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Textes récents

Fugitif

Rebrousser chemin
Revoir les vieilles affiches
Les rêves d'avant

Un parcours de fugitif
Slalomant entre les mines

Déconnecter

J'ai voulu me déconnecter
Lire l'avenir forcené
Dans un cristal immaculé
Ou dans un pentacle damné

J'ai vu mille et une couleurs
Du gris sous toutes ses nuances
De la beauté sous la laideur
Du supplice en plaisir intense

Je bois ma dernière gorgée
L'encens s'est déjà consumé
Il ne reste de mes écrits
Que la suée de mes lubies

Quoique j'aspire ou que je fuis
Je vis comme un démon maudit
Tout ce qui me plaît est pourri
Inexistant ou déconstruit

Le prix de la liberté

Le prix de la Liberté
1- Sacrifice


Prologue
Moedige



Liria courait de toutes ses forces. Devant elle, les derniers rescapés fuyaient vers la cathédrale, l’un des rares bâtiments encore intacts. La petite fille se remémorait la scène qui s’était jouée devant ses yeux : sa mère lui criant de fuir alors que son père tentait de retenir en vain les soldats de fer qui entraient chez eux. Elle avait réussi à s’échapper et avait été recueillie par un petit groupe de survivants dont le guide était un jeune homme nommé Moedige. Il leur avait expliqués que sous l’église se trouvait d’anciens réseaux de contrebande  qui menait à l’extérieur de la ville et qu’ils devaient à tout prix l’atteindre. Liria s’était mise en route, se cachant derrière les voitures ou les porches des maisons en feu. Elle fut soulagée lorsqu’elle vit enfin la grande façade couverte de suie apparaître au bout de l’imposante avenue. Les survivants s’y engouffrèrent rapidement et Moedige referma la lourde porte derrière eux. Il les guida ensuite derrière l’autel où un escalier s’était dévoilé. Chacun son tour ils descendirent les quelques marches menant au souterrain et se retrouvèrent dans l’obscurité la plus totale. Le jeune homme alluma une petite lampe torche et entreprit de remonter le tunnel le plus silencieusement possible. Dans la pénombre, Liria pouvait entendre les grondements de la bataille au-dessus de sa tête ainsi que les flammes qui crépitaient. Au bout de quelques minutes de marche, l’enfant aperçut une lueur au loin et s’élança vers celle-ci. Les autres rescapés suivirent le mouvement et, dans une lumière éblouissante, se retrouvèrent enfin à l’air libre. La petite fille prit le temps de contempler l’endroit où elle se trouvait. Tout autour d’elle, ce n’était que fleurs parfumées et oiseaux multicolores. Les arbres qui l’entouraient étaient tellement grands qu’elle ne voyait même pas leurs cimes. Elle inspira profondément et aperçut une odeur qu’elle connaissait bien. Elle prit une seconde inspiration et sourit. C’était l’odeur du pain tout juste sorti du four qui embaumait ainsi l’air. Moedige posa une main sur l’épaule de l’enfant et déclara :
- Il y a un ancien internat pas loin d’ici où vous serez logés et nourris en attendant de vous trouver une nouvelle place dans la communauté.
Liria le regarda avec de grands yeux étincelants et s’exclama de sa petite voix :
- Et si on se dépêchait d’y aller, mon ventre gargouille d’impatience !
Le jeune homme rit à gorge déployée, cela faisait bien longtemps qu’il n’avait pas était aussi heureux. Il prit doucement la main de Liria dans la sienne et tous deux se dirigèrent vers le grand bâtiment en brique rouge.



Mais ce bonheur fut de courte durée. En effet, lors d’une rude journée d’hiver alors que Liria jouait calmement avec Belle sa poupée et Bobby l’ours en peluche, Margareth entra en trombe dans la chambre que la petite partageait avec Moedige, suivie de près par Néon et Oras qui portaient avec difficulté le jeune homme. Ils l’allongèrent doucement sur le lit et Margareth se pencha au-dessus du garçon. Liria se releva rapidement et se dirigea à grands pas vers le lit. Elle aperçut alors le visage dévasté de Moedige et la peur monta en elle. Margareth avait posait une main réconfortante sur le front du malade mais son regard était soucieux.
- Qu’est-ce qu’il s’est passé ? demanda alors l’enfant. Qu’est-ce qu’il a Moe ?
La vieille femme leva les yeux vers cette fillette si frêle et secoua la tête.
- Je n’en sais rien, Liria. Moedige revenait de mission lorsqu’il s’est tout à coup effondré. Il venait à nouveau de sauver un vingtaine de personnes !
La petite fille sentit alors une légère pression sur sa main et se tourna vers l’homme qu’elle considérait comme son frère. Il tenait dans sa main un petit pendentif qui brillait de mille feux. Il articula lentement : 
- Garde ce pendentif sur toi, Liria. Il te protégera de tous les dangers. Et surtout, n’en parle à personne.
L’enfant prit doucement le collier dans ses mains et fut surprise de constater qu’il émettait une chaleur familière et rassurante. Elle se pencha sur le médaillon pour mieux l’observer : c’était en fait une petite fiole en forme de poire, soutenue par un vieux cordon de cuir, contenant un étrange liquide doré qui émettait une douce lumière. Elle plongea son regard dans celui du garçon mais ne réussit pas à déchiffrer la vague de sentiments qui déferlait en eux. C’était la première fois qu’elle n’arrivait pas à deviner ses pensées et cela l’inquiéta. C’est alors que M. Wicked, le directeur de l’ancien internat, fit irruption dans la pièce et se dirigea droit vers le garçon. 
- J’aimerais parler seul à seul avec Moedige, grogna-t-il.
Margareth hocha lentement la tête et prit Liria dans ses bras. Lorsqu’elle croisa son regard, la fillette perçut une lueur d’épouvante dans les yeux de la guérisseuse et elle se mit à gesticuler en hurlant : «  Je veux rester avec Moe ! Je ne veux pas qu’il me quitte ! ». Mais Liria ne réussit pas à se dégager de l’emprise de Margareth et dans un dernier « Moedige ! », elle vit M. Wicked se penchait d’un air menaçant sur son frère. Quelques instants plus tard, elle entendit un hurlement de terreur derrière les portes désormais closes.

Des jours heureux

Il s'est perdu
En cherchant l'innocence
De son enfance
Disparue

Il l'a goûté
De poésie morbide
Non loin du vide
Miroité

Saveur aigre-douce
De la douceur nostalgique
De nos soirées antalgiques
D'un cocon de mousse

Le goût pétillant
D'un amour improbable
Chagrins inconsolables
D'un métal hurlant


Il s'est perdu
Sous les vents tempétueux
Des jours heureux
Abattus

Brin de folie

il me faudrait un brin de folie
que les mots s'enchevêtrent dans ma paume
poussent sous mes ongles
s'ancrent dans mes rhizomes
que mes images se télescopent
en une calligraphie
réplique
de mes illusions

Le crime

Le crime parfait existe
C'est vrai, je l'ai trouvé
Je sais qu'en vous il existe
Votre entière curiosité
Il se répète quotidiennement
Devant vos yeux naturellement
Personne ne découvre le coupable
Vous avez peur d'y voir le diable
Aucun indice n'est retrouvé
Où le meurtre s'est déroulé
Les suspects sont très nombreux
Mais le tueur n'est pas d'entre eux
Peut-être devrais-je dire : la meurtrière.
Oui, celle qui se dérobe derrière
Ce semblant de justice
Comportant que des vices ;
Elle exécute ses proies
Sans dérouter la loi
Qui de même qu'à un notable
Lui sera toujours favorable
"Aucune preuve" vous dira t-on,
L'argent a sans cesse raison...
Ceci n'est peut-être pas moral
Mais de toute manière c'est légal
Il est très facile de tuer
Quelqu'un sans même le toucher:
Les paroles ont le plus grand pouvoir
Celui d'anéantir tout espoir
La victime devient alors coupable
De ne pas avoir été raisonnable
Le mort est accusé
De s'être lui-même tué ;
Mais n'oubliez pas
Que dans tous les cas,
 Il a fortement été influencé
Par sa complice :
la société.

Intime confusion

Moi là moi pas là
Moments simples
Permanence sucrée
En instant de surprise

Mise en contact
Allumage d'émotions carbonées
Amitiées en construction
Possibilité de jouer
Mille rôle sans costume
Entre deux rives
L'imaginaire
Le sanguinaire
Anne ma soeur Anne
Ne vois tu rien venir?


Des pétales de cerisiers
Flottent dans le zèphir
Entre deux moi
Le là
Le pas là
Do ré mi fa sol
Rions avec eux deux.




