.
Pour le deuxième doublet la différence est plus subtile."conception humaine"est un modèle mental généré par le cerveau humain et peut rester et il sert à appréhender le "réel"."invention humaine" est aussi un modèle mental qui à mon avis tend à agir sur l'univers environnant.

*

Hors ligne Hermanoïde

  • 840
  • Auteur
Re : Le bonheur est-il une fin en soi ?
« Réponse #6 le: 02 nov. 2017, 14h12 »
Merci camarade, pour ces précisions.

Je ne vais pas en faire une affaire d'état, mais je dois cependant noter que j'avais écrit ceci :
la satisfaction de nos besoins, des besoins primaires (manger, boire, dormir, se reproduire) jusqu'aux besoins de réalisation de soi en passant par les besoins de sécurité physique et psychologique, les besoins d'appartenance et ceux de reconnaissance.

Ce ne sont pas là uniquement des besoins primaires, my Lord ! ::)

*

Hors ligne bleuterre

  • 448
  • Auteur
Re : Le bonheur est-il une fin en soi ?
« Réponse #7 le: 10 nov. 2017, 22h12 »
Cette référence à la pyramide de Maslow me convient bien... Je pensais récemment à cela avec tous ces mouvements identitaires auxquels se raccrochent certains pour chercher le bonheur, même dans l'au-delà...
Et ceux qui le trouvent apparemment de façon intrinsèque en eux-mêmes... peut-être que le socle est plus solide pour certains que pour d'autres au départ. Merci pour cette réflexion qui fait décoller, et merci aux camarades de cette discussion réjouissante !

*

Hors ligne Tryphon3D

  • 213
  • Auteur
Re : Le bonheur est-il une fin en soi ?
« Réponse #8 le: 19 nov. 2017, 10h07 »
A mon sens c'est très vrai : le vrai "bonheur" ne se trouve qu'en nous-même, c'est pourquoi il faut être "égoïste" (notez les guillemets) : ce ne sont pas les autres qui peuvent décider pour nous, nous sommes les seuls maitres de nos bateaux.
Et pour avancer, se rapprocher de nos objectifs, malheureusement (ou pas ?) on est bien obligés de se concentrer sur soi. Est-ce cynique ? C'est l'impression que cela donne, pourtant la réussite sociale, l'atteinte du "bonheur", le dépassement de soi, sont des principes bien intégrés dans la société il me semble : tout le monde y aspire plus ou moins, du moins en rêve un peu en secret. Je pense que c'est plutôt l'affirmation qui dérange : on sait que tout le monde le fait/le pense mais on veut pas le savoir (il y a plusieurs comparaisons possibles), ce qui tend à rendre la chose, hypocritement, cynique.

*

Hors ligne Hermanoïde

  • 840
  • Auteur
Re : Le bonheur est-il une fin en soi ?
« Réponse #9 le: 19 nov. 2017, 16h22 »
Merci, Bleuterre, de cette lecture et, concernant le socle, nous savons que "l'argent ne fait pas le bonheur mais qu'il y contribue" !

Merci aussi Tryphon. Je te trouve bien radical. Je me dit cependant qu'on peut trouver du bonheur en pensant aux autres et en se comportant de façon absolument altruiste. Une telle attitude peut contribuer au bonheur, mais je me demande si elle n'est pas aussi une façon de répondre à ses propres besoins, ce qui ne serait pas finalement de l'altruisme ? Compliqué, tout cela !
Quant aux "principes bien intégrés dans la société", je ne compte pas forcément sur eux pour me dicter une conduite, car je connais trop bien Panurge.

Tiens, si cela vous intéresse, on m'a dit que ce que j'avançait faisait songer aux philosophes Cyrénaïques... des jouisseurs, mais pas seulement selon moi !
Bonjour à Google !

