La girouette et le galet
Bonjour Invité

La girouette et le galet

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Hors ligne Hermanoïde

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La girouette et le galet
« le: 17 mai 2017, 18h06 »
Est-ce la girouette qui tourne ou est-ce le vent qui change ?

Restons-nous toujours les mêmes, animés des mêmes émotions, pétris des mêmes doutes, éternels jeunes gens aux mêmes valeurs et aux mêmes étonnements ? Où bien, avec l'usage, avec l'usure de nos passions, de nos pulsions plutôt devenons-nous de vieux sages, ou encore de vieux cons ?

Comme Ulysse qui a tant voyagé, avec tout ce que nous avons vu au bord des chemins, avec toutes les émotions vécues, avec toutes ces tentatives pour comprendre, nos sens s'affinent-ils, s'exacerbent-ils ? Ou au contraire devenons-nous hermétiques, blasés, réfractaires comme les briques, difficiles à émouvoir ? Changeons-nous, et en quoi, ou ne changeons-nous pas, et restons-nous le même jeune-homme, la même jeune-femme aux mêmes émotions intactes ?

Est-ce l'arbre qui change ou sont-ce les saisons ? Cela dépend aussi des latitudes, probablement. Des latitudes que nous nous offrons. Et le cœur de l'arbre, lui, change-t-il ? Et pourquoi se revêt-il chaque année de cette couche supplémentaire, est-ce pour préserver son cœur ?

Pour moi, je me sens comme un galet, comme un de ces gros galets tout ronds, sphériques, qu'on trouve parfois sur les plages, lourds dans la main, si lisses, si agréables à toucher. Je perds toutes mes rugosités, il ne reste de moi que le cœur qui s'offre aux paumes de qui veut me tenir. Je n'ai plus rien à cacher, je suis débarrassé de toutes ces aspérités qui empêchent de rouler librement, qui retiennent la main qui veut vous caresser. J'ai perdu tout artifice, toute protection, car je n'ai plus peur. Je finirai en grain de sable sur cette plage où les filles viennent s'allonger – qu'il sera doux de se taire sous leur peau ! - et, encore plus tard, en poussière cosmique, quand enfin j'aurai tout su, et compris tout l'univers dans ma grande sagesse.

Le plus souvent, on n'aime pas changer, on n'aime pas se dire ou même croire que l'on change. C'est une histoire de valeurs. Comment apparaître fiable aux yeux des autres, comment apparaître désirable si nous manifestons un comportement d'imprévisible girouette ?

Alors, on s'oblige à paraître constant, et on revendique cette constance que la société la valorise, qu'elle nous demande pour sa quiétude.
Il faut se montrer cohérent, stable, ne pas changer, et cela nous amène parfois à nous entêter dans des voies qu'on ne veut plus quitter sous peine de paraître faibles. Une attitude pathétique et même parfois dramatique lorsqu'elle nous conduit à des conflits, à ces guerres menées malgré nous et contre nous-mêmes, empêtrés que nous sommes dans cette obligation de paraître, de paraître sûrs de nous, toujours droits dans nos bottes, jusque dans cette pure irrationalité où nous développons de subtiles stratégies pour réduire cette dissonance cognitive qui fait grincer tous nos rouages.

Pourtant, il me semble qu'avec le temps et avec l'âge, les vieux révèlent leur véritable individualité en se moquant bien de ce que l'on pourra penser. Les traits physiques, les traits de caractères s'accentuent, on pose les masques parce que la partie va bientôt finir et que le poids des convenances pèse trop. Les latitudes que l'on se donne augmentent avec nos désirs de tour du monde. Des tours du monde comme de derniers tours de piste avant le salut final. Les aigris le seront encore plus, les méchants laisseront pisser leurs vinaigres, les mesquins deviendront encore plus tatillons, les orgueilleux deviendront de vrais cons, les ravis de la crèche s'émerveilleront davantage, les gentils oseront se montrer sans armure.

Les oripeaux sociaux dont nous nous revêtons tomberont et nous laisseront comme les galets de la plage. On s'autorisera à être nous-mêmes, sans fard, pour le meilleur et pour le pire. Puissions-nous éviter ce pire et accéder à cette belle aura de sérénité qui fera de nous de grands sages.

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Hors ligne Hermanoïde

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Re : La girouette et le galet
« Réponse #1 le: 21 mai 2017, 17h13 »
Purana, je crois que j'ai compris ce que tu veux dire : ce n'est pas moi qui change, ce sont mes abdominaux et mes hormones !
Ma peau aussi, et mes cheveux, et mes mains... mais tout cela n'aurait aucune influence sur mon moral, sur mon mental ?
Ce doit être pour cela que, finalement, je me sens toujours si jeune !
Mais mon mental lui aussi ne serait que le vent qui tourne, ce ne serait pas MOI, ce ne serait pas la substantifique moelle, l'essence de moi...?
Je vais reconsidérer la question sous cet angle-là...

Pourtant, on m'avait dit que tous les 10 ans l'ensemble de nos cellules était renouvelé et que je ne pouvais pas retrouver en moi une once du jeune homme que je fus (jusqu'à hier matin).

Merci en tout cas de ta lecture et de cette longue réponse.