À les Pommes de terre



À les pommes de terre
  Non conformes
Anarchistes comme Léo Ferré
A figure géométrique imprévisible
De plusieurs couleurs
Très claire à sombre
À peau fine
 Glissant vers une plus grande épaisseur
 Vieillissement oblige
Leurs coeurs  s'endurcissent
Sans chagrin observé

À les pommes de terre
Bouillies avec leur robe de chambre
A éplucher sans ménagement
A couper en rondelle posées dans l'huile du bucher
De la pucelle Jeanne d'Arc
En frites par temps de neige
Rapées  en gâteau des ténèbres


À les pommes de terre
Leurs cuissons demeurent  un sacre
 Celui d'un empereur
En chaussettes contraceptives
Toujours affectueuses avec l'interstice des dents
Ne s'imposent pas ni ne squattent la cavité dentaire


À les pommes de terre friandises
Se marient avec le ventre sans douleur
Ne forcent pas ni n'opérent un barrage hydraulique
Amies pommes de terre pas de chagrin ni de déception
Toutes entières compressibles
Soumises à la dévoration humaine
Sans protestation religieuse

Unité autour de vous
 Pommes de terre angéliques

Sous la peau

Sous la peau un parapluie mité
En dent de scie
Une fleur à la boutonnière du sein
Des moutons et la chair de poule
Pour l'avenir
Un paratonnerre sur le lac des silences
Un sourire aux bouts des doigts
Une armoire grinçante style Louis xv
Miserere seigneur sur la galaxie
Des noyés

Sous la peau ces grincements de portes
Entre les entrées et les sorties
D'eux les hommes
Enchevêtrement des adieux définitifs
Aux accords de la clarinette klezmer
Qui brouille les origines

Sous la peau le marécage des humeurs
Le continent des défaillances
L'île des innondations
Un secret
Oublié
Sans cesse recherché
Rubicube des amours

Sous la peau un frisson de termite
Une odeur de betterave
Une couleur de coquelicot
Le retour de Dieu la paix
En remorque
À deux roues

Sous la peau un remède éternel
L'auto-émancipation
Le câlin à l'envers au point mousse
Génie du être ensemble
Un bosquet de rencontre
Une chemise de nuit par lune noire

Sous la peau tous les tremblements
Aux cris de révolte
Aux soumissions
Aux coups flottants comme des drapeaux
Sur le ciel d'ici-bas
Plaisir des miracles en onde serrées
Noyant sans tuer
Avec des mercis de résurrection sans croix

Sous la peau la victoire
Du vivre minuscule
Au paradis du présent

 

Sous la peau

Sous la peau un parapluie mité
En dent de scie
Une fleur à la boutonnière du sein
Des moutons et la chair de poule
Pour l'avenir
Un paratonnerre sur le lac des silences
Un sourire aux bouts des doigts
Une armoire grinçante style Louis xv
Miserere seigneur sur la galaxie
Des noyés

Sous la peau ces grincements de portes
Entre les entrées et les sorties
D'eux les hommes
Enchevêtrement des adieux définitifs
Aux accords de la clarinette klezmer
Qui brouille les origines

Sous la peau le marécage des humeurs
Le continent des défaillances
L'île des innondations
Un secret
Oublié
Sans cesse recherché
Rubicube des amours

Sous la peau un frisson de termite
Une odeur de betterave
Une couleur de coquelicot
Le retour de Dieu la paix
En remorque
À deux roues

Sous la peau un remède éternel
L'auto-émancipation
Le câlin à l'envers au point mousse
Génie du être ensemble
Un bosquet de rencontre
Une chemise de nuit par lune noire

Sous la peau tous les tremblements
Aux cris de révolte
Aux soumissions
Aux coups flottants comme des drapeaux
Sur le ciel d'ici-bas
Plaisir des miracles en onde serrées
Noyant sans tuer
Avec des mercis de résurrection sans croix

Sous la peau la victoire
Du vivre minuscule
Au paradis du présent

 

Fugue d'automne

l'automne fugue
à l'approche de l'hiver
les feux se font flammes
apaisant
le regard
dans le silence retrouvé
les grillons
entament dans mes oreilles leur chant
horizontal
ne me reste que la flamme verticale
supplique à la lune
pour délivrer
le cloître de mes pensées

Nuit de neige

le jardin s'atomise
de mon absence

branches
brisées
de feuilles de neige

bois
dépenaillé
le chêne ancêtre de la prairie
à terre
noisetiers
courbés

désastre
s'incrustant
sur mes lèvres



dans le silence végétal
la tronçonneuse danse

Terre de Crète

la montagne des dieux
 a volé
 la mélancolie des nuages
 la terre de Crète  
 le sang du soleil
 de la mer Poséidon
 observe
 le fantôme des barques
 glissant vers l'île des bienheureux
 le miel et l'olive
 en offrande
 en-deça des vagues
 que transpercent les dauphins
 se dessine
 la danse
 taurine
 
 je m'endors les yeux vers Ariane tissant la prison de son amo
ur

Hilarix

La lumière est encore active dans un des laboratoires du centre de recherche de la firme Meyer & Co.
Il a longtemps que les collègues d’Édouard Zaluski sont rentrés chez eux. Deux heures du matin ! Sa femme va lui faire des reproches à son retour, mais Zaluski a le sentiment d’être sur le point de découvrir une chose exceptionnelle. C’est ce qui caractérise les grands chercheurs : l’intuition qui précède la mise au point d’un produit novateur.
Toute la journée le chimiste a synthétisé différentes molécules, purifié les produits obtenus puis les a mélangés pour obtenir le médicament souhaité.
Il y a une heure qu’il a injecté le B412 à Patricia.
Patricia est l’une des souris blanches utilisées dans le laboratoire pour expérimenter les nouveaux produits.
Le cœur battant Édouard Zaluski attend près de la cage les réactions de Patricia.
Tout à coup à 2 h 10, Édouard se souviendra toute sa vie de la date et de l’heure précise, la souris blanche manifeste les symptômes recherchés. S’il n’était pas d’un tempérament, calme, Zaluski aurait dansé de joie. Mais le scientifique sait contenir ses émotions.
Certes le B412 a produit sur Patricia les effets escomptés, mais par expérience il sait qu’un médicament peut produire sur les mammifères rongeurs des réactions que l’on ne retrouve pas forcément sur d’autres mammifères et en particulier chez l’homme.
Il lui faudra encore expérimenter le B412 sur une espèce plus proche de l’être humain. Le centre de recherche de la firme Meyer & Co dispose à cet effet de chimpanzés sur lesquels il réalise des tests quand il a la certitude que les médicaments en préparation n’ont aucun effet secondaire dangereux pour la santé des animaux.
Édouard Zaluski a la tentation de procéder au test dès le lendemain, mais vite il résiste à cette envie. Au préalable il observera le comportement et les réactions de Patricia dans les jours qui suivront l’injection et comme on le fait à chaque fois, il répètera les expériences sur d’autres souris.

Deux longs mois passent… Le chercheur en a maintenant la certitude, le B412 ne produit aucun effet secondaire nocif.
Édouard, peut injecter du B412, à Jojo l’un des chimpanzés « cobaye », si on ose le dire, retenus pour un anticoagulant, un antihistaminique et un vasodilatateur. Zaluski et Jojo se connaissent bien, il y a plus de cinq ans que le chimpanzé « travaille » pour Meyer & Co. Édouard  a toujours vérifié que tous les animaux utilisés pour les expérimentations avaient les meilleures conditions de vie possible. Jojo a des réactions humaines. Il a des périodes d’euphorie suivies de périodes de déprimes. Un modèle parfait pour tester le B412. Justement le jour du test, il est un peu abattu.
Une heure après, comme pour Patricia, Jojo sort de sa torpeur, il pousse des petits cris de joie, se jette dans les bras d’Édouard. Le doute n’est plus permis : le B412 produit les effets recherchés !
***********
Le directeur du centre de recherche de Meyer & Co. arrive devant le conseil d’administration de la multinationale.
Il est particulièrement ému. Il est sur le point d’annoncer une nouvelle importante.
- Messieurs les membres du conseil d’administration notre centre de recherche a mis au point un médicament qui va révolutionner une partie du marché pour lequel Meyer & Co développe et commercialise plusieurs produits.
L’attention du conseil d’administration est à son comble. On entendrait une mouche voler dans la salle.
- Cette révolution est l’Hilarix. Nous avons déjà choisi le nom de cette bombe pharmaceutique.
- Oui messieurs, l’Hilarix va détrôner tous les anxiolytiques, les antidépresseurs, les antipsychotiques, les régulateurs de l’humeur.
- La concurrence va en être malade ! Adieux les benzodiazépines, le Prozac, le Déroxat, le Seroplex, l’Anafranil, le Laroxyl, le Témesta, l’Aldol et le Largactil. Aux oubliettes le Lithium.
Le conseil d’administration est médusé. Pourtant au bout de quelques minutes les questions fusent.
Le directeur du centre de recherche de Meyer & Co explique alors : ses laboratoires ont mis au point un médicament, le B412 qui ingéré par un individu produit, au bout de quelques instants un sentiment de bonheur qui se traduit entre autres par un sourire sur le visage. D’où l’idée de l’appeler l’Hilarix. Les effets durent plusieurs jours. Il a été expérimenté sur des animaux et sur de nombreux volontaires humains. Les expérimentateurs sont formels, il ne produit aucun effet secondaire et sa prise peut-être renouvelée sans problème.
Il va sans dire, que le conseil d’administration de Meyer & Co vote à l’unanimité, la production de l’Hilaryx, même si sa commercialisation rend caduque les ventes des médicaments traditionnels sur ce créneau réalisées depuis des années par la firme. Le marché potentiel est immense et la concurrence sera asphyxiée par l’ex-B412. D’autant que ce médicament s’adresse à de nombreux malades. Cela s’est fait dans la plus grande discrétion. Une expérimentation a été menée conjointement en Amérique du Sud et en Afrique sur des malades manifestant des troubles tels que : anxiété chronique, attaques de panique, anxiété généralisée, troubles obsessionnels, phobies sociales, insomnies chroniques, bipolarisation. Mais le « médicament » s’adresse aussi à des gens en bonne santé.
Le PDG de Meyer & Co France a vite compris les potentialités de l’Hiralix. Les malades sont les clients habituels de l’industrie pharmaceutique, ils sont une clientèle captive, mais ils ont un défaut évident, ils sont souvent âgés et à ce titre ils disparaissent trop rapidement. Par contre les gens en bonne santé constituent une source d’acheteurs abondante. Peu de Français se considèrent comme heureux, ils subissent tous, les aléas de la vie, mais la moindre contrariété ou le moindre désir non assouvi les rendent malheureux. Si on leur propose une pilule de bonheur, sans aucun doute ils se précipiteront dessus pour le grand « bonheur » de Meyer & Co !