*

Hors ligne Tryphon3D

  • 213
  • Auteur
Re : Le bonheur est-il une fin en soi ?
« Réponse #10 le: 19 nov. 2017, 17h19 »
"Je me dit cependant qu'on peut trouver du bonheur en pensant aux autres et en se comportant de façon absolument altruiste. Une telle attitude peut contribuer au bonheur, mais je me demande si elle n'est pas aussi une façon de répondre à ses propres besoins, ce qui ne serait pas finalement de l'altruisme ? Compliqué, tout cela !"


C'est tout le problème, pour moi l'altruisme absolument gratuit n'existe pas : quand on peut le faire, ça nous rend heureux de le faire. Sans compter qu'on peut tout à fait se dire qu'on va se faire bien voir, qu'on aura peut-être une rétribution, qu'on nous sera redevable par la suite...  Donc c'est aussi un geste égoïste. Ce n'est pas une mauvaise chose du tout, mais je pense que c'est une réalité. A débattre sans doute !

*

Hors ligne Loki

  • 190
  • Où il y a une volonté il y a un chemin
Re : Le bonheur est-il une fin en soi ?
« Réponse #11 le: 20 nov. 2017, 15h19 »
Ce qui paradoxal c'est que nous débattons sur une entité qui n'existe pas. Pourtant chacun a sa définition du bonheur.
Le bonheur a nourri depuis des millénaires la réflexion des philosophes.
Le bonheur chez les Grecs
La tradition philosophique, depuis Aristote, a associé bonheur et vie contemplative. Le bonheur se différencie du divertissement, il constitue une affaire sérieuse, une activité valable en soi. Dès lors, le but de tout homme est de rechercher le bonheur, c’est-à-dire à vivre selon la raison. L’homme atteint sa perfection grâce au regard porté sur les réalités divines et intelligibles. Il y aurait donc un lien entre connaissance et bonheur.

Kant rompt ce lien entre connaissance métaphysique et bonheur. "La Critique de la raison pure" montre en effet le caractère illusoire d’une telle connaissance : loin de conduire l’homme au bonheur, l’intelligence spéculative lui inflige les tourments de ses paralogismes et de ses antinomies. L’absence d’intuition rend en effet impossible la connaissance des choses en soi (ou noumène, opposé des phénomènes) et Kant souligne “la perte que la raison spéculative doit subir dans ce qu’elle imaginait jusqu’alors être sa possession“. Il faut démettre ” la raison spéculative de sa prétention à des intuitions transcendantes “, autrement dit dénoncer le dogmatisme métaphysique.

La quête du bonheur, chez Kant, ne peut constituer le mobile d’une conduite morale car elle relève de l’amour de soi, de l’égoïsme du sujet.
En opposition avec  ce que  penseTryphon3D...
Confucius
[justify]« Tous les hommes pensent que le bonheur se trouve au sommet de la montagne alors qu’il réside dans la façon de la gravir. »
[/justify]
Lao Tseu
[justify]« Si vous êtes déprimé, vous vivez dans le passé. Si vous êtes anxieux, vous vivez dans le futur. Si vous êtes en paix avec vous-même vous vivez dans le présent. »
[/justify]
[justify]Vivre le présent, c’est l’un des conseils régulièrement prodigués pour affronter les épreuves et profiter des joies de la vie paisiblement.
[/justify]
Arthur Schopenhauer

[justify]« Le bonheur positif et parfait est impossible ; il faut seulement s’attendre à un état comparativement moins douloureux. »
[/justify]
[justify]Arthur Schopenhauer, philosophe allemand du XVIIIe siècle, refuse l’idée que la satisfaction totale des désirs s’identifie à la plénitude ou à la tranquillité. Car la satisfaction des désirs conduirait à l’ennui, c’est-à-dire à la nostalgie du désir et par conséquent à la souffrance. L’homme passe sans cesse du désir à l’ennui. Pour Arthur Schopenhauer, le bonheur est donc introuvable.
[/justify]

[justify]John Stuart Mill
[/justify]

