Le Forgemots

Textes => Autres textes => Discussion démarrée par: tanagra le 04 mai 2018, 15h26

Titre: La Solitude.
Posté par: tanagra le 04 mai 2018, 15h26
La chaussée ondule sous le serein, vapeur ouatée d’un soir d’été, la route serpente s’accote, s’arcboute à chaque rein. Le chemin est long, à la promenade, jusqu'à la thébaïde.
 
Sous le vent.
 
Les palmiers royaux griffent le pastel, tutoient l’éméraldine, soutachent le porphyre. Leurs longs futs oscillent lascifs à l’alizée.
 
L’herbe bord de mer effleure le gras du pied, caresse la peau fatiguée. Ah, s’y prélasser…
 
Un martin triste se dandine et pavane sur une levée, criaille, jase en atténué, trille, module un long sifflement fluté.
 
Au zénith, les blancs phaétons flottent au courant porteur, disparaissent sous la poussée d’une bourrasque, gondolent de plus belle, oiseaux lyres un instant, à l’apogée.
 
Au loin, balance le farouche papangue, majestueux souverain des airs.
 
L’atmosphère se teinte de pourpre et de cardinal, temps suspendu…
 
Le pas se hâte vers l’habitation. Un rideau d’usnée la voile encore à l’œil, un rai de soleil fait doucement la nique. Le tronc jaune d’un jacquier recèle la gaufre mordorée des mouches à miel.  
 
Les senteurs de rhum et de caramel, terreuses et boisées, m’envahissent, me viennent cueillir, à l’estomac. Cerises séchant sur l’argamasse, le café grillé fume encore au carraye sur le feu de bois.
 
Vite, fouiller le far far au boucan et trouver la bille de bois, y puiser de l’eau fraiche et boire à la louche, saveur métallique de pierre à fusil aux papilles.
 
Les capillaires montent à l’assaut des pierres moussues des quelques marches de l’ancienne créole.
Là sous la galerie, sur le damier frais esquisser un pas de danse, puis s’aller couler au fauteuil canné orné de passementeries surannées.
 
Violer la quiétude du salon interdit, par un air de Debussy, profaner le sanctuaire immobile, meubler de bois de rose et de palissandre le musée peuplé de bois de natte, tamarins et autres bois rouges.
 
Secouer les tentures de la belle orientale, faire jouet de la poussière et offrir au futur un autre visage de ma Solitude.
.
Titre: Re : La Solitude.
Posté par: Loki le 09 mai 2018, 08h47
Prose poétique agréable à lire. Mais je ressens le même plaisir que lorsque j'écoute une chanson dans une langue étrangère je me laisse bercer par la sonorité des mots. Prendre un dictionnaire cela serait rompre le charme. De toute façon connaitre la signification de ces  mots rares  ne serait qu'un exercice purement scolaire.
Titre: Re : La Solitude.
Posté par: Hermanoïde le 18 mai 2018, 22h02
Oui, comme une berceuse au Paradis terrestre, celui d'avant, celui des origines, ou celui retrouvé quand cette terre aura enfin posé les armes, aura enfin cessé cette course effrénée où, ayant perdu nos objectifs, nous redoublons d'activités.
Pour tout dire, j'imagine cette solitude finale et paisible comme celle du dernier survivant d'un big-bang qui aurait remis tous les compteurs à zéro, qui aurait même détruit tous les compteurs. Doux comme une berceuse chantée par une mauvaise fée.
Titre: Re : La Solitude.
Posté par: zebulong le 20 mai 2018, 21h27
Tes balades sont des voyages