***********
Meyer & Co France n’eut aucun problème pour obtenir l’autorisation de mise sur le marché de l’Hiralix. Quelques enveloppes bien distribuées accélèrent les choses.
Après une campagne de publicité massive sur tous les médias le « médicament miracle » fut connu de tous les Français et accessible dans toutes les pharmacies. D’autant plus accessible qu’il était délivré sans ordonnance compte tenu du fait qu’il était sans effet secondaire significatif.
Toutes les officines regorgèrent d’Hiralix à côté des boites de paracétamol, d’ibuprofène, de crèmes, de gélules, de tisanes diverses qui tapissent les pharmacies.
Les actionnaires de Meyer & Co France se félicitèrent, car leurs dividendes crurent de façon exponentielle. Ce ne fut pas le cas des actionnaires des autres firmes pharmaceutiques qui assistèrent, impuissants, à la chute de leurs actions. C’est paradoxal, mais ils furent contraints de calmer leur angoisse, en achetant de l’Hiralix !
***********
Pour parodier Pangloss : tout allait bien, dans le meilleur des mondes !
Pourtant, outre de nombreux actionnaires un certain nombre de Français faisait grise mine. Nous n’en ferons pas une liste exhaustive.
Les psychiatres virent leur clientèle se réduire comme une peau de chagrin.
Les différentes religions constatèrent une défection importante de leurs fidèles, car beaucoup n’avaient plus besoin d’aller chercher un réconfort dans la prière alors qu’une simple pilule pouvait leur assurer une sérénité constante. Il en fut de même pour les syndicats : nombre de leurs adhérents se contentaient de leur bonheur chimique et ne ressentaient plus le désir de revendiquer. D’autres professions furent touchées, les avocats par exemple, de nombreux litiges se réglèrent à l’amiable, le nombre de divorces diminua, les entreprises de sécurité licencièrent en raison des velléités en baisse constante.
On n’y aurait pas pensé à priori, le commerce lui aussi fut touché. Les consommateurs n’avaient plus envie d’acheter se contentant de ce qu’ils possédaient.
Tout cela représentait une masse importante de mécontents, la colère amplifia d’autant que les personnes touchées refusèrent de prendre la pilule du bonheur source de leur malheur.
***********
Alors les lobbys pharmaceutiques en tête essayèrent de faire pression sur les députés et les ministres pour faire interdire la vente de l’Hilarix. À cause de cette pilule de « bonheur », des milliers d’emplois avaient été supprimés, contraignant les chômeurs à prendre de l’Hilarix pour supporter leurs situations. Aucun parlementaire ou ministre et encore moins le président de la République voulut prendre la décision d’interdire la vente de l’Hilarix. Il n’était pas question de revenir au passé avec les récriminations des citoyens, les manifestations journalières, les flambées d’accusation sur les réseaux sociaux. Toute cette élite se délectait de ce calme dans la vie publique.
Devant cet échec les opposants à la pilule usèrent d’une stratégie sournoise et surtout discrète. Ils la baptisèrent l’opération « grimacix », on comprend pourquoi.
Des laboratoires avaient su élaborer un médicament tel que l’Hilarix, il devait être possible de synthétiser un antidote à la spécialité de Meyer & Co !

Un des conspirateurs eut une idée, il fallait approcher le chimiste inventeur du B412 !
C’est ainsi qu’Édouard Zaluski fut contacté par un émissaire de l’opération « grimacix ».
Ce dernier lui fit une offre si alléchante qu’il ne put refuser. D’autant que Meyer & Co n’avait pas été reconnaissant avec le chercheur qui lui avait permis de gagner des milliards d’euros. Une prime permettant à peine de prendre des vacances à l’ile de Ré…
Ce grand chimiste spécifia d’emblée qu’un antidote d’Hilarix n’était pas envisageable, mais qu’il lui serait possible de modifier certaines molécules présentes dans le B412 pour synthétiser un mélange dont les effets seraient inverses du produit commercialisé par Meyer & Co. D’ailleurs précédemment, il avait testé des médicaments aux effets négatifs par rapport à ceux qu’il cherchait. Il les avait écartés d’emblée. En effet, une double liaison en plus ou en moins, un radical ajouté ou retranché peuvent produire soit un remède soit une substance toxique. L’émissaire se récria : il ne fallait pas élaborer un poison, mais un médicament neutralisant les effets de l’Hilarix.
Édouard Zaluski réaffirma qu’il n’y avait aucun problème et qu’il avait dans ses dossiers des molécules susceptibles d’avoir ces effets.
Quand le chercheur donna sa démission, le D.R.H. essaya en vain de le retenir lui proposant une prime qu’il aurait méritée amplement depuis longtemps.
C’est ainsi qu’Édouard Zaluski parti travailler dans un laboratoire discret en Albanie.
Six mois après il était en mesure de proposer à ses nouveaux employeurs un mélange secret, baptisé en interne « grimacix ».
Il était conditionné sous forme d’une solution.
Comme il n’était pas envisageable de le commercialiser, les responsables de l’opération décidèrent de le dissoudre en secret dans les réservoirs d’eau potable des grands centres urbains. L’échantillon des personnes touchées serait assez vaste pour contrecarrer l’Hilarix.
Effectivement non seulement le « grimacix » neutralisait les effets euphorisants du B412, mais en plus entrainait sur les sujets contaminés des anxiétés chroniques, des crises de panique, des troubles obsessionnels, des phobies sociales et insomnies.
Une campagne médiatique bien menée convainquit les citoyens que c’étaient des effets secondaires de l’Hilarix !
Pour parodier Pangloss : tout allait pour le mieux, dans le meilleur des mondes !


Les industries pharmaceutiques retrouvèrent un substantiel chiffre d’affaires sauf Meyer & Co qui fut racheté pour une misère par un concurrent.
Les psychiatres virent revenir leur clientèle.
Les différentes religions retrouvèrent leurs fidèles. Les revendications non satisfaites firent que les salariés se tournèrent vers leurs syndicats. Les avocats retrouvèrent la prospérité en raison de l’augmentation rapide des litiges et des divorces. Les entreprises de sécurité embauchèrent à nouveau.
Les consommateurs retournèrent dans les magasins et le e-commerce retrouva un taux de croissance à deux chiffres.
Et Patricia dans tout cela ? Après avoir testé un antidiarrhéique, elle a terminé sa vie forcément limitée de souris blanche.
Quant à Jojo il aurait pu poursuivre sa vie de « cobaye » chez Sanofi, Pfizer ou Merck. Il termine sa vie de retraité paisible dans un zoo grâce à la Fondation Brigitte Bardot. Qu’elle en soit remerciée…

Charles

Charles nous a quittés,
Charles nous a laissé,
Une malle et quelques fleurs,
Litanies et douceurs,
Dante d'une époque déchue,
Baudelaire, où es-tu ?

Le tricot

Voilà trois ans qu’il est parti.