[justify]« Les actions sont bonnes ou sont mauvaises dans la mesure où elles tendent à accroître le bonheur ou à produire le contraire du bonheur. »
[/justify]
[justify]Ce philosophe et économiste britannique du XIXe siècle était partisan, avec le philosophe Jeremy Bentham, de l’utilitarisme. Dans ce courant, le critère d’évaluation d’une action est son utilité pour la société. Si elle est utile, elle apportera le bonheur. Le bonheur individuel est conçu comme plaisir et absence de peine mais il sera éphémère s’il ne prend pas place dans une société qui garantit la sécurité des biens. L’intérêt premier n’est pas le bonheur de l’individu mais la somme de bonheur totalisé pour le plus grand nombre de personnes.[/justify]

*

Hors ligne Hermanoïde

  • 840
  • Auteur
Re : Le bonheur est-il une fin en soi ?
« Réponse #12 le: 21 nov. 2017, 06h48 »
Tryphon, je crois que nous ne sommes pas loin d'être vraiment d'accord.

Merci, Loki, pour cette contribution.
Oui, il me semble aussi que la pensée de Kant s'oppose à celle de Tryphon... et aussi à la mienne si j'ai bien tout compris.

Je préfère celle que tu nous présentes comme étant celle des Grecs.

Pour ma part, j'aime assez considérer le bonheur comme une parabole (au sens mathématique).
Voilà : en abscisse l'intelligence, en ordonnée le bonheur, car comme chacun le sait, le bonheur s'ordonne dans tous les sens du terme !!! :)
Alors, je me dis que :
  • quand l'intelligence est très faible, le bonheur est très grand. Ne dit-on pas d'ailleurs : les "imbéciles heureux" ?
  • quand l'intelligence est moyenne, on se torture de trop de questions auxquelles on ne sait pas répondre et le bonheur est au plus bas.
  • quand l'intelligence (et j'entends par là la compréhension et l'acceptation du réel qui nous entoure) devient supérieure, on atteint la grande sagesse et le bonheur grimpe sur l'autre branche de la parabole !
Iznotite ?

*

Hors ligne Loki

  • 190
  • Où il y a une volonté il y a un chemin
Re : Le bonheur est-il une fin en soi ?
« Réponse #13 le: 21 nov. 2017, 09h15 »
Hermanoïde  tu relies la mathématique au bonheur, c'est audacieux, mais pourquoi pas ? J'ai eu effectivement beaucoup de bonheur en résolvant certains problèmes de mathématique.
En identifiant les variations du bonheur avec une courbe parabolique est une tentative de quantifier cette grandeur. Mais est-elle quantifiable ?
A mon avis il faudrait préciser les paramètres de ton équation aX2+ bx + c  pour que que le minima de ta courbe  soit positif et non nulle afin que les valeurs des ordonnées soient toujours positives. Auquel cas ton raisonnement pourrait se comprendre. Mais je suis plus dubitatif entre la corrélation intelligence et bonheur ! Cela nous engage dans un autre débat : qu'est-ce l'intelligence...:'(

*

Hors ligne Hermanoïde

  • 840
  • Auteur
Re : Le bonheur est-il une fin en soi ?
« Réponse #14 le: 21 nov. 2017, 13h54 »
Toujours positives ? Hum... Je me demande si, quand on recherche bêtement le bonheur, on ne peut pas aller jusqu'à se rendre malheureux. :(

Ben, l'intelligence, c'est le fait de comprendre, non ? 
Mais Loki, tu vas me demander qu'est-ce que comprendre ? ;D Mais là... c'est à ton tour ! 

*

Hors ligne Loki

  • 190
  • Où il y a une volonté il y a un chemin
Re : Le bonheur est-il une fin en soi ?
« Réponse #15 le: 21 nov. 2017, 14h20 »
Ben, l'intelligence, c'est le fait de comprendre, non ?
Un peu restrictif comme définition...
Nous les occidentaux nous avons inventé le fameux QI pour mesurer l'intelligence. Ces QI si nous les posons à des indigènes de Nouvelle Guinée, il a fort à penser qu'ils sont idiots. Qu'en penses-tu ? On obtiendrait les mêmes résultats avec Archimède, Léonard de Vinci et ton lointain grand-père de la préhistoire. No comment !
Il ne reste plus qu'à inventer le QB et à tester des échantillons de diverses population de la planète. On serait surpris !