Noémie est assise devant sa fenêtre. Elle lève parfois sa tête pour observer la ligne d’horizon sur la mer.
Une maille à l’endroit, une maille à l’envers…
Que guette-t-elle sur l’immensité de la mer ? L’apparition d’un bateau lointain dans la brume du soir ? Marcel part chaque année avec d’autres pêcheurs pour pêcher la morue sur les Grands bancs de Terre-Neuve, au large du Canada. Et elle, Noémie Le Guenec attend pendant de longs mois le retour de son homme. Cela fait huit ans qu’ils sont mariés. Elle a encore dans la tête le souvenir de la noce.
Il y avait de la musique du matin jusqu’au soir. Un couple de sonneurs de biniou et un accordéon : des amis pêcheurs de Marcel.
Elle se souvient du cortège, avec en tête, les musiciens !  Noémie était conduite au début du défilé par son père, suivaient les filles et les garçons d’honneur, les témoins, la famille proche, les voisins, les amis. La noce rassemblait plus de 150 personnes !
À la fin du cortège, le père de Marcel donnait le bras à la mère de Noémie. Marcel et sa mère terminaient la procession.
Le déjeuner : un magnifique repas avec le traditionnel Rost er Forn (rôti de cochon cuit au four à pain).
Quel après-midi ! Une larme glisse sur la joue de Noémie. Danses, chants, jeux jusqu’au diner le soir avec des jarretons grillés. Elle en sent encore l’odeur.
Noémie et Marcel se connaissaient depuis l’enfance. Leurs pères étaient pêcheurs tous les deux et embarquaient sur le même navire vers les Grands bancs de Terre-Neuve.
Noémie était passionnée par les récits de son père.
Il pratiquait la pêche à la morue sèche le long des côtes des îles de Terre-Neuve, Miquelon, Saint-Pierre à l'abri des vents et des courants. Au printemps, les navires (les terre-neuviers) partaient d'Europe avec une centaine d'hommes et d’adolescents, et mouillaient dans un havre de la côte de Terre-Neuve. Les marins-pêcheurs construisaient à terre des installations sommaires pour stocker et préparer le poisson, mais également y vivre. Ils partaient ensuite à la pêche en chaloupe avec des filets. Le poisson ramené à terre chaque soir était préparé, salé et déposé à l'air sur les grèves appelées graves par les graviers.
Séché ainsi, le poisson pouvait se conserver beaucoup plus longtemps et donc, une fois de retour en France, être exporté, principalement vers l’Italie et le bassin méditerranéen.
Cette pêche était éprouvante pour les hommes qui vivaient à terre pendant les 6 à 8 mois de pêche dans des conditions climatiques et d’hygiène épouvantables.
Combien d’habitants du village n’étaient pas revenus de ces expéditions lointaines ?
Leurs corps restaient au loin au large de l’Amérique.
Si un homme décédait à bord. Il était enserré dans un sac en forte toile et lesté.
Pour l’immersion du mort, le navire appareillait et se déplaçait de 5 ou 6 milles.
Le corps était placé sur un panneau reposant sur la lisse. L’équipage, tête nue, entourait le défunt.
Après une prière récitée par le Capitaine, l’ordre était donné pour l’immersion.
Le corps glissait et disparaissait dans l’océan...
Ensuite le navire retournait prendre son mouillage sur le banc de poissons.
Un jour le père de Marcel n’était pas revenu… L’adolescent avait fait une campagne de pêche. C’est tout naturellement qu’un autre Le Guenec succéda à un Le Guenec. Il n’avait pas le choix, que pouvait-il faire d’autre ?
Une maille à l’endroit, une maille à l’envers…
Ses yeux repartent vers l’horizon. Elle pense à son instituteur, elle a beaucoup aimé l’école. Et ses lèvres égrainent quelques vers de Victor Hugo.
Il livre au hasard sombre une rude bataille.
Pluie ou bourrasque, il faut qu'il sorte, il faut qu'il aille,
Car les petits enfants ont faim. Il part le soir
Quand l'eau profonde monte aux marches du musoir.
Il gouverne à lui seul sa barque à quatre voiles.
La femme est au logis, cousant les vieilles toiles,
Remmaillant les filets, préparant l'hameçon,
Surveillant l'âtre où bout la soupe de poisson,
Puis priant Dieu sitôt que les cinq enfants dorment.
Lui, seul, battu des flots qui toujours se reforment,
ll s'en va dans l'abîme et s'en va dans la nuit.
Dur labeur ! tout est noir, tout est froid ; rien ne luit.
Dans les brisants, parmi les lames en démence,
L'endroit bon à la pêche, et, sur la mer immense,
Le lieu mobile, obscur, capricieux, changeant,
Où se plaît le poisson aux nageoires d'argent,
Ce n'est qu'un point ; c'est grand deux fois comme la chambre.
Or, la nuit, dans l'ondée et la brume, en décembre,
Pour rencontrer ce point sur le désert mouvant,
Comme il faut calculer la marée et le vent !
Comme il faut combiner sûrement les manoeuvres !
Les flots le long du bord glissent, vertes couleuvres ;
Le gouffre roule et tord ses plis démesurés,
Et fait râler d'horreur les agrès effarés.
Lui, songe à sa Jeannie au sein des mers glacées,
Et Jeannie en pleurant l'appelle ; et leurs pensées
Se croisent dans la nuit, divins oiseaux du coeur.

Une maille à l’endroit, une maille à l’envers…
Combien de fois a-t-elle récité ce poème ? Que de fois a-t-elle attendu le retour du bateau ?
Déjà le soleil baisse à l’horizon pour s’enfoncer bientôt dans l’océan.
Noémie frissonne. Ces eaux bleuâtres n’ont-elles pas déjà, au bout du monde, englouti le corps de Marcel ? Mais l’espoir reste le plus fort. Elle, femme de marin, doit résister à l’angoisse.
Soudain un point minuscule apparaît devant les nuages orangés de l’horizon. Serait-ce le Stella Maris ? Son cœur se serre dans sa poitrine.
Mais la réalité resurgit brusquement, impitoyable. Marcel n’est pas parti vers l’ouest, mais vers l’est. Ce ne sont pas les flots qui l’ont entrainé loin de Noémie, mais la guerre…  
28 juin 1914
Sarajevo, capitale de la Bosnie-Herzégovine, est bien loin de Betelbretz, petit village de Noémie et de Marcel.
Si Marcel est parti le long des cotes américaines pendant ses campagnes de pêches, la France et les pays d’Europe sont des régions et des pays qu’il ne connaît que sur les cartes.
Les nouvelles des événements qui se produisent dans le monde mettent beaucoup de temps pour arriver au fin fond de la Bretagne. Quand elles y arrivent...
Un terroriste serbe a tué l'archiduc Ferdinand, héritier de la couronne austro-hongroise, et sa femme.
Noémie ne se souvient pas d’en avoir eu connaissance. Par contre elle se souvient du 3 août quand l’Allemagne a déclaré la guerre à la France. Dans les jours qui ont suivi, les gendarmes sont arrivés et tous les hommes en âge de combattre ont été mobilisés. Noémie n’a pas tout de suite perçu le formidable bouleversement qui touchait l’Europe.
Comment aurait-elle pu comprendre qu’en quelques jours, 6 millions d'hommes se retrouvaient sous les drapeaux ?
Elle n’a compris qu’une chose, c’est que Marcel était parti loin vers l’est et qu’elle allait se retrouver seule. Au début elle ne prit pas la mesure de ce départ. Chacun au village se résignait à un conflit que l'on espérait court. Il y a tant d’années que l’on entretenait une haine de l’Allemagne et des Allemands. Ils nous avaient volé l’Alsace et la Lorraine. L’armée française allait donner une leçon à ces sauvages qui venaient égorger nos femmes et nos enfants.
Les nouvelles sont arrivées au compte-gouttes à Betelbretz.
Seul le gouvernement était au courant des événements.
En application du plan Schlieffen, l'Allemagne a porté son effort principal sur la Belgique et la France du nord, prenant les Français à revers.
Le général en chef français Joffre a organisé une retraite générale en bon ordre. Les Allemands, trop heureux de leur succès, ont contourné Paris en obliquant vers la Marne. Erreur fatale : au prix d'un effort surhumain, les Français ont stoppé net leur avancée par la contre-offensive de la Marne, du 6 au 11 septembre 1914.
Les troupes allemandes et françaises ont tenté de se déborder l'une l'autre par l'ouest. C'est la « course à la mer ». Mais personne n'est arrivé à percer le front. Les troupes allemandes ont creusé des tranchées et s'y sont terrées pour éviter de reculer davantage. Les troupes françaises ont fait de même.
Le front franco-allemand s’est stabilisé dans la boue, de la mer du nord aux Vosges, sur 750 km. Cette situation va durer quatre longues et terribles années !
Personne ne le savait encore et surtout pas Noémie.
Au début de la guerre, elle a partagé l’optimisme des habitants du village, la guerre serait vite terminée, l’instituteur, le curé, le maire, les gendarmes l’avaient affirmé : l’armée française était invincible et donnerait sa correction à l’armée allemande.
Comme elle le faisait à chaque fois quand Marcel partait pour une campagne de pêches elle avait décidé de lui tricoter un pull-over.
Une maille à l’endroit, une maille à l’envers…
Elle se rassurait en se disant que la Champagne était moins loin que le Canada et là-bas pas de tempêtes pour engloutir les pauvres pêcheurs sur leur chaloupe.
Comment aurait-elle pu imaginer au fin fond de la Bretagne l’horreur de cette guerre de tranchées où chaque compagnie gagnait quelques mètres sur l’ennemi, dans la boue, sous la mitraille aux prix d’une centaine de morts ? Terrain qui était repris le lendemain par l’adversaire. Les communiqués officiels victorieux cachaient bien cette réalité.
Une maille à l’endroit, une maille à l’envers…
À Betelbretz la laine est un bien précieux. La laine qu’elle tricote lui a été cédée par une femme de pêcheur dont le mari n’est pas revenu des Grands bancs de Terre-Neuve. Un troc : un morceau de petit salé du cochon, que Marcel et elle avaient tué il y a six mois, contre quelques pelotes. Maintenant que son mari est parti à la guerre, il n’y a plus de rentrée d’argent. Elle doit vivre sur le petit jardin qu’elle cultive avec soin, les quelques poules et lapins, le stock de morues séchées et le restant du cochon.
Trois ans c’est long, peu de nouvelles de son mari, quatre ou cinq lettres où il demande des nouvelles du pays. Il ne parle pas des conditions de vie des poilus. Est-ce pour la ménager ou parce qu’il sait que la censure militaire ne laisserait pas passer ses lettres ? Il ne faut pas informer l’ennemi, les espions sont partout…
Elle lui a envoyé de longues lettres, elle a conscience de lui écrire des banalités, mais que raconter ? Il se passe peu de choses à Betelbretz. Elle sait que c’est puéril, mais dans chaque enveloppe elle joint des souvenirs du pays un brin de varech, une plume de poule, un trèfle à quatre feuilles, une mèche de cheveux...
Une maille à l’endroit, une maille à l’envers…
Voilà trois ans qu’il est parti.
Son pull-over est bientôt fini… Elle y voit un mauvais présage. Pourtant elle a ralenti le plus possible son ouvrage. Tous les jours elle fixe l’horizon attendant un improbable retour sur la mer. Elle sait bien que l’Ouest ne peut rien lui apporter de nouveau, mais les souvenirs des jours anciens et heureux sont les plus forts.
Telle une Pénélope bretonne elle décide de défaire chaque soir les mailles tricotées le jour. Ainsi elle laissera à Marcel le temps de revenir, de reprendre la mer…
Elle ne connait pas l’Odyssée. La boue du chemin des dames ne rappelle en rien les glorieux combats, devant Troie, racontés par Homère. Du sang aussi, mais surtout de la peur, des corps déchiquetés par les obus, les gaz qui s’insinuent au plus profond des tranchées brûlant les poumons des hommes. Marcel n’est pas Ulysse, il n’a qu’un objectif : sauver sa peau à chaque instant.
Elle ne connait rien de l’Odyssée, elle ne sait pas non plus que des deux côtés du front des généraux à la moustache superbe manipulent les soldats comme des pions. La guerre pour ces beaux messieurs se déroule sur des cartes.
Elle ne pense pas à toutes ces Mathilda, Pénélopes allemandes qui tricotent elles aussi dans l’espoir du retour d’un mari. Elle n’y pense pas, car la haine est soigneusement entretenue par les autorités. Il ne peut y avoir que de la barbarie au-delà des Vosges !
Les gendarmes sont revenus deux fois à Betelbretz. Tels des oiseaux de malheur ils sont venus annoncer à des femmes la mort de leur mari sur le front.
Depuis ce n’est pas de l’océan que Noémie attend les mauvaises nouvelles, mais de la porte d’entrée. Au moindre bruit elle sursaute croyant entendre frapper les gendarmes.
Mais non, il ne se passera rien tant que le tricot de Marcel ne sera pas terminé et avant d’entamer le dernier rang elle défait nerveusement le travail de la journée.
Ce matin Noémie a repris son labeur après s’être occupé du jardin et des poules. Marcel sera content, les pommes de terre poussent magnifiquement et les choux prospèrent.
Aujourd’hui cela fait trois ans exactement qu’il est parti. Ses lettres se font rares. Les nouvelles du front ne sont pas réconfortantes, l’élan républicain des premières années s’est calmé, les cocoricos se sont tus, même loin dans les campagnes on a pris conscience, malgré la propagande, que la guerre sanglante serait longue.

Une maille à l’endroit, une maille à l’envers…
Que guette-t-elle sur l’immensité de la mer ? L’apparition d’un lointain bateau dans la brume ? Marcel est-il parti comme chaque année pour pêcher la morue sur les Grands bancs de Terre-Neuve ? Mais non elle rêve, il est avec d’autres gars du village en train de repousser les hordes de Teutons. Elle sourit presque à cette pensée. Qu’elle était ridicule au début de la guerre à croire ces fadaises ! Maintenant elle a conscience de la réalité des choses, tous ces hommes partis contre leur gré ne sont que de la chair à canon. Ils perdent leurs vies contre d’autres hommes qui ne savent pas plus pourquoi on les a envoyé crever dans la boue, la puanteur, l’enfer de la mitraille. Pas plus que les autres Françaises, Noémie ne sait que de nombreux soldats désertent des deux côtés refusant de continuer ces combats absurdes. Elle ne sait pas non plus que la répression est impitoyable et que l’on fusille les déserteurs après des jugements sommaires.
On frappe à la porte ! Pendant des mois elle a pensé à ces coups sur le chambranle. Elle se les imaginait martiaux et sonores. Aujourd’hui ils sont si faibles, qu’ils sont presque couverts par le bruit du balancier de l’horloge dans la cuisine. Elle se lève machinalement, elle a tant de fois fait ce cauchemar qu’elle sait… Elle sait qu’elle verra un gendarme, l’air désolé qui lui tendra un papier en bredouillant cette annonce qu’elle redoute depuis si longtemps.
Marcel est mort en héros, on a retrouvé sa plaque au milieu des soldats déchiquetés.
Mort en héros, qu’en a-t-elle à faire la Noémie ? Elle ne l’avait pas terminé ce tricot, la guerre devait se finir, Marcel devait le porter, il devait embarquer sur un bateau et la vie serait repartie à la fois dure et heureuse. Elle ne sera pas la veuve d’un marin comme elle l’a si souvent craint, mais celle d’un soldat déraciné mort sur une terre qu’il ne connaissait pas.
Un moment elle a été tentée de jeter la laine, mais elle s’est retenue. Ces pelotes qu’elle a si longtemps travaillées sont précieuses. Elles lui ont permis d’être près de Marcel pendant toutes ces années. De Marcel, il ne lui reste qu’une photo : celle de leur mariage. Les autorités l’ont averti que le corps de Marcel Le Guenec n’avait pas été retrouvé, mais qu’elle était inscrite sur le grand livre de l’état en tant que veuve de guerre.
La vie a continué un plus triste qu’auparavant, cette fois sans espoir. Quand elle jette un regard sur l’océan, ce n’est plus pour elle qu’une immensité vide de sens. Elle sait qu’à l’est la guerre continue, que d’autres Marcels continuent de mourir. Mais plus rien ne la touche elle est devenue une âme vide. Elle ne peut même pas se rendre au cimetière, nul tombeau à fleurir, l’amour de sa vie est dispersé dans de la boue mêlée à d’autres débris.
La liesse s’est emparée du pays. L’armistice : 11 novembre 1918. Cette fin de la guerre tant attendue est arrivée. Noémie n’est pas concernée, elle est seule avec son chagrin.
Dans toutes les villes de France, même jusqu’au plus petit village reculé dans les campagnes on construit des monuments aux morts. Ils seront les témoins de l’immense saignée qui a frappé le pays, anéanti la majorité d’une classe d’âge.
À Betelbretz aussi on a commémoré sur une modeste pyramide les enfants du pays morts pour la patrie. Le nom de Marcel Le Gennec y figure en ordre alphabétique au milieu des six Bretons tués sur les champs de bataille de l’Est de la France.
Noémie a refusé d’assister à l’inauguration.
Elle s’est enfermée dans sa maison et seule devant sa fenêtre, regardant l’océan elle a repris son tricot.
Une maille à l’endroit, une maille à l’envers…

Inachevé sans doute ... Comme tout ce qui est ... Un épis solaire disons ...

(Désolé pour la mise en page, j'ai des soucis à transposer sur le site)

Oser arrêter de réfléchir pour se recevoir soi-même...
L'acte n'est pas comédie ...
L'acteur n'est pas comédien ...
 

L'Absence est vide,
Le Sens en est le plein ...
 

... et apprendre à communiquer plus finement alors ...

Donc
 
(phonétiquement ce son
 
est cadeau en chaque Foi ... )

 
Limpides ..
 
Disais-je ...

Donc :

Le cristal en couverture du Diamant ...
En protection contre l'inutilité du temps ...
 

 
 
Seulement sa couverture ...
 
Son manteau de cœur ...
 

 
 
qui n'est
 
ni de pierre
 
ni de fer ...
 
mais d'ailleurs
 

 
 
Du commun point au tranchant des aciers ...
 

 
 
Des lames fines ...
 