*

Hors ligne Loki

  • 190
  • Où il y a une volonté il y a un chemin
Re : Le bonheur est-il une fin en soi ?
« Réponse #16 le: 22 nov. 2017, 07h57 »
Pour Humanoïde ! Pour expliciter ton idée de parabole du "bonheur" !
Dans un premier temps j'ai pensé que le minimum était obtenu pour x = 5 (par exemple)

on peut considérer l'équation réduite de la parabole x² + ax + b
Maximum pour x = 5 donc f'(5)= 0 f'(x) = 2x+5 donc a = -10
D'où la solution évidente : f(x) = (x-5)² et les autres solutions : f(x) = (x-5)² + k (k réel positi et plus généralement a [(x-5)²+k] avec a>0
Si c'est f(x) qui doit être supérieur à 5, je vois une infinité de solution
x²+bx+c > 5
        => x²+bx + (c-5) >0
        => l'équation n'admet pas de racine car impossible f(x)=0
Donc b²- 4(c-5) <0 pas racine déterminant négatif b²<4c -20
 
b² étant positif c>5 et à chaque valeur de c infinité de valeurs pour b avec b²< 4c-20

*

Hors ligne Loki

  • 190
  • Où il y a une volonté il y a un chemin
Re : Le bonheur est-il une fin en soi ?
« Réponse #17 le: 22 nov. 2017, 09h04 »
Je suis d'accord sur une partie de son raisonnement ! Mais cet accord cesse quand il écrit :
Tu définies à la fois "la fin" et "le bonheur" comme des phénomènes statiques ; le premier est bien défini alors que le second est défini comme une chose qui n'est pas précisément définie.

Je ne vois pas à priori pourquoi "la fin" est quelque chose de bien défini. Le langage courant emploie ce mot en lui donnant un sens définitif par exemple : la fin des temps, arriver à ses fins (sic ! ce qui suppose qu'il puisse en avoir plusieurs...), au fin fond de la région,etc.
Selon les cas il constitue un arrêt définitif d'un phénomène "en mouvement" ou d'un espace (temps/physique) dans d'autres cas la définition est plus fluctuante...
Pour terminer sur une note plus humoristique je terminerais un proverbe alsacien : toutes les chose ont une fin sauf les saucisses qui en ont deux !

*

Hors ligne Hermanoïde

  • 840
  • Auteur
Re : Le bonheur est-il une fin en soi ?
« Réponse #18 le: 23 nov. 2017, 19h37 »
Loki, pour ce qui est de l'équation de la parabole, cela fait longtemps que j'ai lâché l'affaire ! :)

Purana, merci beaucoup d'être passée par là. Ce que tu me dis, comme ce que dit Loki, me fait penser que je ne suis pas clair du tout dans ce que je veux essayer de dire et que je dois faire des efforts pour transmettre plus clairement mes petites pensées philosophiques. :(

Je relève que vous semblez d'accord sur le fait que la fin, que je nommerais aussi la finalité, n'est pas quelque chose de précis, de bien établi pour vous, et cela m"étonne beaucoup. ???
Quant à moi, je pense que si la finalité ou, un degré au dessous, l'objectif n'est pas bien défini, on risque d"errer jusqu'à la fin des temps à la recherche de je ne sais quoi...
Et j'adore cette phrase qui dit : "Ayant perdu nos objectifs, nous redoublâmes d'activité"... Et comme je n'aime vraiment pas pédaler dans le vide...

Alors, et pour peut-être conclure, je garderai ton image, Purana, que je trouve fort poétique, de la nature oscillatoire du bonheur, qui serait finalement comme celle de la lumière. Le bonheur, une lumière !

Et encore un grand merci à tous ceux qui ont commenté ces modestes réflexions.

*

ybtag

Re : Le bonheur est-il une fin en soi ?
« Réponse #19 le: 24 nov. 2017, 11h29 »
Le  Bonheur?
Comment être à la bonne heure, au bon endroit, à  ce rendez-vous si évanescent?