Des âmes-sœurs ...
 

 
 
Bonnes car issues de fluctuations en fleur
 

Mais même affinée,
une chaîne reste une chaîne
Si l'on ne trouve l'unité
d'en acter alors légitime propriété ...

L'équilibriste évolue sans filets ...
Le carbone affiné à l'extrême fait copie ...

Et pas liens ...

ou ...
Certes ...
Mais alors c'est de rien ...

La couverture non plus ne se suffit pas des copies
pour les ponts au dessus des abîmes
 

 
 
(Quand le saut lui y survient parfois
 
Et toujours par la Foi ...
 
Ce qui, bien sûr, va toujours de soi ...)
 

 
 
Elle est donc alors piège mortel...
 

 
 
(Néanmoins ;
 
il y en a qui la saute cette couverture,
 
et ce par habitude ...
 
Soit
 
Soi
 
Soie ...
 
Et point Sot
 
Soit donc ...)
 

 
 
(La construction d'un poème
 
c'est toujours « du direct »
 
et jamais un réel travail d'architecte ...)
 

 
 
L'essence du sens
 
produit alors un huit clos
 
en les sens du ventre
 

 
 
Don ...
 
Pour qui aime l'idée des halles ...
 

 
 
En ses ponts ...
 
En ces Dames ...
 

 
 
Aimer se languir,
 
quand on peut,
 
et ce, de tout petits râles ...
 

 
 
En abscons parfois
 
(Elles sont femmes ...)
 

 
 
Soit je m’égare
 

 
 
Que de pire chez homme
 
que de s'y trouver de plus,
 
quelques vils égards
 

 
 
C'est juste une question de grandeur et d’étroitesse ...
 

 
 
Un choix donc ...
 

 
 
Une douleur séduisante
 
Un fin, du fin, enfin ...
 

 
 
Un tout du rien
 

 
 
Et ce de plus
 
En un tour de reins
 

 
 
au besoin ...
 

 
 
Bon ...
 

 
 
Un :
L'une es-tu là ?

Du noir on ne voit que la lumière tu sais ...
 
Ou l'on attend le jour ...
 

 
Muse aux fers qui lancent
(Quand je suis troubadour ...
 
aux litanies rances ...)
 

Sœur-Dame ...
Ne vois tu rien venir ?
 

 
 
Peur du solide absent
 
sous tes couvertures ?
 

 
 
Mais ça n'a pas de sens...
 

 
 
Le poème n'est pas diamant,
 
Même s'il peut l'éternel
 

 
 
Sa solidité est relative
 
L'immatériel l'a construit ...
 

 
 
En faim ...
 

Et pourtant on en fait bien des ponts ...
 
Puisque c'est là sa fonction ...
 

 
Le diamant lui est coupant ...
 
Mais de vitres seulement
 

Alors qu'importe...
 
Si nous laissons de nouveau passer le vent ...
 

 
 
Je suis las du feu ...
 
Même de celui qu'on attise ...
 

 
 
L'eau je la garde pour la mort
 
Ses cendres font fort joli manteau
 

 
 
De soi ..
 
D'ailleurs ...
 

 
 
En devers et revers des douleurs ...
 
... des sueurs ...
 
De la somme de toutes les peurs ...
 

 
 
Quand l'haine, elle, est issue des tons sûrs
 
dont les couards tissent alors leurs amertumes ...
 

 
 
Jamais de lumière au fond du couard ...
 
Tu le sais ...
 

 
 
Une forme vague ... Sans plus ...
 
Et fort peu châtiée malheureusement ...
 
...
 
Du noir ; les cendres ...
 
Du feu ; les cendres ...
 
Du vent l’écho ...
 
Des os ;
 
La chaire ...
 
Donc ...
 

 
 
On évide alors le sens des sommets ...
 

Des sons, on ose,
 
on naît ...
 

 
 
A goûter des sonnets
 

 
 
du regret ...
 
des souhaits ...
 

 
Ad vitam æternam

de fait
puisque du fruit ...
et
du chœur sans fond
de toutes les poésies

en leurs ébauches
en leurs ébats
en leurs échos
en leurs débats

On est Maître que de son silence ...
Et la patience est fort bien triste lance ...

(Les éoliennes de plus, mais quelle galère ...
Pfff il a plus de raisons en notre époque ...)

Autant « je » que jeu bien sûr ...
Jean-Marc Munaretti copyright

LAMALADIENEXISTEPASFAUTQUONPARLE

Né. Ça prend une forme. Tendre Attend Satan. Tu es. Pas pareil. Dans mon sens. D’un autre soleil. Et. Le triangle. Libre. Traversant. La mémoire. Construite ailleurs comme. Une personne derrière ma langue. Disait le bébé Sanglier.
 
 Tu n’as pas eu peur de l’obscurité. Depuis le commencement. Depuis. Il faisait jour. Et tu as des cornes. Les vitres n’existent pas.
 
 Une question. Bientôt. Tu m’étrangleras. Au nom de l’amitié. Mais. Ne fallait-il pas y penser il y a une éternité ? Vers 1994.

 Et tu as des milliers de cadavres de poissons. Ensuite. Mortes. Qui sortent de ta bouche. Ensuite. Il faisait un temps. Ensuite. Il faisait nuit.
 
 Mon attitude. Attend Satan tendre. Tu souris quand je mâche une bête. La manière. Sans aucune raison. Et le temps. Et tu me prends par la gorge. Né. Les nerfs pèsent. Et tu me prends par l’insecte. Et je fais des mouvements. Pour qu’on se calme. Pour que ça prend une forme.
 
 Là. Et la pluie. N’est qu’une imagination. Dans mon sens. Je vais bien. Casse moi les jambes. Et les bras. Et le cou. Et dis que je suis le mal. C’est beau. Terrible. Le rôle bientôt joué par l’un de nos deux.
 
 Pourtant. Le petit-déjeuner. Tu manges. Mais. Oui. Je n’ai jamais eu faim. Ton estomac avait vidé le sens.
 
 Je commence bien la journée. Satan attend le temps tendre. Je comprends. Nous arrivons. J’ai le choix. Tu as ton troisième doigt. Tu marches sur l’eau. C’est au ralenti. Je marche sur la route. Puis. Tu as une belle voix. Je comprends. Tu touches mon visage. Merci. Et tu souris. Bravo.

 Ça va. Né. Je vois un œil.  Nous allons prendre une forme. Ça va. Né. Je vois un œil. Nous allons prendre une forme. Dans toute la main. Né. Tous dans la main.

 Et puis. Je fais des exercices. Sortes de mouvements. Sortes de réchauffements. Et tu te rends compte. Je suis Né.

 Et puis. Je fais des exercices. Je suis né. Je touche le triangle. Le nôtre. Il reste en face. Au milieu. Toujours au milieu.

 Et j’attends le temps tendre.  


Khalid EL Morabethi

Le cinquième pont

Le cinquième pont



de frondaison en frondaison
mon pas se faisait plus lourd

le cyclamen sauvage
solitaire
attira les regards


j'ai franchi le 5ème pont


derrière
des cascades
sans eau
les roches nues
déversaient leur trop plein de silence


le ciel troué de vert
m'invitait


le sentier
de terre et de lierre
attisait le vertige


les mots sous les vents
impalpables
résonnaient dans mon crâne


les parois en redan
attendaient


derrière moi
à terre
loin
les cris de ma mémoire
se traînaient
béance d'un passé résilié


j'ai franchi le 5ème pont

Blue thumb land

"Une chanson dédiée à Mark Zuckerberg "

Ici, on voit des gens,
En share et en bosses,
Et des grands penseurs,
Qui ont un avis sur tout,
 
Et comme c’est pas payant,
Y’a des fées carabosse,
Qui nous agitent des leurres,
Qu’on y revienne surtout
 
Noti noti notifiez moi,
En Like en share,
En commentaires,
Do donnez moi de l’importance,
Ici on ne vit que dans l’urgence,
 
Ici c’est plus facile,
De cracher à la gueule,
D’insulter sa voisine,
Sans quitter son fauteuil,
 
Toujours moins difficile,
Pour les gens les plus veûles,
Et ceux qui se débinent,
D’éviter les écueils
 
Noti noti notifiez moi,
En Like en share,
En commentaires,
Do donnez moi de l’importance,
Ici on ne vit que dans l’urgence,
 
Ici y’a du partage,
Une grande communauté,
Des amitiés sincères,
Par centaines et par posts,
 
Parfois y’a du courage,
Et des actes sensés,
Tout fermer et se taire,
In blue thumb land, I’m lost
 
Noti noti notifiez moi,
En Like en share,
En commentaires,
Do donnez moi de l’importance,
    Ici on ne vit que dans l’urgence.

Un monde meilleur

Un monde meilleur..
On souhaite être reconnu
À notre juste valeur,
Faire du paraître un nul..
Et de l'intérieur un reflet de lune.
Lacune a briller quand le soleil se lève..
La tête dans les nuages
J viens de crier pendant mon sommeil

Pleine de rêves elle a triée ses pages
Pour en faire un livre..
Effrayée par son libre arbitre...
Elle a jugée des fautes qui traumatise
D'une sanction, à une cause brisée
Par un manque de sensation
En vérité,
Il nous faut plus d'actions
Et moins de promesses vaseuses
Je viens d'une sagesse courageuse
Qui avance d'un pas orageux
Ventilation d'un système, diseuse de
Mystère.. J vais en percer le secret
Heureuse d'être dans l'encre mais
Fais gaffe à quoi tu te mêle
Si l'idée de te prêter ma plume me viens
Prends soin de son état prends tes gardes
Et rien ne pourras te rendre vulnérable
Tout reviendra à toi,
Le jour de mes funérailles

À quoi bon avoir de l'amour ?
Elles se sentent comme des proies
À mes yeux elle est une étoile
Et voici comment j résume l'émoie
De ton impact sur mon égo j crois
Trouver les codes,
Une de ces chaleur humaine
Même, dans un froid polaire
Un pingouin ne te résisterait pas
Tu trouves que je suis colérique
Mais ça c'est rien, je me réserve
Au mérite de chacune
Dans le bien
Comme dans le mal
J préserve mes capacités
Je me régénère avant de jouer à l'adversité
Tu préfère persister dans l'erreur
Carrément tu dis être persécutée quel horreur
Quel intérêt à gâcher nos amitiés
Pour l'heure
Je n'ai qu'une couleur aux nuances multiples
Tu penses peut être la différence
Mais pour la pratiquer, revois ta tolérance
La confiance abstraite
Te donne de l'incohérence...

Demain

je pars
demain
loin des rives écarlates
sur les sentes
griffées
par l'espoir
des errants
ayant quitté
ces coques fantômes
porteuses
de misère pérenne
en poche le souvenir
de l'enfant qui ne sera pas
du baiser de l'aimé-e
des larmes de la mère
des yeux du grand-père
silencieux

peut-être ma main
les rencontrera

peut-être

demain

Désert

Ne lâches pas en route
Franchis les obstacles
Un à un
Un à la fois
Se cramponner
Viser loin
Bien viser
S'arque-bouter
Ne pas lâcher prise
Jour après jour
Pour arriver
Au Bout
Au But

À petit pas

Toujours sur la pointe des pieds
J'avance tout doucement
Sans être récompensée
Et chaque nuage me salue
Même l'arc-en-ciel
Se détend quand il me voit
Je le chercher dans le ciel
Chaque jour qui passe

Au ciel habituée au changement
Au sol traumatisme
Le désordre humain  s'est installé

Mes amis sont partis
Dispersés comme une giboulée
De vierges effarouchées

Cette absence de présence
Crée un emmêlement de destin
Ou plutôt comme à la guerre
Tout s'arrête tout change
Nous ne savons
Ce qu'il adviendra de nous
 Après la guerre des réseaux

Les larmes me cherchent
 Mes yeux les accueillent
c tout droit réservé

Le ministère de la procrastination

La demande déclencha un véritable cataclysme au sein de cet organisme public.
Comme le titre de cette nouvelle l’indique, ce ministère avait été créé pour institutionnaliser l’hésitation, l’indécision, les manœuvres dilatoires, la temporisation, la tergiversation, la valse-hésitation, l’irrésolution, le flottement, l’incertitude, l’indétermination autant d’attitudes sans lesquelles nos gouvernants ne pourraient pas demeurer au pouvoir sans subir la réprobation de leurs électeurs. Car quoi ? Comment pratiquer la politique si chacune des promesses d’un discours était suivie d’effets ?
C’est la raison pour laquelle un président eut l’idée d’assigner à ces manœuvres dilatoires un ministère, dont le ministre fut placé dans la hiérarchie comme ministre d’État pour souligner toute l’importance attribuée à ce ministère par l’exécutif.
Bien entendu le titre associé à ce ministère ne fut pas « ministère de la procrastination », car le libellé aurait pu attirer l’attention de quelques rares électeurs lettrés, sur les objectifs réels de ce ministère. Le cabinet du président élabora un libellé ronflant et prometteur : « ministère des prospectives et des décisions conjoncturelles ».
Le plus difficile fut de trouver un emplacement pour loger les locaux de ce ministère, car les Énarques chargés de son élaboration avaient tout de suite compris qu’il faudrait beaucoup de place pour stocker les dossiers, les rapports, les comptes rendus de commission amenés à dormir dans les services. Une solution aurait été de récupérer d’anciens locaux de l’armée en province pour entreposer la masse des documents qui ne cesserait de croître avec le temps. Le président averti de cette solution s’y était immédiatement opposé. Comment un « ministère des prospectives et des décisions conjoncturelles » pourrait-il être crédible s’il était implanté au Touquet, à Mende, à Brive-la-Gaillarde ou à Beton-Bazoches ? Un de ses conseillers lui avait rappelé l’échec cuisant d’un ministre de l’éducation, Olivier Guichard, qui avait voulu transférer son ministère à La Baule, station balnéaire, pourtant prestigieuse. Il fallait absolument que ce nouveau ministère soit à Paris comme les autres. Un moment on avait envisagé de récupérer les anciens locaux du ministère de la Défense, disponibles depuis son départ en direction de Balard. Mais les Énarques avaient fait remarquer que la vente des bâtiments de la rue St Dominique pouvait apporter des sommes importantes capables d’éponger une partie de la dette de l’État. Un conseiller eut une idée géniale, il suffisait de récupérer les locaux de la Grande Bibliothèque en transférant ses ouvrages et documents à Bordeaux, Marseille, Lille ou Lyon autant de métropoles qui se feraient un plaisir d’accueillir ce trésor culturel français.
C’est ainsi que le « ministère des prospectives et des décisions conjoncturelles » emménagea dans les tours qui dominent la Seine. La République s’enrichissait ainsi d’un nouvel organisme public et d’un nouveau trou noir, analogue au Conseil économique et social. La différence était structurelle, le Conseil économique et social avait permis pendant des décennies aux différents régimes qui s’étaient succédé de « caser » tous les petits copains qu’on voulait récompenser. Le « ministère des prospectives et des décisions conjoncturelles » allait permettre lui comme on l’a déjà écrit de faire dormir les dossiers, les rapports, les comptes rendus de commission dont on ne souhaitait pas l’aboutissement. Cerise sur le gâteau, il pourrait accueillir aussi les propositions et rapports du Conseil économique et social. Habileté suprême du Président de la République, il nomma à la tête du ministère une personnalité importante, monsieur X de l’opposition réputée par son verbiage et son inertie…
À l’occasion d’un remaniement ministériel, ce nouveau ministre apparu dans l’équipe gouvernementale, salué par la majorité comme un signal important donné par le Président de la République dans sa marche vers la modernité et la politique de réformes dont il avait son credo lors de la campagne présidentielle. L’opposition n’osa pas critiquer d’emblée cette nouvelle administration en raison de la présence de monsieur X à sa tête. Il avait été pendant un certain temps président du Sénat…
Il faut reconnaître que ce trou noir fonctionna parfaitement. Il permit de multiplier les commissions. À chaque fois qu’un problème secouait le secteur économique, un scandale ébranlait le monde politique ou qu’une réforme était envisagée on créait une commission qui se réunissait en grande pompe et force médiatisation. Ensuite sa gestion était assurée par le « ministère des prospectives et des décisions conjoncturelles » ce qui la menait discrètement et sûrement vers l’oubli. De la même façon, le président de la République put multiplier le nombre de personnalités capables d’enquêter sur les problèmes et les dysfonctionnements de la République. La remise des rapports fut comme toujours médiatisée, le prestataire félicité, et ils terminèrent dans les ex-locaux de la Grande Bibliothèque. Ils y furent rejoints par les textes de loi votés par les assemblées dont l’exécutif ne souhaitait pas la promulgation.
Toutes les demandes adressées au Président de la République, au Premier ministre, aux différents ministères qui posaient problème terminaient dans les services du « ministère des prospectives et des décisions conjoncturelles ». Cette mécanique bien huilée envoyait automatiquement aux expéditeurs un courrier indiquant tout l’intérêt du ministère pour leur problème. Il indiquait également que son importance nécessitait un examen approfondi donc un certain délai de traitement.
Le président de la République était ravi du fonctionnement de son invention, qui n’affectait que peu le budget. Stocker des données appelées à dormir dans les immenses tours était peu onéreux. Sûrement moins que le ministère de la Défense de plus en plus avide de matériel toujours plus dispendieux ou les hôpitaux grevant le budget de la nation.
En plus le chef de l’état pouvait mettre en exergue sa politique de réforme dans tous les domaines en s’appuyant sur l’important travail réalisé au sein du « ministère des prospectives et des décisions conjoncturelles ».
Comme on l’a écrit tel un trou noir, tout entrait dans ses locaux et rien n’en sortait.

C’est la raison pour laquelle cette demande incongrue déclencha un véritable cataclysme au sein de cet organisme public.
Il débuta quand le directeur de cabinet du ministre entra affolé dans le bureau de monsieur X.
- Que vous arrive-t-il mon petit Hubert, vous avez l’air bien perturbé ?
- Il y a de quoi, monsieur le ministre, j’ai entre les mains une demande de l’Élysée.
- Pas d’affolement, mon petit Hubert, ils veulent que nous assurions la promotion de la mise en place d’une nouvelle commission ?
- Non monsieur le ministre !
- La remise d’un rapport ?
- Non !
- Quoi alors ?
- Ils veulent que nous ressortions un dossier !
- Sortir un dossier ! Mais ils sont fous ! Ils savent pourtant que la finalité du « ministère des prospectives et des décisions conjoncturelles » est que justement qu’aucun dossier ne ressorte ! Monsieur le Président de la République m’a confié cette délicate et importante mission et je ne trahirai pas sa confiance.
Le chef de cabinet posa son document sur le bureau du ministre.
Celui-ci enfila sa paire de lunettes et se plongea dans la lecture de la missive.
- Oui c’est bien une demande de sortie d’un dossier. C’est sûrement une erreur ! Le secrétariat de l’Élysée a déjà merdé plusieurs fois. À mon avis il récidive…Faites vérifier cette demande mon petit Hubert…
Monsieur X était contrarié par ce contretemps qui venait troubler son emploi du temps. C’était le jour où il devait aller jouer au golf et ce n’était pas un freluquet de l’Élysée qui allait troubler les activités d’un ministre d’État.
Hubert René Monbrieux de Saint André l’était tout autant. Il avait prévu d’aller voir Olga une péripatéticienne de haut vol qui officiait rue de la Bourdonnais. Il était habitué à des journées bien tranquilles. Sorti dernier de l’ENA il avait obtenu ce poste prestigieux, bien rémunéré grâce à son père, gros industriel dans les huiles, les yaourts, les spiritueux, les croisières maritimes et possesseurs de plusieurs quotidiens régionaux. Il faut dire que ce ministère lui allait à merveille, ayant toujours été un procrastinateur invétéré, ce qui l’avait fortement handicapé dans ses études. Le père avait permis son cheminement dans les écoles et universités par des enveloppes bien distribuées. Il avait compris, comme la famille Dassault, que tout s’achète. Monsieur Paul Étienne Monbrieux de Saint André était assez content d’avoir placé sa progéniture dans un ministère, ainsi il pourrait transmettre tranquillement son empire industriel à sa fille l’antithèse de son frère.

 Hubert René Monbrieux de Saint André contacta un ancien camarade de promotion qui travaillait à l’Élysée et eut la confirmation de ce que craignaient le ministre et lui : la demande émanait bien du Président de la République lui-même !
Quelle mouche avait piqué le chef de l’État ? Voilà qu’il voulait le dossier concernant la réduction des dépenses publiques. Il y a longtemps que le dossier de plus de mille pages dormait dans les tours auprès de la Seine. La demande descendit la voie hiérarchique. Le système du « ministère des prospectives et des décisions conjoncturelles » était parfaitement huilé, les documents passaient de bureau en bureau pour arriver enfin au bureau 24 chargé de la phase finale de la prospective et de l’ultime décision conjoncturelle. Le responsable du bureau 24 dans son jargon parlait de « mise au placard ». Comme la hiérarchie lui laissait carte blanche, il avait jugé inutile d’accumuler de la paperasse qui finirait par encombrer les locaux et après avoir été inventoriés les dossiers, les rapports, les comptes-rendus terminaient dans la broyeuse à papier. Avantage non négligeable pour ce petit fonctionnaire la vente du papier lui permettait d’arrondir ses fins de mois.
Comme la demande qui avait descendu la voie hiérarchique, la réponse remonta de bureau en bureau et atterrit sur le bureau d’Hubert René Monbrieux de Saint André. C’était une véritable catastrophe : le dossier concernant la réduction des dépenses publiques était passé dans une usine de recyclage et avait terminé sa vie « administrative » sous la forme de papier WC résistant et parfumé.
Le ministre averti entra dans une violente colère, injustifiée sans doute, mais il pensait à sa carrière, on ne contrarie impunément un président de la République. Comme la demande, sa colère descendit la voie hiérarchique pour aboutir au bureau 24.
Monsieur le ministre d’État ne laissait aucune alternative, il fallait que le dossier demandé remonte au plus vite sur son bureau.
Le responsable du bureau 24 était atterré. Comment recréer un document de plus de mille pages dont il ne restait aucune trace sinon une ligne sur un fichier informatique indiquant son arrivée au bureau 24??
Hubert René Monbrieux de Saint André avait vite compris qu’il ne servirait à rien de sanctionner le responsable du bureau 24, cela ne ferait pas réapparaître le dossier. Quelle lubie s’était emparée du président de la République?! Cela faisait de nombreuses décennies que la France vivait au-dessus de ses moyens. Pourquoi ne pas continuer ? Le pays empruntait encore avec des taux d’intérêt négatifs. C’était sûrement un pays européen qui avait exigé un politique plus drastique de la France et le chef de l’état s’était vu obligé de sortir de dessous le tapis la synthèse du travail des diverses commissions qui avaient travaillé sur ce sujet. Le drame c’est qu’il n’y avait plus rien sous le tapis !
C’était un véritable cataclysme qui s’abattait dans la vie pourtant si calme du chef de cabinet.
Quand il arrive une telle chose à un procrastinateur, c’est une catastrophe. Plus question de remettre au lendemain une décision. La situation exigeait une réponse rapide et Hubert René en était incapable. Une fièvre s’empara de son corps et surtout son esprit.
Il ne vit qu’une solution : se faire consoler par Olga.
La demoiselle, outre ses charmes de première classe et ses talents particuliers, avait un grand cœur et les larmes du chef de cabinet de monsieur X l’émurent profondément. Elle écouta avec attention les soucis de son amant.
Elle le consola et le poussa dehors en lui expliquant que les choses allaient s’arranger. Surpris, Hubert René n’osa pas l’interroger.
C’est à ce moment du récit qu’il faut révéler une chose extraordinaire. Olga était certes une péripatéticienne experte et de haut standing, mais c’était aussi une fée. Cela va décevoir les enfants que nous sommes restés, mais les fées au vingt et un unième siècle sont sorties des contes et doivent pour subvenir à leurs besoins exercer un deuxième métier. Vous êtes prévenus : la caissière de votre supermarché ou votre concierge sont peut-être des fées !
La « fée » Olga avait gardé ses pouvoirs et Hubert René en se réveillant le lendemain matin trouva sur la table de sa cuisine un épais dossier de mille pages.
Il était sauvé ! Il se précipita au ministère et déposa sur le bureau du ministre le précieux document.
- Mission accomplie, monsieur le ministre !
Celui-ci feuilleta l’épais dossier et leva la tête.
- Vous vous foutez de moi, monsieur le chef de cabinet, qu’ai-je à faire de l’œuvre complète de Ponson du Terrail ?
Les contes de fées n’existent plus. Hubert René Monbrieux de Saint André avait été la victime d’une encéphalite foudroyante qui lui avait fait perdre la raison.
Aux dernières nouvelles il terminera la fin de sa vie dans une maison de repos à Berck plage et monsieur X a été remplacé par monsieur Y lui aussi ancien président du Sénat.
Bien entendu le dossier n’a jamais été transmis au président de la République. À une semaine près monsieur X et Hubert René Monbrieux de Saint André auraient été tranquille, la faillite de l’Italie ayant occulté opportunément le déficit français…

Sans titre

l'aube des bohèmes
transcende
le seuil de l'abîme

la course du cosmos
évide le noir
des sentiments

dans la galaxie
où plonge la parole humaine
le verbe forge sa puissance
corrompuepar la langue de la poésie

Victoire

j'ai suivi ton pas de silence
jusqu'à l'été flamboyant

lumière m'encerclant
d'arbres et d'enfants

dans l'ombre apaisée
mon pas brise ton pas

Un souffle.

Dans l’air chaud
 
Liquide du soir
 
Un souffle
 
Infime vibration
 
Me saisit
 
M’emporte
 
Cinnamone
 
Courmarine
 
Cannelle
 
Thé
 
Géranium
 
Miel
 
Girofle
 
Musc
 
Cédrat
 
Myrrhe
 
Abricot
 
Muscat
 
Poivre blanc
 
Explosion des sens
 
Veloutée volupté
 
S’emparent de mon âme
 
Et me mènent ivre
 
Au frisson

Combler

Quel manque à combler
Quand manger ou respirer
Est un temps perdu

Le son de la solitude
Une pièce qui résonne

Mignonne.

Mignonne
 
Joue charnue
 
Ivoire
 
Nacarat nacré
 
Robe en lambeaux
 
Suave oripeau
 
Pulpe translucide
 
Chyles en émoi
 
Serpentine
 
Veinée de pourpre
 
Drupe capiteux
 
A la bouche
 
Offerte

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